Trente-quatrième semaine de 2006.
Maintenant que le décidément pas très remplaçable Jacques Chirac a jeté les dés, qu’un coup de dés, on le sait, quand bien même lancés dans des circonstances éternelles, du fond d’un naufrage, peut souvent abolir le hasard ; maintenant que cette Finul Plus va se dépêcher de prendre ses quartiers d’automne dans un Sud désolé mais immarcescible, le vrai travail, ici et maintenant, commence. Il est ainsi temps, disent tous, que (tous) les Libanais (re)prennent leur destin à mains nues, qu’ils s’y mettent, qu’ils méritent ce qui va leur tomber du ciel, qu’ils sachent se montrer à la hauteur de ces aides matérielles, logistiques, humanitaires, psychologiques, affectives, etc., dont pourrait les combler la communauté internationale – et notamment ces pays du Golfe auxquels le finalement très culotté Philippe Douste-Blazy a lancé, de Bruxelles, une bienvenue et saisissante invitation…
Il est donc temps de reconstruire. Avec, cette fois, des matériaux antisismiques. Des matériaux résistants à tous les aventurismes, tous les égotismes, à toutes les corruptions, à tous les germes de désunion nationale, toutes les escapades, tous les fantasmes, les tentations.
Pour cela, il est une condition sine qua none : la transparence. Et seulement la transparence : même si elle ne remplacera jamais la confiance, autre élément fondamental, elle est capable, si érigée en art de (sur)vie, si menée jusqu’au bout de sa logique, si exacerbée, de générer quelque chose qui ressemble, justement, à de la confiance : la tranquillité.
Cette transparence doit se manifester à trois niveaux : au sein du Hezbollah, au sein de la majorité, et entre le gouvernement et l’opposition (summum de l’absurdité libanaise : le Hezb fait partie des deux…).
Le parti de Dieu est ainsi tenu de respecter dans son esprit et dans sa lettre l’espèce d’engagement qu’il a pris cette semaine, celui de n’agir militairement qu’avec le feu vert du gouvernement. Mieux vaut tard que jamais : il a tout de même fallu 1 300 morts, des milliers de blessés, des tonnes de souffrances, des dégâts chiffrés à des milliards de dollars, le plongeon du Liban dans le Moyen Âge, et cette insensée mauvaise réputation qui lui colle désormais à la gueule, pour en arriver à cette essentielle évidence… Sans oublier un autre point, tout aussi fondamental : un jour ou l’autre, très bientôt, le Hezbollah se devra de dire tout haut, et en toute transparence, quels sont ses projets, plans et visions socio-culturels du Liban – grande question, grand débat. Un jour ou l’autre aussi, plutôt tôt que tard, autour d’une table de dialogue (mal)heureusement incontournable, ce même Hezb, Michel Aoun, et les ténors du 14 Mars devront apprendre à traiter, aussi, en toute transparence : déjà qu’il ne sert à rien ce dialogue, si en plus il doit se faire avec tous les masques du monde, autant en faire un carnaval payant. Les ténors du 14 Mars, enfin : à eux d’abord, et surtout, de donner l’exemple. Cette majorité, ce gouvernement et son admirable chef à qui le Liban doit la paix, se sont certes comportés de la belle manière depuis le début de la guerre, mais c’est maintenant que les pièges risquent d’être les plus mortels : l’équipe Siniora est désormais obligée, à chaque fois qu’elle reçoit un dollar, de dire aux Libanais d’où il provient, à quoi il va servir, à qui il va être donné, mais aussi qu’il ne va pas servir à gonfler un clientélisme honni et cancérigène. Cette mission, pour aussi difficile qu’elle soit dans un espace-temps ultrarongé, de partout, depuis la nuit des temps, par toutes les formes possibles et imaginables de corruption, est urgentissime si cette majorité entend rester au pouvoir : il n’y a pas que l’opposition qui l’attende au tournant, tout le monde sera là. Ce sera sans doute là le plus grand, le plus alléchant défi de Fouad Siniora.
De tous, d’ailleurs… Jamais pays n’a eu autant besoin de cette transparence, de cette microrévolution des mentalités, parce que jamais pays n’a eu autant besoin de reconstructions. Reste que tous les coups de dés, souvent, trop souvent, échouent à abolir le maktoub… Une lectrice de ce journal raconte dans l’un de ses mails l’histoire de ces deux pommes qui s’ennuient sur leur pommier. Qui papotent. Regarde tous ces gens, dit l’une, ils se battent, ils (se) volent, ils manifestent, ils font la guerre, ils (se) détruisent, et personne n’a l’air de vouloir s’entendre avec l’autre. Tu vas voir, un de ces jours, c’est nous qui dirigerons ce pays. L’autre pomme la regarde du coin de l’œil, pas très gentiment : Tu es idiote. C’est qui, nous ? Les rouges ou les vertes ? Délicieuse histoire ; bien triste histoire…
Ziyad MAKHOUL
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Maintenant que le décidément pas très remplaçable Jacques Chirac a jeté les dés, qu’un coup de dés, on le sait, quand bien même lancés dans des circonstances éternelles, du fond d’un naufrage, peut souvent abolir le hasard ; maintenant que cette Finul Plus va se dépêcher de prendre ses quartiers d’automne dans un Sud désolé mais immarcescible, le vrai travail, ici et maintenant, commence. Il est ainsi temps, disent tous, que (tous) les Libanais (re)prennent leur destin à mains nues, qu’ils s’y mettent, qu’ils méritent ce qui va leur tomber du ciel, qu’ils sachent se montrer à la hauteur de ces aides matérielles, logistiques, humanitaires, psychologiques, affectives, etc., dont pourrait les combler la communauté internationale – et notamment ces pays du Golfe auxquels...