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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Affaire d’espace

On respire. Les avions de ligne reviennent, les navires voguent vers Beyrouth sous la surveillance provisoire de bâtiments italiens, français et grecs, l’embargo n’est plus déjà qu’un mauvais souvenir. Et tout ce remue-ménage est la plus belle des ripostes à l’agresseur qui, après avoir sauvagement matraqué sa victime, avait entrepris de l’étouffer. Israël savait bien ce qu’il faisait en bouclant nos issues aériennes et maritimes et en perturbant gravement le trafic terrestre, sous prétexte d’interdire les fournitures d’armements au Hezbollah. C’est à la claustrophobie après la terreur qu’il entendait livrer, en l’enfermant de la sorte dans son minuscule territoire, un des peuples de la région les plus naturellement ouverts sur l’extérieur : sans doute le peuple le plus remuant du monde, un peuple qui depuis la nuit des temps a la bougeotte, un peuple qui n’a cessé de sillonner les mers puis d’écumer les airs. Les Libanais sont d’authentiques citoyens du monde, ils ont de la famille aux quatre coins du monde, ils sont partout chez eux. Ils sont les derniers, par contre, à accepter de se laisser emprisonner par quiconque dans leur patrie. Les Libanais ne peuvent pas être faits comme des rats : de fait, et bien avant la levée du blocus israélien, d’ingénieux systèmes D ont été mis en place pour assurer allers et retours à tous ceux qui y tenaient à tout prix. Il ne faut pas cependant que la déstabilisation réussisse à jouer, à son tour, les passe-murailles. En acceptant la résolution 1701 de l’ONU, l’État libanais s’est engagé sans équivoque possible à une pacification définitive de sa frontière avec Israël, excluant des deux côtés tout usage de la force, de même qu’à la recherche d’un règlement négocié de la question des fermes de Chebaa. Il s’est engagé, de même, à interdire toute arrivée de matériel militaire qui ne serait pas destiné à son armée régulière ; et malgré ses réserves, la Résistance islamique, qui fait partie du gouvernement, est liée par ces engagements. L’armement du Hezbollah n’est pas seul en cause, toutefois. C’est aussi d’un embargo sur la subversion, sur le terrorisme, sur la violence meurtrière érigée en politique que le Liban, en effet, a le plus grand besoin. Car à la veille de la publication du rapport d’étape du procureur Serge Brammertz, il ne faut pas que des attentats à la bombe, tel celui qui visait dernièrement un haut responsable des FSI, entament le zèle et la détermination des hommes, policiers et magistrats, œuvrant à démasquer les tueurs et à assurer la sécurité des citoyens. Ce bouclage des ouvertures, longtemps béantes, par où s’engouffre la subversion, n’est pas tout cependant : au sortir d’une guerre aussi coûteuse et controversée, il est évidemment nécessaire que des murs – bien intérieurs ceux-là – soient abattus à la lumière des données nouvelles, pourvu toutefois que soient préservés certains indispensables garde-fous. C’est même là le fondement de toute entente nationale valable, durable. Au Liban, en effet, opèrent en toute liberté des partis qui prônent ouvertement sa fusion dans un ensemble arabe ou alors pansyrien, alors que d’autres ont pour idéal, même lointain, l’instauration de systèmes théocratiques. Toutes ces aspirations signifient rien moins, bien sûr, que la disparition du Liban pluraliste ; qu’importe toutefois, c’est la rançon de la liberté, pourvu seulement que ces idées soient défendues par des moyens strictement démocratiques. C’est-à-dire sans recours à la sédition ; c’est-à-dire sans prétention à la détention exclusive d’arsenaux, ce qui fausse dès le départ toute chance de dialogue constructif. Notre véritable exclusivité dans cette partie du monde, c’est la liberté de culte, de croyance, de pensée et d’expression, c’est le droit à la diversité. C’est là le privilège du Liban, ce ne peut plus continuer d’être son drame. Issa GORAIEB

On respire. Les avions de ligne reviennent, les navires voguent vers Beyrouth sous la surveillance provisoire de bâtiments italiens, français et grecs, l’embargo n’est plus déjà qu’un mauvais souvenir. Et tout ce remue-ménage est la plus belle des ripostes à l’agresseur qui, après avoir sauvagement matraqué sa victime, avait entrepris de l’étouffer.
Israël savait bien ce qu’il faisait en bouclant nos issues aériennes et maritimes et en perturbant gravement le trafic terrestre, sous prétexte d’interdire les fournitures d’armements au Hezbollah. C’est à la claustrophobie après la terreur qu’il entendait livrer, en l’enfermant de la sorte dans son minuscule territoire, un des peuples de la région les plus naturellement ouverts sur l’extérieur : sans doute le peuple le plus remuant du monde, un...