Trentième semaine de 2006/Dix-huitième jour de la guerre contre le Liban.
Jour 18 et Chirac qui s’exprime, et qui généralement fait ce qu’il dit, qui veut une résolution onusienne pour un cessez-le-feu immédiat, plus qu’urgent : vital. Jour 18 et Rice qui revient, et avec elle des dizaines de questions : dans quel but, pourquoi maintenant, qu’attend Washington, que craint-il, que propose-t-il, que peut-il réellement faire, dans quelle(s) direction(s) peut évoluer son mastermind avec Téhéran, et plein d’autres encore... Jour 18 et Siniora, et avec lui ses ministres issus de l’Alliance du 14 Mars, qui ont décidément commencé à faire sur eux cet harassant mais incontournable travail, qui consiste à apprendre de leurs erreurs et de leurs tares du passé, surtout de celles des formations auxquelles ils appartiennent : qu’ils continuent, il y a encore un très long chemin à parcourir ; Siniora et ses ministres qui ont été magistraux jeudi soir, en Conseil des ministres. Jour 18 et Berry qui, plus que jamais, joue sur tous les tableaux, toutes les cordes, titille toutes les sensibilités, jusqu’à se fendre de cette phrase stupéfiante d’ambiguïté : Siniora nous représente à tous. Jour 18 et Lahoud, comme d’habitude, on ne peut plus cinquième roue du carrosse. Jour 18 et Nasrallah qui continue de rester à l’abri et de pousser plus loin que Haïfa une logique désormais absolument inadmissible. Jour 18 et Israël qui continue de tuer, de brûler, de détruire, et qui joue on ne sait quelle sale, quelle retorse tactique.
Jour 18 et cette évidence, claire, nette, précise. Lumineuse. Que Jacques Chirac – encore lui : apparemment, cet homme, n’en déplaise à ceux qui l’accusent de wahhabisme aigu, comprend le Liban mieux que beaucoup de Libanais – a évoquée, sans appréhender encore nécessairement son impact : une force multi/internationale le long de toutes les frontières du Liban. Et qui se postera partout où il le faudra. Et qui devrait, même si Paris n’en a pas encore parlé, être sous le commandement de la France : pas pour les beaux yeux de Michèle Alliot-Marie, mais tout bêtement parce que même Hassan Nasrallah a reconnu un jour qu’il lui faudra toujours s’adresser à quelqu’un au sein de la communauté internationale, et que ce quelqu’un, c’est la France. Une force multinationale qui sera naturellement chargée de faciliter tout le travail humanitaire, notamment le retour des déplacés pendant que s’opérera cette gigantesque reconstruction à laquelle, entre bien d’autres, Téhéran devrait se faire un plaisir de contribuer, au prorata des époustouflants bénéfices engrangés par la flambée, depuis ce funeste 12 juillet, du prix du pétrole ; une force multinationale qui sera naturellement tenue de seconder l’armée dans sa protection de l’ensemble du territoire libanais, à commencer par l’ensemble de ses frontières, de prendre l’aval du gouvernement Siniora pour n’importe laquelle, chapitre VII ou pas, des actions qu’elle serait amenée à déclencher ; une force multinationale qui ferait sur une partie de ces 10 452 km2 ce qu’elle continue de faire, toutes proportions gardées, sur les 10 887 du Kosovo ; une force, surtout, capable d’appuyer le Liban dans son incontournable et vitale démarche : retourner aux années quasi bénies qui s’étendaient entre 1949, date de signature de l’armistice, et 1967...
Le déploiement d’une telle force est évident. On ne parle pas pour l’instant, ni dans le plan Siniora ni dans les couloirs de la Maison-Blanche, d’une mission aussi large pour cette force : on le devrait pourtant, tellement la proposition Chirac revêt toutes les assurances dont les Libanais ont besoin, dont le Liban a besoin pour tenter de récupérer un peu de sa bonne réputation.
Ce déploiement est évident pour toutes ces raisons, plus une. Majeure. Fondamentale. S’il ne peut pas en sortir gagnant, puisque cela équivaudrait à la dissolution pure et simple du concept d’État, le Hezbollah ne peut en aucun cas sortir perdant de cette guerre. Pour la simple et bonne raison que ce n’est pas parce que toute une communauté a été brimée pendant plus de quinze ans à cause de l’aventurisme aounisto-FL qu’il faudrait en brimer une autre à cause de l’aventurisme hezbollahi. Si l’on se base – on n’a pas le choix – sur le contrat imposé par Nasrallah aux Libanais, notamment à la table du dialogue – protection du Liban contre les agressions de l’État hébreu, libération des fermes de Chebaa et retour des prisonniers qui croupissent dans les geôles israéliennes, en contrepartie de la pérennité des armes du Hezb –, le parti de Dieu, pour l’instant, a tout raté. Une force multinationale aura ceci d’unique qu’elle garantirait (c’est un euphémisme) cette protection du Liban contre Israël, encore une fois en aidant l’armée. Mais avant, il faudra qu’il y ait, nécessairement, un échange de prisonniers, et, surtout, la rétrocession au Liban de ces fameux hameaux, sortis tout droit, doit-on le rappeler, du chapeau houdinesque de ce régime syrien sans doute à l’origine de la plus grosse partie des malheurs libanais.
Ainsi, Hassan Nasrallah réussirait à achever deux des trois objectifs, et à permettre à une force dirigée par un pays ami de parachever le troisième : il n’y aura donc plus la moindre raison logique pour que demeure la moindre arme illégale. Et cela fera alors du sayyed un gagnant. À quel prix ? Il devra obligatoirement s’en expliquer. Comme il devra nécessairement expliquer à ses partisans, ses sympathisants, ses adorateurs, et Nabih Berry aux siens, qu’une telle force ne peut en aucun cas générer la moindre des guerres civiles, comme le Hezb et Amal se plaisent à le dire depuis 48 heures. Si Nasrallah et Berry ne la veulent pas, cette guerre n’aura jamais lieu. N’est-ce pas, messieurs ?
Ziyad MAKHOUL
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Jour 18 et Chirac qui s’exprime, et qui généralement fait ce qu’il dit, qui veut une résolution onusienne pour un cessez-le-feu immédiat, plus qu’urgent : vital. Jour 18 et Rice qui revient, et avec elle des dizaines de questions : dans quel but, pourquoi maintenant, qu’attend Washington, que craint-il, que propose-t-il, que peut-il réellement faire, dans quelle(s) direction(s) peut évoluer son mastermind avec Téhéran, et plein d’autres encore... Jour 18 et Siniora, et avec lui ses ministres issus de l’Alliance du 14 Mars, qui ont décidément commencé à faire sur eux cet harassant mais incontournable travail, qui consiste à apprendre de leurs erreurs et de leurs tares du passé, surtout de celles des formations auxquelles ils...