Et de une. Et de deux. Et de trois concertations place de l’Étoile. En attendant la quatrième aujourd’hui, la cinquième mercredi prochain, la sixième dans le courant de la semaine probablement, puis la ènième Dieu seul sait quand.
De réunion en concertation, de discussions en disputes, de dialogue national en bouderies non moins nationales, nos dirigeants s’acharnent à se retrouver dans ce pauvre centre-ville, devenu par leur faute ville fantôme.
Comme s’il n’existait pas d’autre endroit au Liban digne d’accueillir leurs brillantissimes tractations.
Il est d’une telle tristesse, le centre-ville de Beyrouth, les jours de concertations, avec ses routes bouclées, ses parkings interdits, ses gardes de corps aux mines patibulaires, ses berlines noires aux vitres teintées et ses hommes armés au regard menaçant.
Plus de groupes d’enfants à bicyclette ou à rollers qui se poursuivent gaiement, place de l’Étoile, s’époumonant à qui mieux mieux sous le regard attendri de leurs parents. Plus de familles entières attablées en plein air dans les restaurants, protégées du froid ou de la pluie par de simples rideaux en plastique. Plus d’hommes d’affaires qui déjeunent sur le pouce avant d’aller reprendre leurs occupations. Plus d’amoureux qui, les yeux dans les yeux, dégustent une glace, fument le narguilé ou sirotent un café. Plus d’adeptes du shopping à la recherche des bonnes affaires, qui, à l’issue d’une journée fructueuse, dévalisent carrément les magasins.
Déserté par la vie, fui par la population en quête de lieux moins sinistres et surtout plus accueillants, le centre commercial de Beyrouth risque aujourd’hui l’asphyxie. Ici ou là, des commerçants ferment boutique. Des restaurateurs mettent la clé sous la porte. Par centaines, des employés sont licenciés dans l’attente de jours meilleurs. Et les choses ne font qu’empirer, sous l’œil indifférent des hommes de concertations.
Les commerçants et restaurateurs du centre-ville avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme. Ils avaient gentiment mais fermement supplié le gouvernement de les laisser vivre et travailler, d’épargner ce lieu de convivialité réunissant les Libanais de tous bords, afin de ne pas mettre en péril l’emploi de milliers de salariés et l’avenir d’autant de familles. Peine perdue. Les autorités restent sourdes à ces appels désespérés qui se transforment de jour en jour en sourde colère.
Et si les concertations duraient une année entière ?
Anne-Marie EL-HAGE
Et de une. Et de deux. Et de trois concertations place de l’Étoile. En attendant la quatrième aujourd’hui, la cinquième mercredi prochain, la sixième dans le courant de la semaine probablement, puis la ènième Dieu seul sait quand.
De réunion en concertation, de discussions en disputes, de dialogue national en bouderies non moins nationales, nos dirigeants s’acharnent à se retrouver dans ce pauvre centre-ville, devenu par leur faute ville fantôme.
Comme s’il n’existait pas d’autre endroit au Liban digne d’accueillir leurs brillantissimes tractations.
Il est d’une telle tristesse, le centre-ville de Beyrouth, les jours de concertations, avec ses routes bouclées, ses parkings interdits, ses gardes de corps aux mines patibulaires, ses berlines noires aux vitres teintées et ses hommes armés au regard...
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