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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Chaobitations

Le propre des démocraties, c’est d’autoriser l’évolution, les corrections de tir, le changement, l’alternance, sans qu’il soit nécessaire pour cela de descendre dans la rue ou même de menacer de le faire. Le suprême arbitrage revient à la volonté populaire, exprimée par voie – et voix – d’élection : c’est elle, et elle seule, qui récompense les gouvernants ou bien les sanctionne. C’est dire qu’en termes de longévité politique, les chefs des pays démocratiques sont bien mal armés face aux dictateurs qui, eux, ne s’encombrent évidemment pas de considérations telles que la volonté populaire. Et qui, pour durer et perdurer, ne s’embarrassent guère d’idées aussi saugrenues que la volonté populaire, s’en remettant plutôt à leurs divisions blindées, polices secrètes, goulags et autres chambres de torture. Cette peu tonique mise en parallèle, ce sont les évènements des tout derniers jours qui l’imposent naturellement, irrésistiblement aux esprits. Condamné à la potence, Saddam Hussein est l’archétype du tyran moyen-oriental qui, en fin de course, a joué de malchance : pas de crise cardiaque foudroyante, pas de putsch propre et net qui lui eût peut-être laissé la vie sauve, pas d’exil doré, pas même de résidence forcée qu’il eût pu mettre à profit, par exemple, pour rédiger de sulfureux Mémoires. Plus près de nous, le régime du Syrien Hafez el-Assad a imperturbablement, a littéralement usé, quant à lui, non moins de cinq Administrations américaines. Et il est probable que son fils et successeur sera toujours là quand auront quitté la scène George W. Bush, Jacques Chirac, Tony Blair et bien d’autres grosses pointures internationales. C’est ce que laissait deviner déjà le souci de stabilité syrienne et régionale qui habite les puissances et même les régimes modérés arabes peu suspects de sympathie pour Damas. Car aujourd’hui encore comme il y a des décennies, et malgré tous les griefs nourris à son encontre, le pouvoir baassiste parvient à se poser en unique substitut au chaos ou à l’avènement du premier État islamiste du Levant. Pour lui faire lâcher prise au Liban, des pressions ont bien été exercées sur la Syrie, par l’ONU notamment ; mais nul à ce jour n’a été jusqu’à évoquer sérieusement un renversement du régime Assad. Et c’est ce même impératif de retenue que pourrait traduire le compromis international intervenu hier (de manière encore officieuse) sur la composition et la compétence du tribunal international appelé à statuer sur l’affaire Hariri et ses sanglantes ramifications. Compromis n’est pas forcément compromission, cependant. C’est vrai, d’une part, qu’entre autres modifications apportées au projet initial, les chefs d’État concernés se trouvent soustraits aussi bien aux interrogatoires des enquêteurs qu’à une comparution éventuelle devant cette instance. Mais cette exemption, due à l’insistance de la Russie détentrice du droit de veto, paraît parler d’elle-même : pourquoi donc se démènerait-on de la sorte pour en faire bénéficier ceux qui n’en ont pas besoin ? Au demeurant, cette même exception ne fait que nuancer, sans l’occulter, le principe de la responsabilité hiérarchique ; le futur tribunal garde toute latitude en effet de remonter aussi haut que l’y autorisent les preuves en sa possession et de faire part publiquement de sa conviction intime : même si, dans ces cas extrêmes, le dernier mot est laissé aux justices locales appelées à trancher alors les questions d’immunité. Ces développements politico-judiciaires ne manqueront sans doute pas, pour autant, de réveiller en de nombreux Libanais la vieille peur d’un marché américano-syrien dont notre pays ferait, pour ne pas changer, les frais. C’est qu’il surviennent, ces évènements, au lendemain d’une cuisante défaite électorale de l’Administration républicaine, qui va contraindre George W. Bush à une problématique cohabitation avec ses adversaires démocrates. Devenu la hantise des Américains, le guêpier irakien figure en tête des priorités, certes. Mais sous la pression de la majorité nouvelle – et sur les conseils d’un establishment républicain reprenant le dessus sur les idéologues néoconservateurs –, le colosse US devra, tôt ou tard, favoriser les dialogues et s’y prêter davantage lui-même : dialogues avec l’Iran et la Syrie, dialogues de paix aussi entre Arabes et Israéliens, après tant d’années de coupable complaisance, sinon de franche complicité avec les criminels excès de Sharon puis d’Olmert. Alors, deal ou pas deal ? Autant et même davantage peut-être qu’à Washington, c’est ici que se trouve la réponse. Au monde qui a vibré comme un seul homme à notre libération, nous nous obstinons à offrir le triste spectacle d’un peuple incapable de se gouverner lui-même. De redonner le Golan à la Syrie ne lui fera peut-être pas oublier à jamais ses obsessions libanaises. Mais ce serait bien le diable si les Libanais prisonniers de leurs contradictions l’oubliaient, eux. Issa GORAIEB

Le propre des démocraties, c’est d’autoriser l’évolution, les corrections de tir, le changement, l’alternance, sans qu’il soit nécessaire pour cela de descendre dans la rue ou même de menacer de le faire. Le suprême arbitrage revient à la volonté populaire, exprimée par voie – et voix – d’élection : c’est elle, et elle seule, qui récompense les gouvernants ou bien les sanctionne.
C’est dire qu’en termes de longévité politique, les chefs des pays démocratiques sont bien mal armés face aux dictateurs qui, eux, ne s’encombrent évidemment pas de considérations telles que la volonté populaire. Et qui, pour durer et perdurer, ne s’embarrassent guère d’idées aussi saugrenues que la volonté populaire, s’en remettant plutôt à leurs divisions blindées, polices secrètes, goulags et autres...