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Actualités - Opinion

IMPRESSION Première pluie

Les parfumeurs sont aussi des poètes. Guerlain avait baptisé l’une de ses créations « Après l’Ondée ». Cocteau ne s’était pas trompé en le traitant de « détrousseur de plates-bandes ». Quel talus moussu, quel rosier repu de célestes grâces, quel feuillage alangui, quel terreau martelé de grêle, quelle sève frappée gorgeant les résineux, quel arbre heureux lui avaient-ils confié leurs vertiges en fioles aux abords de l’automne ? Ce nom, Après l’Ondée, sur le flacon posé près du poudrier de l’aïeule a transformé les pluies de mon enfance en cascades voluptueuses, en éclaboussures sidérales qui laissaient sur ma chemise, une fois séchées, le parfum des nuages et les secrets du ciel. La première pluie s’annonce comme une devinette. Mon premier te colle un baiser froid sur la paupière et mon deuxième sur le bout du nez. Bientôt tes joues sont roses et fraîches, et tes cheveux mouillés te chatouillent la tempe. Tes pas font de drôles de bruits dans les flaques, et tu n’as pas eu le temps de relier les points tracés par les premières gouttes, et tu ne sauras jamais, avant que le flot ne le couvre, quel mot, quel dessin ineffable cherchait à s’y révéler. Il y aura toujours une prochaine fois. Un alambic invisible distille les poussières, les feuillages fanés, parfois le vent de la mer. Et tout cela sent le neuf, étrangement, comme la colle des reliures, comme le cuir encore dur des besaces qui n’ont jamais connu d’oiseaux. L’été s’achève toujours comme tout ce qui s’achève, avec un brin de nostalgie. Nous ne regretterons pas celui-ci, qui se ferme à peine. Qui dira le soulagement qu’apportent ces premières pluies, premiers baumes, alors qu’il nous a tant plu de plaies. Qu’elles tombent abondamment, cascades claires, eaux baptismales, et qu’elles charrient dans les rigoles, dans les gouttières, dans les puits, dans les fleuves, dans les rivières, au fond des gouffres, tous les gravats de nos malédictions. Fifi ABOU DIB

Les parfumeurs sont aussi des poètes. Guerlain avait baptisé l’une de ses créations « Après l’Ondée ». Cocteau ne s’était pas trompé en le traitant de « détrousseur de plates-bandes ». Quel talus moussu, quel rosier repu de célestes grâces, quel feuillage alangui, quel terreau martelé de grêle, quelle sève frappée gorgeant les résineux, quel arbre heureux lui avaient-ils confié leurs vertiges en fioles aux abords de l’automne ? Ce nom, Après l’Ondée, sur le flacon posé près du poudrier de l’aïeule a transformé les pluies de mon enfance en cascades voluptueuses, en éclaboussures sidérales qui laissaient sur ma chemise, une fois séchées, le parfum des nuages et les secrets du ciel.
La première pluie s’annonce comme une devinette. Mon premier te colle un baiser froid sur la paupière et mon...