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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB La dernière barricade

Le pire ennemi d’Émile Lahoud, le plus efficace en tout cas, serait-il en fin de compte Émile Lahoud lui-même ? C’est bien ce que laisse croire ce document-fleuve publié jeudi soir et renfermant les réserves politiques et juridiques que nourrit le président de la République quant à la procédure suivie pour la mise sur pied d’un tribunal international appelé à juger les assassins de Rafic Hariri. Tous ces laborieux arguments, toutes ces savantes arguties, le camp du 14 Mars n’a pas trop tardé à les infirmer, non sans rudesse d’ailleurs. Inopportune et même nettement contre-productive sur le terrain politique, la démarche présidentielle – et c’est sans doute là le plus frappant – relève surtout d’une incroyable maladresse au plan psychologique, celui des relations publiques, de l’image de lui-même qu’offre le gouvernant à l’opinion. Car sans même s’arrêter un instant aux finasseries légales invoquées çà et là, ce que voit aujourd’hui le simple citoyen, c’est un homme soudainement rattrapé, assailli par de graves échéances et qui monte au créneau à visage découvert, qui dévoile la dernière tranchée, l’ultime barricade destinée à prévenir l’irréparable. C’est le spectacle d’un président qui l’an dernier avait été bien près de se voir emporter par une vague de colère populaire sans précédent. Qui, démentant toutes les prévisions, avait pourtant réussi à demeurer à son poste. Qui, dans la folle valse des événements, priorités et autres urgences, était presque arrivé à se faire oublier. Et qui, pressé par d’obscures et impérieuses nécessités, donne le sentiment, soudain, de faire délibérément obstacle à la quête de vérité dans l’affaire Hariri : de devancer même ceux qui manient chantage et menaces en réclamant un gouvernement d’union pour se poser lui-même en haut barrage. En premier empêcheur de juger en rond. Car il ne manque pas de surprendre, ce souci tatillon de la conformité constitutionnelle dont fait montre un président maintenu en place, après l’expiration de son mandat régulier, par le seul et magique effet des pressions et menaces de l’occupant syrien ayant conduit à un amendement du texte fondamental. Étrange de même, parmi bien d’autres anomalies, est le retard mis par Lahoud à contester une procédure adoptée – en sa présence – par le Conseil des ministres et aux termes de laquelle les tractations avec l’ONU étaient confiées, le plus normalement du monde, au ministre de la Justice assisté de deux juges libanais de grand renom. Le plus troublant cependant, le plus compromettant même aux yeux d’une large fraction de l’opinion, réside dans ce double rejet : non à l’élargissement de la compétence du tribunal international aux 14 attentats terroristes qui ont précédé ou suivi l’assassinat de Hariri, non au principe de la responsabilité pénale qu’encourrait le supérieur hiérarchique du criminel. Sur le premier point, Lahoud semble reprocher à l’enquêteur onusien Brammertz un parallélisme primaire dans son approche des divers cas de figure ; et il s’inquiète, de surcroît, des menaces de politisation planant sur toutes ces affaires, ce qui rappelle fâcheusement les griefs longtemps formulés par ses amis et protecteurs syriens à l’encontre de la mère de toutes les enquêtes, celle ayant trait à la liquidation de Hariri. Quant au refus de toute responsabilité hiérarchique, il se passe de tout commentaire. Une fois de plus hier à la télévision, on a pu voir Lahoud plaider avec vigueur le cas des quatre généraux soupçonnés d’avoir trempé dans le meurtre de Hariri. C’est bien beau, l’esprit de camaraderie ; mais imaginez un moment que quelque aréopage de magistrats s’avise de conclure que ces galonnés avaient tout de même un patron, et qu’il faut lui demander des comptes. Le propre des personnages importants, c’est de s’entourer d’une nuée de conseillers, et à en juger par leur production de 32 pages fullscap, les services juridiques de la présidence n’ont pas chômé ces derniers jours. Mais les bons conseils se perdent le plus souvent. Le meilleur de ceux-ci aurait consisté à recommander que l’on évite toute adresse de ce genre. Que l’on ne se porte pas volontaire pour faire office de paratonnerre en pleine tempête de suspicions. Issa GORAIEB

Le pire ennemi d’Émile Lahoud, le plus efficace en tout cas, serait-il en fin de compte Émile Lahoud lui-même ? C’est bien ce que laisse croire ce document-fleuve publié jeudi soir et renfermant les réserves politiques et juridiques que nourrit le président de la République quant à la procédure suivie pour la mise sur pied d’un tribunal international appelé à juger les assassins de Rafic Hariri.
Tous ces laborieux arguments, toutes ces savantes arguties, le camp du 14 Mars n’a pas trop tardé à les infirmer, non sans rudesse d’ailleurs. Inopportune et même nettement contre-productive sur le terrain politique, la démarche présidentielle – et c’est sans doute là le plus frappant – relève surtout d’une incroyable maladresse au plan psychologique, celui des relations publiques, de l’image de lui-même...