Ambitions et intérêts
Il serait utile de rappeler au général Aoun que, dans les années 1989-1990, nous avons défilé nombreux dans les rues de Paris en scandant son nom. À l’époque, il avait le soutien des Libanais, de tous les Libanais du Liban et de l’émigration. Hélas ! Les malheureux événements de 1990 entre ses brigades et la milice des Forces libanaises ainsi que les destructions qui ont suivi dans les régions chrétiennes nous ont fait désespérer en tant que chrétiens de notre avenir dans notre pays.
À présent les chrétiens du Liban, dont il se proclame le représentant majoritaire, se posent des questions après les douloureux événements qui viennent de s’abattre sur le pays et ses prises de position pleines de fiel et de rancœur contre le gouvernement et le Premier ministre, qui s’est comporté en véritable homme d’État tout au long de cette crise et qui a suscité le respect de tous, Libanais comme étrangers. Cette question, entre autres : est-il rentré au pays pour faire fuir le peu de chrétiens qui y sont encore ? Ne voit-il pas le nombre de jeunes chrétiens qui quittent pour des cieux plus cléments ?
Il est normal d’avoir des ambitions présidentielles, mais pas aux dépens des intérêts du peuple libanais. Du reste, si des élections législatives devaient se tenir aujourd’hui, il verrait bien qu’il ne représente plus 75 % des chrétiens. De grâce, général, arrêtez vos menaces, surtout en ces temps où l’intérêt supérieur de la nation nécessite la solidarité de tous les Libanais et leur regroupement autour de leur gouvernement et non point autour d’une milice, cause de tous nos malheurs.
Loutfi ANTAKI
Le Liban aux Libanais
En tant que francophones européens, nous avons été tous choqués et indignés par la guerre d’agression criminelle et injustifiable commise par les Israéliens contre le Liban souverain, peuple ami et de longue tradition francophile. Après le peuple irakien martyr, c’est donc au tour du peuple libanais de subir dans le sang et les dévastations criminelles la loi du plus fort des « maîtres du monde » et de leurs valets israéliens, agissant par procuration, car personne n’est dupe.
Chers amis chrétiens et musulmans du Liban, ne vous laissez pas abuser par ceux qui manipulent les opinions sans vergogne pour attiser la haine entre les peuples et brandissent avec cynisme la menace du «choc des civilisations » pour justifier la « guerre sainte bushienne » contre les « méchants musulmans» qui osent défier l’« empire » et leur totale suprématie sur les peuples de la planète.
L’Europe occidentale, c’est aussi 20 millions de chômeurs et de miséreux qui subissent l’ultralibéralisme économique et financier, imposé par les « géniaux » potentats nord-américains et anglais, ainsi que la dictature de la pensée unique à travers des médias pour la plupart asservis comme des caniches à leurs maîtres. Nous condamnons tous la violence et le terrorisme aveugle, mais nous refusons tout aussi fermement ce nouvel « ordre mondial » que veulent imposer à la planète entière et notamment au Proche et Moyen-Orient les USA et les faucons israéliens, aussi racistes qu’intolérants pour le peuple palestinien opprimé.
Que Dieu vous protège et vous bénisse. Je pleure pour toutes les victimes innocentes de cet enfer causé par la folie humaine.
Jacques PANCHAUD
Suisse
La Chambre… à coucher
Avis aux nostalgiques du petit écran : l’hôtel Sahh el-Nomm (série télévisée syrienne des années soixante, avec le comique Doureid Laham – NDLR) version libanaise est désormais disponible. Dans son nouveau décor, le palace de la place de l’Étoile s’est transformé en dortoir où 10 pensionnaires de choix consacrent leurs longues heures de sommeil de juste à la survie de la nation. On appelle cela le sommeil réparateur et nul ne peut que s’émouvoir face à cet élan de solidarité : des rescapés dorment à la belle étoile, les députés place de l’Étoile !
C’est une suite logique, à force de raconter des histoires à dormir debout…
Gaby GEMAYEL
Parlement version « Star Académie »
Messieurs les représentants du peuple, permettez-moi ces quelques commentaires concernant le sit-in que vous avez amorcé le week-end dernier. Il est entendu que ce genre de protestation est réservé aux situations désespérées où les protagonistes n’ont plus d’autre arme contre une autorité omnipotente qui ne les écoute plus. Serait-ce vraiment la situation à laquelle vous faites face ? Et si tel est vraiment le cas, est-il indispensable de faire ce défilé retransmis par les chaînes de télévision devant ces dortoirs improvisés ?
Verrons-nous arriver les « manakiche » du petit déjeuner ? Le contribuable devra-t-il aussi régler les factures des repas chauds en sus de ses lourds tributs ? De grâce, épargnez-nous cette nouvelle version de la Star Académie.
Dolly TALHAMI
Sit-in cinq étoiles
Il y a sit-in et sit-in. Il y a le sit-in du pauvre, qui enchaîne les grèves de la faim et autres privations pour un dénouement incertain, et il y a le sit-in VIP, avec lits au carré, serviettes moelleuses et déjeuner au resto du coin, pour un dénouement annoncé à l’avance. Rien à dire : pour certains, le choix est fait. Tant qu’à faire, autant protester « clean », en chemise blanche et cravate pour ces messieurs, en chignon impeccable pour ces dames. Non, mais vraiment, de qui se moque-t-on ?
Est-il besoin de rappeler qu’une protestation se fait d’abord et en bonne logique pour gêner la source du problème ? Ainsi, un employé fera la grève pour attirer l’attention de son employeur sur le mauvais fonctionnement de la société où il est employé et non de la société concurrente.
Pour revenir à nos moutons, en quoi Israël, qui est la source du problème engendré par le blocus, peut-il être « gêné » par nos chers représentants qui s’étalent à la une des journaux ? À moins que, voyant que le dénouement semble être pour bientôt, « on » a voulu voler au secours de la victoire.
Reconnaissons que la démarche est intelligente, à défaut d’être musclée. On aurait cependant pu nous épargner le scénario du soi-disant « sacrifice » consenti à la nation, avec la vidéo des députés installés en chaussettes et bras de chemise sur leurs lits de fortune, ou encore en train de déjeuner dans un des restaurants du centre-ville, le visage bouffi de fatigue... Mauvaise nuit ? J’écrase une larme...
Joumana DEBS NAHAS
Solidarité
Pour une fois, les Libanais sont solidaires. Solidaires face à une guerre à laquelle bon nombre d’entre eux étaient opposés. Mais nous tous, Libanais, avons quand même tenu tête pendant 33 jours à un ennemi qui a compris qu’éliminer la résistance du Hezbollah n’était pas aussi aisé qu’il pensait. Il a donc essayé de déclencher une guerre interne qui devait réaliser ce que des milliers de tonnes d’explosifs n’ont pas pu accomplir.
Une solidarité qui s’est transformée en enchères : c’est à qui indemnisera plus généreusement les gens touchés par cette guerre. Mais cette solidarité n’a pas résisté un jour après le cessez-le-feu, comme si elle n’était pas compatible avec la paix...
Une solidarité qui s’est transformée en occasion électorale : des donations avec des photos de politiciens sur les paquets de nourriture... Quand donc apprendrons-nous à respecter le sang des victimes ? Doit-on attendre une nouvelle guerre pour voir les Libanais à nouveau solidaires ?
Johnny FENIANOS
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats