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Actualités - Opinion

Témoignage Survivre à un attentat-suicide en Irak

Je ne me plaindrai jamais plus de mon téléphone portable : il m’a sauvé la vie. Je venais de sortir d’un commissariat de police à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, pour que mon interlocuteur au bureau de Reuters à Bagdad m’entende mieux, quand un kamikaze a fait sauter sa charge explosive. Deux policiers et une fillette de quatre ans ont trouvé la mort, ce qui n’a mérité qu’une brève mention dans les médias, un jour où des dizaines d’autres Irakiens ont péri, dont 28 dans un attentat à Bagdad. Le 30 octobre restera toutefois gravé dans ma mémoire. La journée avait commencé normalement. Je travaille pour Reuters à Kirkouk, ma ville natale et la capitale pétrolière du Nord irakien. Je m’étais rendu à l’un des principaux commissariats de police pour voir une de mes sources. Kirkouk est une ville dangereuse où Kurdes, Arabes et Turkmènes se disputent le contrôle des gisements de pétrole. Mais, dans l’enceinte de béton des locaux de la police, je me sentais en sécurité. Je sors d’un bureau, un communiqué de presse en main, et je compose le numéro du bureau de Bagdad pour transmettre les nouvelles. À l’autre bout du fil, mon collègue Ahmad Rachid peine à m’entendre, les murs de béton affaiblissant le signal. Je tente alors de trouver un meilleur endroit pour ma communication. Devant le complexe, rien d’anormal, des gens passent dans un sens et dans l’autre les contrôles de sécurité. Ma conversation touche à sa fin et je suis des yeux un policier qui traverse la cour pour se rapprocher d’un petit groupe. Mon regard se détache d’eux, et tout à coup une puissante explosion secoue le sol. Je tombe et, autour de moi, il pleut du verre brisé. Un policier hurle. Je me relève, sous le choc, et me rapproche de l’endroit où s’est produite la déflagration. Les restes du kamikaze sont là, la moitié d’un torse et une paire de jambes... vêtus d’un uniforme de policier. Écœuré par l’odeur de chair brûlée, je comprends que le kamikaze était cet homme que j’ai vu traverser la cour. Rien en lui ne trahissait ses intentions : il était parfaitement calme, a franchi les contrôles de sécurité et la réception sans problème, et ne portait pas de barbe contrairement à nombre d’islamistes radicaux. Après le carnage, j’ai vu un homme porter une petite fille dans ses bras en réclamant une ambulance. Elle était immobile et j’appris par la suite qu’elle était morte. Deux policiers ont également trouvé la mort. Titubant, je suis rentré chez moi. En route, j’ai croisé un confrère. « Je ne peux pas croire que tu sois toujours en vie », me cria-t-il. Après ce que je venais de voir, j’avais moi-même du mal à le croire. Moustafa MAHMOUD (Reuters)
Je ne me plaindrai jamais plus de mon téléphone portable : il m’a sauvé la vie.
Je venais de sortir d’un commissariat de police à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, pour que mon interlocuteur au bureau de Reuters à Bagdad m’entende mieux, quand un kamikaze a fait sauter sa charge explosive.
Deux policiers et une fillette de quatre ans ont trouvé la mort, ce qui n’a mérité qu’une brève mention dans les médias, un jour où des dizaines d’autres Irakiens ont péri, dont 28 dans un attentat à Bagdad. Le 30 octobre restera toutefois gravé dans ma mémoire.
La journée avait commencé normalement. Je travaille pour Reuters à Kirkouk, ma ville natale et la capitale pétrolière du Nord irakien. Je m’étais rendu à l’un des principaux commissariats de police pour voir une de mes sources. Kirkouk est une ville...