Des députés membres du Bloc du changement et de la réforme, mais qui n’appartiennent pas au Courant patriotique libre, estiment que l’étape actuelle nécessite, pour une sortie de crise, une initiative particulière. Ainsi leur groupe est-il déterminé, indique le Dr Sélim Salhab, à proposer aux différents protagonistes locaux un document d’entente, pour une solution bien libanaise à une situation aussi délicate qu’historique.
Pour ce cadre, il existe une alternative de voies à emprunter. Ou bien un accord sur un nouveau président de la République puis sur un gouvernement d’union nationale, ainsi que sur une loi électorale permettant des législatives anticipées. Ou bien la loi et les élections d’abord, ensuite le gouvernement d’union nationale. Pour que cela soit la nouvelle Chambre qui choisisse le prochain président. Le Dr Salhab rappelle que son bloc a déjà adopté la formule de choix à proposer, estimant qu’elle mérite d’être discutée par les autres.
Mais les forces du 14 Mars sont contre tout arrangement effectué alors que le président Lahoud resterait à son poste. Elles expliquent qu’il n’est pas possible de s’entendre sur une loi électorale et de former un nouveau gouvernement tant que M. Lahoud garde un rôle de partie prenante dans tout sujet. Car, en usant de ses prérogatives constitutionnelles, il est en mesure de bloquer tout ce qui ne lui conviendrait pas. Toute mesure éventuellement adoptée par cette majorité qu’il juge de parti pris, que cela soit au niveau de la loi électorale ou du gouvernement.
Ces forces répètent qu’un règlement doit d’abord porter sur le choix dit de la succession. Après quoi, à les en croire, il deviendrait bien plus facile de former un cabinet d’union et d’organiser des élections anticipées. Sans présence pesante au pouvoir d’un président qui s’affiche comme partie politique hostile à une autre. Loin de tout esprit de rassemblement national, d’impartialité et de neutralité arbitrales, comme le voudrait la fonction.
Nuancer la position
Pour leur part, des députés membres du Bloc du changement déclarent que ce groupe, pour jouer un rôle actif de rapprochement général, doit faire un effort de centrisme. C’est-à-dire tenter d’effacer la classification, l’impression qu’il fait partie d’un camp engagé contre un autre. Pour être vu et perçu comme un bloc réellement indépendant, ouvert à tous et dialoguant sans prévention avec tous. Ce qui permettrait la généralisation, dans son esprit sinon dans ses formes, du traité conclu par le Courant patriotique avec le Hezbollah. Ou, plutôt, l’adoption d’un nouveau pacte global. Une précision importante : cette recommandation d’orientation nouvelle, voire de changement de cap, nécessite encore l’approbation, au sein du bloc, des membres qui appartiennent au CPL, ce qui n’est pas encore fait.
Quoi qu’il en soit, certains députés tiennent en privé des propos qu’ils n’étalent pas en public, ou pendant les réunions hebdomadaires de leur bloc. Ils déclarent que la volonté du peuple a été bridée autant que détournée lors des dernières élections, organisées sous le couvert d’une loi inique. Sans compter que des éléments subjectifs, affectifs ou confessionnels ont pu altérer les résultats. Pour ces députés, l’électorat a le droit de corriger, à travers un scrutin rapproché, les retombées du comportement erroné de certains de ses soi-disant élus, qui n’auraient plus ses suffrages. Ils ajoutent que les sondages d’opinion parus durant la guerre montrent que l’opinion relève nombre de fautes, notamment d’ordre éthique, commises par les politiciens. Estimant que la popularité du Courant patriotique libre a baissé depuis les dernières élections, ils expliquent que beaucoup ne comprennent pas bien la ligne suivie par ce parti et ses alliés. En espérant que, par la suite, elle sera mieux interprétée. Ils s’efforcent donc de faire passer un message de clarification. En précisant cependant que la ligne en question est juste à leurs yeux, qu’il ne faut pas en changer mais au contraire tenter d’attirer ceux qui y sont opposés, entendre parmi les sympathisants. Ils ajoutent qu’il n’est pas possible de ne pas être allié de la Syrie et d’effectuer en même temps un renversement réalisant ce qu’elle veut au Liban. Au sujet du Hezbollah, ces personnalités nient qu’il y ait alliance, comme cela se dit. En mettant l’accent sur les nombreuses divergences qui subsistent. Et en répétant que le document d’entente est une chose, et l’alliance, une autre. Pour rappeler que ledit document a suscité sur la scène locale un climat de détente, faisant échouer des tentatives de discorde.
Critiques
Mais les contempteurs du CPL affirment que le général Aoun a raté l’occasion de jouer un rôle de sauveur national. Pour eux, il aurait dû œuvrer en faveur des thèses du 14 Mars, qui étaient les siennes au départ et qui ne se limitent pas au départ des troupes syriennes. Cela afin qu’il n’y ait pas au Liban un pouvoir issu du 14 Mars qui se retrouve confronté à une contre-autorité, partielle mais certaine, représentant les restes de l’ancien régime. Avec des capacités de blocage paralysant le pays et le plaçant dans une situation anormale.
Ces sources laissent entendre ensuite, toujours dans la même optique, qu’en réalité, le CPL aurait dû s’activer pour que le Hezbollah se rapproche des vues du 14 Mars. Dans ce sens, selon ces cadres, que le document d’entente ne devrait pas être simplement de l’encre sur le papier, destiné à faire montre de bonnes intentions, sans plus, mais un outil de travail positif à vocation globale, pour servir tous les Libanais. Ils soutiennent qu’il aurait été possible de concrétiser nombre de points du document d’entente, sans imputer la responsabilité du défaut d’exécution aux parties n’adhérant pas au document. En soulignant combien restent abusifs les commentaires de certains (entendre aounistes), selon lesquels si le document avait été approuvé par tous, la guerre israélienne n’aurait pas eu lieu.
Relevé
Mais ces points réalisables du document CPL-Hezbollah, quels sont-ils ?
– D’abord, la détermination du nombre, de l’identité et du sort des Libanais détenus en Syrie, pour pouvoir clore le dossier humanitaire. À cette fin, il faudrait que les deux formations signataires envoient une délégation en Syrie.
– Ensuite, les Libanais réfugiés en Israël. Aucune mesure pratique n’a été prise pour leur retour au pays, pour mettre un terme au débat sur qui y a droit et qui n’y a pas droit. On se contente d’évoquer une amnistie, avec un procès pour certains.
– Troisième point : Chebaa. L’amitié du Hezbollah avec la Syrie devrait être mise à profit pour obtenir l’homologation à l’ONU de la libanité des fermes, par un tracé des frontières. Il en irait de même pour faciliter et accélérer l’établissement de relations diplomatiques. En base de cette décision du Comité de dialogue national, qui a été, après tout, adoptée à l’unanimité.
– Parallèlement, le traitement du désarmement des Palestiniens hors des camps et la régularisation de leur arsenal à l’intérieur. Cette question nécessite, elle aussi, une coopération syrienne.
– Le CPL devrait obtenir du Hezbollah qu’il fixe un cadre à son propre désarmement. En déclarant, par exemple, s’il devrait intervenir après la libération de Chebaa et des prisonniers libanais en Israël. Sans laisser ce soin à un dialogue national qui s’est retrouvé dans l’impasse au sujet de ce que l’on a baptisé la stratégie de défense.
Émile KHOURY
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Pour ce cadre, il existe une alternative de voies à emprunter. Ou bien un accord sur un nouveau président de la République puis sur un gouvernement d’union nationale, ainsi que sur une loi électorale permettant des législatives anticipées. Ou bien la loi et les élections d’abord, ensuite le gouvernement d’union nationale. Pour que cela soit la nouvelle Chambre qui choisisse le...