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Actualités - Opinion

PERSPECTIVES Lever les ambiguïtés pour rétablir la confiance

«Une hirondelle ne fait pas le printemps », souligne le dicton populaire. Le cycle de « concertations » initié par le chef du Législatif Nabih Berry est, sans conteste, préférable aux surenchères politiciennes ou au recours à la rue. Mais il ne saurait constituer, dans sa formule actuelle, le cadre adéquat à la recherche d’une solution à la crise dans laquelle se débat le pays. Force est de relever, en effet, que les thèmes choisis pour ces « concertations » inversent purement et simplement l’ordre naturel des choses et l’échelle des priorités. La formation d’un « gouvernement d’union nationale » (pour reprendre le slogan de l’opposition) ainsi que la détermination du type de loi électorale préconisée pour le prochain scrutin devraient constituer, en toute logique, le couronnement, l’aboutissement d’un dialogue en profondeur entre toutes les parties libanaises et non pas le point de départ d’un tel dialogue. À moins que le leitmotiv des contestataires ne cache des desseins (à peine) inavoués – ce qui paraît vraisemblable, du moins dans le cas du Hezbollah – un gouvernement d’union nationale constitue certes une revendication légitime, mais il nécessite au préalable l’établissement d’un climat de confiance et une compréhension mutuelle des appréhensions des uns et des autres. Car à défaut, le résultat serait un blocage des institutions et une aggravation de la crise politique, doublée d’une impasse constitutionnelle. S’il l’on s’en tient aux déclarations publiques, l’escalade politique à laquelle se livre le Hezbollah depuis la fin du dernier conflit avec Israël, en août dernier, est motivée par la crainte d’une mainmise haririenne sur le pouvoir et l’État. Une crainte largement partagée par le général Michel Aoun et le Courant patriotique libre, et qui n’est peut-être pas totalement infondée. Dans cette optique, il serait incontestablement beaucoup plus utile et constructif qu’une relance du dialogue interne – ou des « concertations », pour s’en tenir à la terminologie adoptée par Nabih Berry – porte précisément, non pas sur la mise en place d’un gouvernement d’union (projet douteux dans le climat actuel de discorde et de tension), mais plutôt sur l’octroi par la majorité, et plus précisément par le courant haririen, de gages en vue d’un plus grand équilibre aussi bien dans le partage que dans l’exercice du pouvoir. Ce rééquilibrage ne devrait être, toutefois, que strictement interne, c’est-à-dire ne porter que sur la seule gestion des affaires publiques, et en aucun cas sur des questions d’ordre souverainiste ou sur une redéfinition de la politique étrangère du pays, dans le sens d’un réalignement sur la Syrie ou sur l’axe irano-syrien, au détriment des engagements du Liban à l’égard de la communauté internationale. Il est, en effet, une ligne rouge qui ne saurait être transgressée, sous aucun prétexte : la sauvegarde des acquis de la révolution du Cèdre. Une bataille en vue d’une rectification du tir au niveau des pratiques de l’Exécutif deviendrait hautement suspecte, et inadmissible, si elle devait conduire au rétablissement de l’influence syrienne dans la vie politique libanaise. Le reproche qui pourrait être fait sur ce plan au général Michel Aoun est de ne pas établir suffisamment une distinction claire, nette et sans ambiguïté, entre ces deux plans : les impératifs d’un rééquilibrage de nature strictement interne, d’une part, et les manœuvres syriennes visant à replacer le Liban dans l’orbite du tandem Damas-Téhéran, d’autre part. Il ne suffit pas de faire prévaloir le capital, incontestable au demeurant, de la lutte passée contre la tutelle syrienne pour justifier le maintien d’une ambiguïté dans la ligne de conduite présente. Faut-il rappeler que la politique est un monde sans cesse mouvant et que certains analystes au sein même du courant souverainiste prônent une alliance entre les minorités de la région, sans prendre en considération les risques d’une résurgence de l’hégémonie syrienne ? Œuvrer avec autant de détermination à affaiblir le camp du 14 Mars et le gouvernement de Fouad Siniora en s’abstenant de clarifier sans détour, haut et fort, son positionnement à l’égard des deux projets politiques antagonistes qui tiraillent le pays revient à faire objectivement le jeu syrien. C’est sur la levée de cette ambiguïté et, surtout, sur les moyens de concilier, impérativement, le rééquilibrage interne avec la préservation des acquis de la révolution du Cèdre que devrait porter en priorité le dialogue entre la majorité et le CPL, avant d’aborder le dossier de la mise sur pied d’une nouvelle équipe ministérielle. Car dans le contexte présent, une question cruciale se pose avec acuité : comment serait-il possible d’empêcher le régime syrien de mettre à profit l’éventuelle chute du cabinet Siniora pour obtenir, par le biais du locataire de Baabda, la formation d’un gouvernement au sein duquel ses alliés auraient au moins une minorité de blocage ? Une question à laquelle l’opposition se doit de répondre à la faveur des « concertations » initiées par le chef du Législatif. Sauf si une partie de cette opposition, en l’occurrence le Hezbollah, cherche effectivement à renverser la vapeur afin de redonner à nouveau à la Syrie un droit de veto au sein de l’Exécutif. C’est à ce niveau qu’apparaît la seconde ambiguïté qui doit être levée dans le sillage de la relance du cycle de dialogue : le Hezbollah cherche-t-il simplement à obtenir des garanties quant à sa survie politique et à assurer une participation équilibrée de sa communauté dans l’exercice du pouvoir, ou désire-t-il, plutôt, imposer un alignement du Liban sur l’axe irano-syrien au détriment du soutien du monde occidental et de la communauté internationale au pays du Cèdre ? Si le Hezbollah a des appréhensions quant aux desseins que certains cercles du pouvoir pourraient avoir à son égard, il devrait comprendre de la même manière que ses partenaires locaux ont aussi des appréhensions encore plus profondes et sérieuses concernant ses propres objectifs et, surtout, ceux de ses alliés régionaux. Au lieu de mettre la charrue devant les bœufs et de commencer le dialogue par là où il devrait s’achever, les ténors du jeu politique local feraient mieux sans doute de s’atteler d’abord à lever ces ambiguïtés qui enveniment le climat ambiant. Il s’agit là d’un passage obligé pour rétablir un minimum de confiance dans les rapports entre les fractions politico-communautaires du pays. Encore faut-il, toutefois, que les motivations réelles des uns et des autres soient exclusivement libanaises et qu’elles ne soient pas tributaires d’une quelconque raison d’État régionale. Michel TOUMA
«Une hirondelle ne fait pas le printemps », souligne le dicton populaire. Le cycle de « concertations » initié par le chef du Législatif Nabih Berry est, sans conteste, préférable aux surenchères politiciennes ou au recours à la rue. Mais il ne saurait constituer, dans sa formule actuelle, le cadre adéquat à la recherche d’une solution à la crise dans laquelle se débat le pays. Force est de relever, en effet, que les thèmes choisis pour ces « concertations » inversent purement et simplement l’ordre naturel des choses et l’échelle des priorités. La formation d’un « gouvernement d’union nationale » (pour reprendre le slogan de l’opposition) ainsi que la détermination du type de loi électorale préconisée pour le prochain scrutin devraient constituer, en toute logique, le couronnement, l’aboutissement...