La marginalisation de la première magistrature, illustrée par l’affaire de Bucarest, provoque une faille dans le montage du pouvoir institutionnel. Le président Lahoud se retrouve en nette perte de vitesse par rapport aux présidents Berry et Siniora. Ce qui suscite un déséquilibre préjudiciable à la prise de décisions, donc finalement à l’État. D’autant que Lahoud reste, comme on sait, boycotté par nombre de parties locales. Ce mouvement ne se limite pas aux forces du 14 Mars, certains pôles du 8 Mars boudant également le palais de Baabda. C’est le cas même pour un conciliateur comme le président Berry qui, depuis plus d’un an et demi, a rompu la tradition de la visite hebdomadaire du chef du Législatif au chef de l’État, dont la participation active à la vie publique se limite aux séances du Conseil des ministres et aux occasions de célébration nationales. On relève de même que depuis la tentative avortée d’une rencontre au domicile de M. Lahoud à Bayada-Metn, le général Aoun n’a plus vu le président. Dans le même cadre, les députés du CPL se rendent très rarement à Baabda.
Il est évident que la marginalisation d’une personne affaiblit du même coup la fonction qu’elle occupe, l’instance qu’elle représente. Baabda est généralement tenu à l’écart des contacts ou des missions d’officiels et d’émissaires étrangers. Phénomène constaté notamment lors de la guerre de juillet, ces envoyés visitant assidûment Aïn el-Tiné ou le Sérail en ignorant totalement M. Lahoud, sans même lui donner un coup de fil. Beaucoup de choses se font et se défont à son insu. C’est ce qui a porté les évêques maronites à souligner, dans leur septième communiqué, que l’anomalie au niveau de l’équilibre institutionnel est aussi honteuse que déplorable. S’alarmant pour la présidence en tant que telle, les prélats appellent à un traitement urgent de la question. « Pour que les gens ne s’habituent pas à cet état malsain de choses », disent-ils.
Lucide, un ministre appartenant à la majorité relève que l’affaiblissement de la présidence de la République n’affecte pas les maronites seulement, mais se répercute sur l’ensemble des Libanais. Parce que au sein de l’État, le président de la République est censé être le président de tous les Libanais. Et sa mise sur la touche équivaut à un dysfonctionnement de la vie politique, au détriment direct de la population tout entière. Ce ministre ajoute que le déséquilibre est source de confusion et de manque de visibilité au niveau du jeu politique. C’est bien pourquoi, selon lui, l’exigence majoritaire d’une présidentielle accélérée se justifie pleinement. D’autant, précise-t-il, que la prorogation, violation constitutionnelle, doit être considérée comme nulle et non avenue. Il affirme que face à l’opposition acharnée et pour ne pas provoquer d’implosion, la demande de correction a été mise de côté, la majorité se contentant de se comporter comme si le président n’existait pas en tant que tel. Ce ministre reconnaît cependant que la marginalisation a des effets préjudiciables tant pour le pays que pour les équilibres politiques ou institutionnels qui lui sont nécessaires.
Un politicien souligne que les présidents de la Chambre et du Conseil profitent, même si c’est à leur corps défendant, de la marginalisation du président de la République. Car leur rôle respectif arabe, international ou local s’en trouve considérablement renforcé. Ils vont dehors, sont reçus partout à bras ouverts, parlent et à la limite décident pour le Liban. Une mise en vedette particulièrement remarquée durant la guerre. Notamment pour ce qui est de M. Siniora, qui a pris nombre d’initiatives, effectué nombre de rencontres toutes plus importantes les unes que les autres. Avec M. Berry, il a contribué au remodelage de la 1701 initiale de manière à défendre les intérêts du Liban comme de son État.
En tout cas, on reparle de la présidentielle. Certains députés de la minorité vont jusqu’à admettre que le mieux serait encore de s’entendre sur un successeur, pour traiter cette question d’abord, sans attendre des législatives anticipées. Mais ils précisent que l’accord ne saurait se faire que sur un nom de consensus qui ne soit pas dépendant de la majorité et du Courant du futur. De son côté, le président Berry souhaite un président de compromis et non de défi.
Philippe ABI-AKL
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