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Actualités - Opinion

IMPRESSION L’arche de Fouad

L’homme politique est aussi un produit de grande consommation. Aux heures d’écoute, c’est lui qui fait vendre le whisky, le fromage, le liquide-vaisselle et la poudre à laver. Et c’est moi qui achète. Quand l’homme politique me regarde dans les yeux en fronçant les sourcils, et qu’il me menace, et qu’il m’engueule, et qu’il déverse ses aigreurs dans le salon familial, ce havre où nous venons le soir lisser nos nerfs en astrakan, je le zappe. Car, le croiriez-vous, j’ai ce pouvoir magique de faire taire les raseurs qui envahissent mon écran et de les envoyer dans une autre dimension. Je me fiche de leurs contentieux. Qu’ils aillent régler ça en privé. Je refuse d’être prise à témoin, je ne veux pas faire partie de ce tribunal. Je ne veux même pas savoir ce qu’ils ont à me dire. Ou peut-être qu’en le disant plus gentiment ?… Un seul, en dehors de toute considération politique, partisane, clanique ou communautaire, trouve grâce à mes yeux. Quand il apparaît au journal de 20h, j’ai l’impression qu’il s’assoit à mon chevet et me tient le poignet. Il me parle doucement. Il me dit que c’est difficile, mais qu’il fait de son mieux pour que tout aille bien. Il est le timonier de cette arche biblique qui emporta un jour toutes les espèces vivantes pour les sauver du déluge. Même en comptant sans les 200 000 personnes qui ont quitté le navire en pleine tempête, cela fait beaucoup de monde à gérer, à reloger, à ravitailler, à instruire, à occuper, à consoler du deuil et de la peur, à rassurer, à pacifier. Il me dit qu’il peut le faire, qu’il le fait déjà, que le monde entier veut l’aider dans sa tâche. Et puis, il m’offre ce sourire oblique rempli de compassion qui est le sien. Il ne m’en faut pas davantage, je crois tout c’qu’im dit. Je ne suis pas plus naïve que tous ces pays donateurs dont certains, pourtant pas bien riches, comme la Pologne, ont quand même consenti à déposer jusqu’à 150 millions de dollars dans son escarcelle. La confiance ne s’arrache pas. À bord de cet esquif qu’un sabordage menace à tout moment, dans le Sud meurtri se prépare une ère nouvelle. Chirac avait bien prédit que 15 000 hommes pour la Finul, sur ce petit territoire, finiraient par se bousculer. Mais ils arrivent. Aussitôt débarqués dans ce paysage lunaire, soldats d’une paix jamais acquise aux termes d’une guerre invraisemblable, c’est d’abord la vie qu’ils apporteront. Gageons que des guinguettes de fortune viendront suppléer à l’ordinaire du camp, aussitôt suivies de vrais restaurants autour desquels pousseront des boutiques de souvenirs. Les boys se mêleront à la population revenue. Dans la tristesse ambiante, ils verseront leur fraîcheur. Des filles et des garçons viendront à leur rencontre de tous les coins du pays. Il y aura de la romance. On fera beaucoup l’amour avant de faire la paix. Fifi ABOU DIB
L’homme politique est aussi un produit de grande consommation. Aux heures d’écoute, c’est lui qui fait vendre le whisky, le fromage, le liquide-vaisselle et la poudre à laver. Et c’est moi qui achète. Quand l’homme politique me regarde dans les yeux en fronçant les sourcils, et qu’il me menace, et qu’il m’engueule, et qu’il déverse ses aigreurs dans le salon familial, ce havre où nous venons le soir lisser nos nerfs en astrakan, je le zappe. Car, le croiriez-vous, j’ai ce pouvoir magique de faire taire les raseurs qui envahissent mon écran et de les envoyer dans une autre dimension. Je me fiche de leurs contentieux. Qu’ils aillent régler ça en privé. Je refuse d’être prise à témoin, je ne veux pas faire partie de ce tribunal. Je ne veux même pas savoir ce qu’ils ont à me dire. Ou peut-être...