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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB La frontière de l’absurde

Une Finul d’exception pour effacer les terribles séquelles d’une guerre non moins extraordinaire : guerre échappant à tout entendement, puisqu’elle aura mis aux prises un État et un parti armé sur le sol du principal concerné, le Liban dont les protagonistes se seront souciés comme d’une guigne. Qu’on en juge : plus d’un millier de morts, pour la plupart d’innocents civils, 15 milliards de dollars de dégâts et de pertes, un saut de quinze années en arrière pour l’économie d’un pays, selon les estimations du Programme de développement des Nations unies. Au vu d’un aussi implacable bilan, aura-t-on enfin la décence de crier moins haut victoire ? Cette Super-Finul a pratiquement vu le jour hier à Bruxelles, après une période de flottement somme toute compréhensible, puisqu’il restait à en fixer les prérogatives et les modalités d’intervention, demeurées imprécises dans la résolution 1701. Forte désormais des garanties obtenues auprès de l’ONU, d’Israël et du Liban, la France, qui avait joué un rôle diplomatique de pointe pour faire cesser les combats, ne pouvait que finir par traduire sur le terrain sa passion libanaise. Les autres pays contributeurs en ont fait autant, même si tous ne sont pas encore d’accord sur les effectifs futurs de la force, fixés par le Conseil de sécurité à un maximum de 15 000 hommes. Voilà donc des nations amies concrétisant de la plus effective des manières – c’est-à-dire en assumant généreusement les inévitables risques courus par leurs contingents – leur volonté de venir en aide au Liban. Elles ont droit à notre plus profonde reconnaissance : avec, il est vrai, une mention toute particulière pour la France et l’Italie, qui se seront disputé la première place avec une sportive âpreté. Déployés dans le Sud aux côtés des unités régulières libanaises, les Casques bleus n’opéreront pas toutefois à l’Est. Pour empêcher toute fourniture d’armements au Hezbollah, Israël exige, comme on sait, une surveillance internationale de la frontière libano-syrienne (et aussi de l’aéroport de Beyrouth), et c’est même là une condition à la levée de l’odieux blocus aérien, naval et terrestre qu’il a imposé au Liban. Les Syriens, de leur côté, voient dans un tel stationnement des troupes onusiennes un acte hostile de la part du Liban, auquel ils pourraient riposter en fermant leur frontière au trafic routier vers l’hinterland arabe. On les croit sur parole, ce ne serait pas la première fois en effet. En annonçant qu’il se chargera tout seul du contrôle de la frontière orientale en recourant à une assistance allemande purement technique, l’État a rejeté avec éclat le premier de ces chantages ; et il a désamorcé le second en le rendant sans objet. Mais surtout – et là est le plus important – le Liban réaffirme, de la plus ferme et nette des manières, sa volonté politique de garder l’œil sur cette ligne invisible, même pas encore tracée avec précision depuis l’indépendance de 1943, et qui pourtant consacre l’existence, côte à côte, de deux États distincts, souverains, indépendants. Cette volonté libanaise, frappée du sceau du consensus national, n’a toujours pas de répondant du côté syrien. Le plus fort, c’est que la poursuite obstinée de son rêve grand-syrien a régulièrement placé – et continue de placer – Damas dans les situations les plus paradoxales. Les plus embarrassantes aussi, n’était le phénoménal culot dont est capable un pouvoir baassiste s’appropriant d’autorité la victoire du Hezbollah ; faisant la leçon aux autres États arabes ( qui n’ont pourtant aucun pouce de territoire à libérer ) ; oubliant qu’il devrait être le premier, le seul en fait, à prendre exemple sur la résistance libanaise. C’est le même pouvoir que l’on a vu, en l’an 2000, protester à grands cris et sans crainte du ridicule contre le retrait unilatéral israélien du Liban-Sud, qui venait ôter tout prétexte en effet à la perpétuation de l’occupation syrienne. On a vu par la suite la Syrie se refuser à toute reconnaissance autre que verbale de la libanité des fermes de Chebaa, ce qui revient objectivement à s’accommoder – sinon à se réjouir – de la persistance de ce dangereux abcès de fixation. Et c’est sans le moindre complexe, sans se préoccuper le moins du monde d’une aussi sulfureuse promiscuité, d’une aussi choquante conjonction de diktats et de pressions, qu’elle en est venue à menacer d’empiler blocus sur blocus. Reste à relever cette charmante attention qui consistait à priver de kilowatts made in Syria un Liban pansant ses blessures et privé de fuel par les soins d’Israël. Il n’en fallait pas tant, en vérité, pour nous convaincre qu’avec une aussi belle mentalité, il est bien normal que le courant ne passe pas. Issa GORAIEB

Une Finul d’exception pour effacer les terribles séquelles d’une guerre non moins extraordinaire : guerre échappant à tout entendement, puisqu’elle aura mis aux prises un État et un parti armé sur le sol du principal concerné, le Liban dont les protagonistes se seront souciés comme d’une guigne. Qu’on en juge : plus d’un millier de morts, pour la plupart d’innocents civils, 15 milliards de dollars de dégâts et de pertes, un saut de quinze années en arrière pour l’économie d’un pays, selon les estimations du Programme de développement des Nations unies. Au vu d’un aussi implacable bilan, aura-t-on enfin la décence de crier moins haut victoire ?
Cette Super-Finul a pratiquement vu le jour hier à Bruxelles, après une période de flottement somme toute compréhensible, puisqu’il restait à en fixer...