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Actualités - Chronologie

Lire ou ne pas lire ?

Que dire d’un livre dont on sait que c’est un grand et qui, pourtant, aujourd’hui, a ses détracteurs ? Que disent donc les rumeurs qui aimeraient tant entraver la voie royale sur laquelle court désormais le roman de Littell ? Qu’il est révisionniste voire négationniste, qu’il n’a pas écrit son livre lui-même, qu’il a bénéficié d’un lancement à l’américaine, que c’est un produit marketing, qu’il doit tout au fait d’être le fils de l’écrivain Robert Littell... Mais ce ne sont là que des rumeurs. Une analyse concrète s’impose. Pesons le pour et le contre. Et à chacun de choisir son camp. Pour – Ce roman est un monument littéraire somptueux, impressionnant par son souffle épique, sa densité, sa richesse, ses multiples niveaux de lecture et de références, posant de façon originale les questions de la responsabilité et de la culpabilité individuelles et collectives de l’homme, et auscultant de façon troublante notre parenté au bourreau. – Par instants, Les bienveillantes est aussi un roman historique, un roman policier, un roman symbolique, un récit onirique… mais c’est la problématique du mal qui reste centrale. Il y a du roman policier (les deux flics qui cherchent à lui mettre le meurtre de ses beaux-parents sur le dos), du roman symbolique (les principaux personnages sont autant de divinités qui manipulent la vie de Aue à leur guise), du roman philosophique (une des thèses de Aue est qu’on ne déteste bien que ce qui nous ressemble ; l’application qu’il en fait aux juifs et aux Allemands ne sera pas du goût de tout le monde). C’est aussi le roman d’une personne qui se débat dans ses propres complexes (l’amour de sa sœur, que rien ne peut remplacer), dans le divertissement pascalien (il trompe l’ennui et la nostalgie de sa sœur en cherchant à capter, dans les exécutions, l’instant précis de la mort, à voir s’il peut saisir l’essence de la mort, une généralité à partir des cas individuels), dans la «world company » (la SS est une multinationale dans laquelle il n’est pas suffisamment arriviste), dans l’expérience physique du mal (qu’il ne reconnaît pas). C’est aussi un roman historique, en ce sens que le substrat du roman, une longue narration un peu bureaucratique, est incroyablement bien et minutieusement documenté. Il reflète naturellement l’esprit de personnage : been there, done that, qui mentionne les plus grandes horreurs comme des détails. Le talent de l’auteur se mesure à sa capacité à nous faire admettre, presque immédiatement après quelques effets rhétoriques du prologue, la réalité du narrateur. Le Dr Aue sonne « juste » tout le temps. – Conclusion : à la fois roman d’un homme, d’une époque, roman psychologique et tragédie, roman historique et onirique, réflexion sur l’origine, l’action, l’allure et les effets du mal, Les Bienveillantes est une œuvre capitale qu’il faut lire. Contre – Littel se complaît dans une description clinique et glaciale, dépourvue de toute émotion et d’humanité, de ce « monstre » humain. Des pages insoutenables qui relèvent plus du rapport clinique que de littérature, même si tout cela est parfaitement écrit. N’y aurait-il pas un certain plaisir voyeuriste dans les éloges que je lis de toute part ? – Sur un plan factuel, deux obstacles de base : on est d’emblée intimidé par le poids de ces plus de 900 pages, tassées, sans paragraphe, imprimées en caractère 6… Le problème avec les pavés, c’est qu’il y a souvent des longueurs et celui-ci ne semble pas déroger à la règle. – Il faut surnager, au début, dans la houle des « … strumführer » et des vocables germaniques, dans la noria de noms ukrainiens ou caucasiens de lieux et d’organisations : ce trait, assez gênant au début, participe, pourtant, sans doute, à la patine, au grain photographique du récit, qui prend le poids d’une réalité dense, par-delà la fiction. À noter que l’essentiel des patronymes, des endroits et des épisodes rapportés appartient à l’histoire et à la géographie du réel (Wikipédia & Google vous seront, à ce niveau, des amis utiles). – L’auteur pèche cependant par ses dialogues, nourris d’une documentation fouillée (il a étudié pendant deux années les archives écrites, sonores ou filmées de la guerre et du génocide, les actes des procès, les organigrammes administratifs et militaires, les études historiques et interprétatives, lu près de 200 ouvrages sur l’Allemagne nazie et en particulier le front de l’Est, et s’est aussi rendu à Kharkov, à Kiev, à Piatigorsk, à Stalingrad... sur les traces de l’invasion sanglante de la Wehrmacht s’enfonçant en URSS, à partir de juin 1941, selon le magazine Télérama), qui sonnent parfois faux et semblent plaqués artificiellement. De même que ses descriptions sans fin des différents organes responsables de l’extermination frôlent l’indigeste. L’ensemble n’en reste pas moins très impressionnant. Certes, ce livre est impressionnant, de par sa taille et sa documentation. C’est un projet colossal et respectable. Toutefois, l’on ne peut m’empêcher de ressentir un certain malaise quant à l’objet véritable du livre. – Conclusion : il y a sans l’ombre d’un doute une sensation de malaise dans ce livre. Cela en est presque physique. Un dégoût est le mot juste. À lire à vos risques et périls. M.G.H.
Que dire d’un livre dont on sait que c’est un grand et qui, pourtant, aujourd’hui, a ses détracteurs ? Que disent donc les rumeurs qui aimeraient tant entraver la voie royale sur laquelle court désormais le roman de Littell ? Qu’il est révisionniste voire négationniste, qu’il n’a pas écrit son livre lui-même, qu’il a bénéficié d’un lancement à l’américaine, que c’est un produit marketing, qu’il doit tout au fait d’être le fils de l’écrivain Robert Littell... Mais ce ne sont là que des rumeurs. Une analyse concrète s’impose. Pesons le pour et le contre. Et à chacun de choisir son camp.

Pour

– Ce roman est un monument littéraire somptueux, impressionnant par son souffle épique, sa densité, sa richesse, ses multiples niveaux de lecture et de références, posant de façon originale...