Après la tourmente, elles devaient bien finir par se décider à arriver, les bonnes nouvelles. L’ennui cependant, c’est qu’elles n’arrivent pas toujours seules, tant en effet les ennemis du Liban s’acharnent à l’entourer de leur mortelle sollicitude.
La Finul Plus est en train de s’étoffer, la Finul navale ne devrait pas trop tarder à suivre, le déploiement de l’armée régulière libanaise va bon train, le retrait des troupes israéliennes du Sud devrait être parachevé dans une dizaine de jours. Et surtout, Kofi Annan croit pouvoir s’attendre à la levée, dans les 48 heures, du révoltant blocus imposé au Liban. Révoltant ce blocus en effet, insoutenable même, s’exclamait hier à Alexandrie le secrétaire général de l’ONU, puisque Israël s’est arrogé le droit de mettre en vigueur lui-même, comme il l’entend – c’est-à-dire en violant outrageusement la lettre et l’esprit de la résolution 1701 du Conseil de sécurité –, l’embargo sur les fournitures d’armes au Hezbollah décrété par ce même texte.
Cela aura pris du temps, certes ; mais si les espoirs d’Annan sont fondés, le sérieux et la détermination dont font montre les pays contributeurs à cet ordre nouveau appelé à régner sur le Liban-Sud auront eu raison de l’arrogance et de la mauvaise foi israéliennes. Car ce ne sont évidemment pas les affres de la réclusion volontaire, stoïquement endurés depuis samedi dernier dans l’enceinte du Parlement par les élus libanais, qui ont pu émouvoir Ehud Olmert. Pour folklorique, dérisoire même, qu’ait pu être cependant ce sit-in, il aura pour le moins stimulé les réflexions, favorisé les échanges. Que les ermites de l’Étoile soient eux-mêmes convaincus de faire œuvre utile peut être déjà bon pour le moral. Tout aussi bons pour le moral, d’ailleurs, sont ces oiseaux bleu et blanc (ces hirondelles ?) de la Qatar Airways bravant avec une belle témérité l’interdit israélien pour desservir Beyrouth... mais seulement après une préalable et prudente coordination avec les geôliers de l’air.
Quand s’ébattent les hirondelles cependant, les rapaces et les charognards ne sont jamais loin. À plus d’un titre, l’attentat meurtrier à la bombe d’hier à Rmeileh, qui visait un haut responsable des Forces de sécurité intérieure, est une véritable déclaration de guerre : déclaration d’autant plus grave qu’elle est lancée au moment même où le monde entier ou presque aide les Libanais à effacer les terribles séquelles de la dernière guerre. Car c’est à un des piliers de la lutte antiterroriste que s’en est pris cette fois le terrorisme en la personne d’un spécialiste du renseignement, qui a joué un rôle central dans les enquêtes sur l’épouvantable série d’attentats de l’an dernier. C’est sans doute parce qu’il en savait trop qu’on a voulu tuer le lieutenant-colonel Chéhadé ; mais c’est aussi peut-être pour le châtier, pour effrayer collègues et successeurs, pour démoraliser l’ensemble des Libanais : cela à la veille d’échéances importantes, telles la prochaine publication du rapport d’étape du procureur Brammertz et la constitution d’un tribunal à caractère international appelé à juger les assassins de Rafic Hariri.
S’il montre bien la criminelle obstination des forces du mal, cet attentat illustre avec la même intensité, en revanche, l’impérieuse nécessité, pour le Liban, de se protéger, et de le faire en mettant à profit le précieux, le décisif concours de la communauté internationale. 15 000 soldats au Sud, épaulés par des milliers de Casques bleus, cela laisse tout de même assez d’effectifs libanais disponibles pour garder efficacement la demeure et surveiller l’autre frontière, puisque Damas n’y tolère aucune présence de la Finul. La semaine dernière déjà, lors de l’étape syrienne de son périple, le secrétaire général des Nations unies avait fait état de l’appui du régime baassiste à la résolution 1701 et de sa disposition à résoudre les questions frontalières. Il reste que les assurances qu’a entendues le bon Kofi Annan, les Libanais pourraient les réciter par cœur. Des relations diplomatiques avec Beyrouth ? Bien sûr, mais c’est l’affaire exclusive des deux gouvernements. La délimitation de la frontière ? Pas de problème, mais on commence par le nord, ce qui situerait le tour de Chebaa aux environs de 2025.
La seule innovation en la matière aura été cette décision de renforcer le contrôle du côté syrien de la frontière. Tous les convois d’armements affluant depuis des années dans notre pays n’étaient en somme, vous rendez-vous compte, que vulgaire trafic de contrebandiers !
Issa GORAIEB
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