Les habitants de Chebaa, dont les « fermes » adjacentes occupées par l’État hébreu ont été l’une des causes du conflit meurtrier entre le Hezbollah et Israël, ont accueilli hier dans la liesse la première apparition de l’armée libanaise depuis 1972.
Des gamins en treillis militaires brandissaient des drapeaux libanais. Les fillettes jetaient du riz sur les soldats et les femmes des pétales de fleurs et des bonbons, raconte Sammy Ketz, un journaliste de l’AFP.
De robustes paysans ont égorgé deux moutons alors que d’autres, le visage orné de longues moustaches, dansaient la dabké au son de la flûte.
« Je suis si heureux. C’est mon peuple qui nous accueille », a déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Mithaq Hmayed, qui dirigeait la compagnie arrivée dans une dizaine de transporteurs de troupes et de camions.
Les militaires ont pris les enfants dans les bras alors que, depuis les balcons, les femmes lançaient des youyous.
Jamais depuis 34 ans cette localité sunnite de 25 000 habitants, nichée au pied du mont Hermon, n’avait connu pareille fête.
Dans la rue principale, la plantureuse Fatima Hamdane, 58 ans, vêtue d’une robe noire et coiffée d’un foulard blanc, est assise au milieu d’autres femmes en tenant fermement un drapeau libanais.
« J’attendais l’armée de mon cœur, les soldats de la nation », dit-elle pour expliquer son large sourire. « Cette absence de trois décennies fut dure à supporter. Si vous saviez tout ce qui s’est passé ici. Un vrai livre d’histoire », ajoute-t-elle en confiant que trois de ses fils sont militaires.
Cette région a été dans les années 70, après les accords du Caire (1969), surnommée le « Fatehland », un terrain d’opérations des organisations palestiniennes qui combattaient Israël. Attaques et représailles ont marqué ses coteaux, ses vignes et ses vergers au pied du mont Hermon.
Après l’invasion israélienne de 1982, cette région tombe sous le contrôle de l’Armée du Liban-Sud, une milice pro-israélienne. Ses mésaventures ne sont pas terminées pour autant.
En 2000, juste après le retrait israélien du Liban, le Hezbollah annonce que l’évacuation n’est pas complète car l’État hébreu est présent dans les fermes de Chebaa, un territoire de 40 km2. Israël, qui occupe ce secteur depuis 1967, le considère comme syrien.
Le Hezbollah tire ses premières roquettes contre les positions israéliennes, notamment un radar, à partir des alentours de Chebaa. Les accrochages dureront dix ans.
Des banderoles proclament : « L’armée, garante de la libération nationale », et le DJ local, Mohammad Ghader, 23 ans, qui fait l’animation musicale dans les mariages, a placé sur le trottoir des enceintes qui diffusent à tue-tête et en boucle 18 chansons patriotiques qu’il a sélectionnées pour l’occasion.
« Je laisse la boutique à mon frère car je pars demain à Saïda. Il y a quelques jours, je me suis enrôlé dans l’armée, dit-il en riant. C’est normal que j’accueille comme il se doit mes futurs compagnons d’armes. »
À Chebaa, personne, ou presque, ne veut choisir entre le Hezbollah et l’armée libanaise. « Les deux sont des patriotes attachés à leur pays », affirme Fatima Hamdane. Hussein Marquiz, 36 ans, le boulanger qui a rouvert vendredi son magasin, estime que « ce sont tous les deux les enfants de la nation ».
Même le chef de la municipalité rend hommage au mouvement chiite. « Les premiers ont permis la libération du territoire et les seconds vont permettre de le contrôler fermement », déclare le maire de la localité, Omar Zouheiri, 65 ans.
« Israël a répondu au Hezbollah en détruisant tout, maintenant avec l’armée libanaise et les Casques bleus, nous allons les récupérer pacifiquement », affirme-t-il, en référence aux fermes de Chebaa.
Seul un lycéen de 18 ans, qui arbore un portrait de Rafic Hariri, le Premier ministre assassiné en février 2005, est sévère pour le mouvement chiite. « L’armée, c’est la couronne de la nation. Elle est le Liban, et le Hezbollah, c’est l’Iran », affirme Ibrahim Saab.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les habitants de Chebaa, dont les « fermes » adjacentes occupées par l’État hébreu ont été l’une des causes du conflit meurtrier entre le Hezbollah et Israël, ont accueilli hier dans la liesse la première apparition de l’armée libanaise depuis 1972.
Des gamins en treillis militaires brandissaient des drapeaux libanais. Les fillettes jetaient du riz sur les soldats et les femmes des pétales de fleurs et des bonbons, raconte Sammy Ketz, un journaliste de l’AFP.
De robustes paysans ont égorgé deux moutons alors que d’autres, le visage orné de longues moustaches, dansaient la dabké au son de la flûte.
« Je suis si heureux. C’est mon peuple qui nous accueille », a déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Mithaq Hmayed, qui dirigeait la compagnie arrivée dans une dizaine de transporteurs de troupes et de...