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Actualités - Opinion

Éclairage Irrité par les Frères musulmans, le régime égyptien sévit

Les arrestations fréquentes de Frères musulmans en Égypte reflètent l’impatience du régime face à ce groupe de l’opposition dont le guide spirituel a multiplié les déclarations radicales, estiment des analystes. «Mohammad Mehdi Akef a haussé le ton récemment », a déclaré à l’AFP Kamal Habib, un analyste et ancien membre du Jihad islamique égyptien. Début août, le guide spirituel de la confrérie a affirmé qu’il était prêt à envoyer 10 000 moujahidine au Liban pour combattre Israël aux côtés de la formation chiite Hezbollah. « Quand le guide dit qu’il peut contrôler 10 000 hommes armés, cela revient à dire qu’il y a un État dans l’État », a estimé Emad Gad, du centre al-Ahram pour les études politiques et stratégiques. L’affirmation est d’autant plus étonnante que les Frères se veulent un mouvement pacifiste. Quelques jours plus tard, Mohammad Mehdi Akef attaquait les dirigeants arabes : « S’ils n’avaient pas été musulmans, nous les aurions tués, car ils sont plus dangereux pour la nation (musulmane) qu’Israël lui-même. » Le 12 juillet, quelques heures après la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah, M. Akef s’empressait de féliciter le parti libanais, alors que l’Égypte officielle dénonçait un « aventurisme », point de départ d’une offensive israélienne meurtrière au Liban. Dans son dernier message hebdomadaire, il a préconisé la lutte « contre les fils d’Israël ». Les propos du chef des Frères musulmans, plus importante formation de l’opposition qui détient 88 sièges sur 454 au Parlement, « représentent une pression supplémentaire sur le gouvernement », estime M. Habib. Les autorités ont donc riposté en lançant une campagne d’arrestations au sein de la confrérie, interdite mais tolérée, après une accalmie de plusieurs mois. Vendredi, 17 Frères musulmans, dont le numéro deux de la confrérie Mahmoud Ezzat et plusieurs cadres, ont été arrêtés au nord du Caire. Le lendemain, quatre membres ont été interpellés au sud de la capitale. Des livres, des cassettes et des vidéos islamistes ont été saisis. Au total, 38 personnes ont été emprisonnées en une semaine, portant à 120 le nombre d’islamistes en détention administrative, qui permet de garder une personne en prison sans jugement pendant six mois, a indiqué à l’AFP Abdel Monem Aboul Foutouh, un dirigeant de la confrérie. Il écarte néanmoins tout lien entre cette campagne et les déclarations du guide spirituel. « Depuis les élections (législatives fin 2005) et la forte présence des Frères au Parlement, le régime est pris de panique », a-t-il dit. M. Aboul Foutouh assure que les propos de M. Akef sur les 10 000 moujahidine avaient pour seul but « de soutenir moralement les Libanais ». « Les services de sécurité égyptiens savent bien que nous n’avons pas la capacité d’entraîner et d’armer ces hommes. Nous sommes un mouvement pacifiste. » Pour M. Gad, M. Akef a cependant fourni aux autorités une bonne excuse pour sévir contre la confrérie. « Akef n’est qu’une figure symbolique des Frères musulmans, mais il n’a aucun poids politique. Sa présence et ses déclarations permettent aux autorités d’arrêter les cadres du mouvement, les gens qui ont une véritable action sur le terrain », explique-t-il. M. Habib note pour sa part que les propos du chef spirituel sont tombés à point. « Dans ce jeu du chat et de la souris, l’État arrête régulièrement des cadres du mouvement lorsqu’il sent que la pression qu’ils exercent a augmenté. » « Cela a été le cas récemment, les Frères ayant multiplié les réunions d’organisation et de cadres. Le régime devait intervenir pour leur dire qu’ils avaient dépassé les lignes rouges », conclut-il. Joëlle BASSOUL (AFP)
Les arrestations fréquentes de Frères musulmans en Égypte reflètent l’impatience du régime face à ce groupe de l’opposition dont le guide spirituel a multiplié les déclarations radicales, estiment des analystes.
«Mohammad Mehdi Akef a haussé le ton récemment », a déclaré à l’AFP Kamal Habib, un analyste et ancien membre du Jihad islamique égyptien. Début août, le guide spirituel de la confrérie a affirmé qu’il était prêt à envoyer 10 000 moujahidine au Liban pour combattre Israël aux côtés de la formation chiite Hezbollah.
« Quand le guide dit qu’il peut contrôler 10 000 hommes armés, cela revient à dire qu’il y a un État dans l’État », a estimé Emad Gad, du centre al-Ahram pour les études politiques et stratégiques. L’affirmation est d’autant plus étonnante que les Frères se...