On peut se montrer cyniquement critique : « Ah ! Elle est belle, la vie politique à l’israélienne. » Ou carrément admiratif : «Un président de la République qui risque de 3 à 16 ans de prison ferme pour des accusations de viol, on ne verrait pas ça dans une république bananière, où l’affaire aurait rapidement fini au fond d’un tiroir. » Moshe Katzav, lui, serait tenté ces temps-ci de penser que l’excès de transparence est parfois aussi nuisible que l’opacité en matière de scandale et qu’il se serait volontiers passé d’encourir les foudres de la justice, le mépris de ses pairs et l’opprobre public. Avec, en fin de parcours, un procès suivi probablement d’un séjour à l’ombre qui lui donnera l’occasion de réfléchir sur les risques qu’il y a à abuser de l’autorité que confère une fonction officielle pour harceler et agresser sexuellement plusieurs secrétaires (trois aux dernières nouvelles, mais il n’est pas dit que le décompte s’arrêtera là).
On pense immanquablement au « Monicagate » américain de triste mémoire dans lequel Bill Clinton avait frôlé l’« impeachment ». On pense aussi à Félix Faure, entré dans l’histoire de France pour sa mort, un 16 février 1899, à l’Élysée, dans les bras de sa maîtresse. La litanie de ces peccadilles, pour peu qu’on veuille l’égrener, serait longue, interminable peut-être. Avec le recul qu’impose le temps, elles paraîtraient cocasses même – imagine-t-on les galipettes de l’homme le plus puissant du monde avec une stagiaire, dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, sans être tenté d’en sourire ?... Dans le cas présent, c’est plutôt le sordide qui l’emporte sur le ridicule : outre les crimes de mœurs dont il s’est rendu coupable, le chef de l’État sioniste est également poursuivi pour des actes indécents, des écoutes illicites de certains de ses collaborateurs, obstruction à la justice et prévarication. Et, comme pour couronner le tout, une autre figure de l’establishment israélien attend son procès : Haïm Ramon, actuel ministre de la Justice, est accusé d’avoir embrassé de force – et « introduit sa langue dans la bouche de sa victime », précise le rapport de police – une employée de son département. Les Libanais se souviennent encore que lors de la guerre de juillet-août, cette colombe avait soudain affiché des positions de faucon, décrétant que « tous les habitants du Liban-Sud sont des terroristes liés au Hezbollah ».
Deux mois durant, les limiers chargés de l’enquête s’étaient heurtés aux farouches dénégations d’un président qui se disait victime d’un lynchage médiatique organisé par ses adversaires politiques. « Tout cela, répétait-il, est le résultat d’une conspiration menée par un gang de criminels qui cherchent à me renverser. » Mais outre qu’il encourait plusieurs chefs d’accusation – difficile de croire à une cabale incluant plusieurs victimes –, nul ne voyait la raison pour laquelle ses ennemis convoiteraient une place aussi honorifique, tenue par un homme qui avait choisi de s’effacer après un parcours jusque-là irréprochable en tant qu’apparatchik dans les rangs du Likoud d’abord, au sein de deux gouvernements, en qualité de ministre du Tourisme puis des Transports. Auparavant, les habitants de Kiryat Malachi avaient choisi pour maire, en 1969, un jeune inconnu de 24 ans qui devait, trente et un ans plus tard, coiffer au poteau l’éternel perdant Shimon Peres dans la course à la présidence de la République. Son mandat, ironie du sort, expire en juillet prochain, désormais écourté par un limogeage qui ne fait plus l’ombre d’un doute, à moins qu’il n’opte pour une démission qui lui éviterait cette suprême humiliation.
Pour l’instant, on en est encore au stade de l’enquête, menée par le procureur général Menachem Mazouz, lequel dispose de deux semaines pour décider de la suite à donner au dossier. En attendant, Ehud Olmert peut respirer : au lendemain du long congé du Sukkot, le cabinet qu’il dirige s’apprêtait tant bien que mal à faire face à une série d’attaques de ses adversaires sur, notamment, la manière, jugée désastreuse pour l’image du pays, dont la guerre contre le Liban avait été menée, la conduite des opérations contre les Palestiniens, enfin sur les innombrables abus commis par l’armée en ces occasions. Le sursis pourrait bien être de courte durée. D’ores et déjà, le siège des médias est fait : l’influent Haaretz a fait hier ses adieux à l’occupant du 3, rue Hanassi, imité en cela par plusieurs personnalités politiques qui lui demandent de « cesser de (les) embarrasser ».
Triste fin pour celui qui adorait poser à l’homme de l’ouverture. Aux funérailles de Jean-Paul II, en avril 2005, il avait bavardé (en persan) avec son homologue iranien de l’époque, Mohammad Khatami, et serré la main de Bachar el-Assad. Triste fin aussi pour celui qui passait, aux yeux de ses concitoyens, pour « Monsieur Propre ».
Christian MERVILLE
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