PARIS, d’Élie MASBOUNGI
Si la France se félicite de la stabilisation de la situation au Liban, elle n’ignore pas pour autant que le chemin est encore long avant que tout rentre dans l’ordre dans le pays. C’est ce qu’on souligne dans différents milieux politiques français, en réaffirmant la volonté de Paris de soutenir Beyrouth dans ses efforts de normalisation. La France, qui souhaite que le Liban parvienne à régler ses problèmes politiques internes, s’efforce de l’aider à recouvrer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national, en l’aidant notamment à régler le problème de Chebaa.
Une source française proche des centres de décision en matière de politique étrangère a explicité certains aspects qui semblent flous au niveau de la position officielle française à l’égard du Liban et de la situation au Proche-Orient. La France considère que le Liban vit actuellement une sorte d’accalmie consécutive à l’arrêt des opérations militaires et au déploiement de la Finul renforcée et de l’armée libanaise au Sud, sans que le problème fondamental ne soit réglé. Un haut responsable français qui s’adressait en privé à un groupe de journalistes a reflété le même point de vue, expliquant que pour avancer vers une solution au Liban il faudrait que toutes les parties en présence respectent rigoureusement le cessez-le-feu, que la Finul consolide ses positions et que le secrétaire général des Nations unies réussisse à proposer et à mettre en place des dispositions visant à régler la question de la présence militaire israélienne dans le secteur des fermes de Chebaa, qui est à la base de l’activité du Hezbollah au Liban-Sud.
Ce responsable a laissé entendre à cet égard que le président Chirac aurait obtenu du Premier ministre israélien, M. Ehud Olmert, lors d’un récent contact, que le gouvernement israélien manifeste une disposition à discuter d’un retrait des fermes de Chebaa.
Au sujet de la situation politique intérieure au Liban, le responsable français ne cache pas son inquiétude face aux divergences politiques locales et au fait que le Liban est loin d’avoir pleinement recouvré sa souveraineté, même si le gouvernement tient la route.
Au sujet du rapport Brammertz, Paris estime que l’enquête est sur la bonne voie et qu’il faut s’attendre à la publication du rapport final vers la fin de cette année avec des éléments concrets et des indices concluants. Selon la même source, la formation du tribunal international est aussi en bonne voie, malgré tous les obstacles qui se dressent.
Il est primordial, estime le haut responsable français, que le dialogue entre les diverses parties libanaises reprenne et qu’il s’intensifie afin d’aboutir à un désarmement du Hezbollah, mais uniquement par ce moyen. Pour un assainissement de la situation dans le pays, il faut, ajoute-t-il, que la Syrie respecte l’embargo sur les armes et coopère pleinement avec le juge Brammertz et que le Liban surmonte le problème institutionnel qui n’a pas été encore résolu, à savoir l’élection d’un nouveau président de la République en lieu et place du président Lahoud dont la présence est considérée par des forces locales et étrangères comme entachée d’illégalité.
Selon une analyse effectuée dans les hautes sphères politiques françaises, le Liban est actuellement tiraillé entre un courant qui œuvre pour entreprendre des réformes et une présidence qui s’oppose à ce projet et qui réalise des acquis économiques grâce à la situation actuelle. Le Liban est tiraillé entre un courant qui œuvre pour la paix et un autre qui veut la guerre et la persistance des crises.
Au sujet du Hezbollah, le haut responsable français juge que la conception française selon laquelle cette formation devrait renoncer à ses armes pour s’engager dans la vie politique est désormais partagée par les États-Unis. Le président Chirac, précise-t-il, pense que Washington est disposé à ne plus considérer le parti de Dieu comme étant une organisation terroriste s’il s’engage sur la voie de cette mutation.
Au sujet de la Finul, Paris soutient que son dispositif devra être réévalué, comme le prévoit d’ailleurs la résolution 1701, à la faveur du rapport du secrétaire général de l’ONU dans six mois. Une réévaluation qui comprendrait une redéfinition des règles d’engagement en fonction de ce qui se passera sur le terrain « non point en conformité avec le fameux chapitre sept, mais selon les règles précises établies pour l’action de cette force qui est une force de maintien de la paix et qui ne devrait pas devenir un facteur de friction ou de tension ».
En ce qui concerne la Syrie, les observateurs gouvernementaux français soulignent que le régime de Damas a montré qu’il ne veut pas engager un processus de paix dans la région et que dans la phase actuelle il n’appartient pas à la communauté internationale de changer d’attitude à l’égard de Damas. C’est à la Syrie de modifier son comportement.
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