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Et Baabda fut

À Baabda, arrosé de fierté et poinçonné du cèdre, nous montâmes, en pèlerins. Et pour ce que Baabda signifiait nous combattîmes, avec la fougue de la jeunesse. Comme si Baabda devenait soudain le père, le fils, le frère, l’amant, le destin, tous masculins se mouvant dans la patrie, femme sublime entre toutes. Nos bouts de chou à bout de bras, le courage à mille mains, nous escaladions tes rues tant et tant voulues. Ta longue avenue ouverte, que nous parcourions d’un pas allègre et mus par l’espérance, accueillait, joyeuse, la marée humaine que nous formions et ouvrait grand sa place aux peuples libres, goulue de nous, enfin repue. Baabda bienveillant, nous nous faufilions dans tes doux passages sous les pins qui ombrageaient notre liberté naissante. Tu t’émerveillais devant notre ardeur, nous te vouions fidélité, ensemble nous étions, vainqueurs du mal, en quête de vie. Ton rythme enchaînait nos nuits pétillantes à des lendemains riants. Nous atteignions un bonheur que personne, pensions-nous naïfs, ne nous ravirait. Mais sourdement, sans crier gare, le clairon de la mort sonnât à ta porte. Il jouât la halte à notre exaltation, le frein à notre élan. Et le temps un moment suspendit son cours. Retenant notre souffle, nous regardions tout autour et nous nous vîmes propulsés dans un vide auquel nous n’appartenions plus. Notre chez nous redevint désert, ton cœur s’arrêta net et ne battit plus. Dans ta poitrine, raide comme une épée, une douleur cuisante se fit sentir. Une douleur poignante qui durera longtemps. Sur tes épaules brusquement s’abattit le poids de nos sanglots, de nos deuils et des amers adieux à ce Liban que nous avions retrouvé à l’un de tes tournants, Baabda. Ce Liban que voulaient nous voler les receleurs d’infortune, nous en ayant voulu, ils firent voler en éclats ta grandeur et nos rêves ! Baabda rebelle, Baabda notre palais, Baabda jardin des retrouvailles aux murs peints à nos mille histoires de peuple libre. Ce lieu sculpté dans notre mémoire, qu’enveloppait la voûte d’un ciel bleu sans nuages, dont la terre à nos pieds présentait un duvet humide et doux. Nul endroit ne serait plus jamais pareil, nulle expérience ne saurait jamais plus amener si réconfortant plaisir ni si noble sentiment. Suzanne C. SARGON
À Baabda, arrosé de fierté et poinçonné du cèdre, nous montâmes, en pèlerins. Et pour ce que Baabda signifiait nous combattîmes, avec la fougue de la jeunesse. Comme si Baabda devenait soudain le père, le fils, le frère, l’amant, le destin, tous masculins se mouvant dans la patrie, femme sublime entre toutes.
Nos bouts de chou à bout de bras, le courage à mille mains, nous escaladions tes rues tant et tant voulues. Ta longue avenue ouverte, que nous parcourions d’un pas allègre et mus par l’espérance, accueillait, joyeuse, la marée humaine que nous formions et ouvrait grand sa place aux peuples libres, goulue de nous, enfin repue. Baabda bienveillant, nous nous faufilions dans tes doux passages sous les pins qui ombrageaient notre liberté naissante. Tu t’émerveillais devant notre ardeur, nous te vouions...