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Actualités - Opinion

L’agression israélienne et ses retombées

Identité meurtrière Nous vivons cette guerre absurde où chaque participant s’accroche à une « noble cause » et à une identité ridicule comme à une raison de vie ou plutôt de mort. Et quelle est la nôtre, d’« identité » ? Libanaise, mais non arabe, ni par conviction ni par ethnie d’ailleurs, arabe par convenance ou plutôt par capitulation, mais non musulmane, francophone foncièrement, mais même pas européenne, catholique, mais pas de Rome. Notre identité se rétrécit ou plutôt se confond dans le flou d’une soi-disant civilisation où le monde n’a plus de frontières. « Nous sommes des citoyens du monde », proclamons-nous. Quel bluff ! Notre identité resurgit sans s’annoncer ; elle nous définit, elle nous emprisonne. J’essaie d’y croire toujours, quoique des fois difficilement. De toute façon, y a-t-il d’autres choix ? Chantal FARRA Une prière du Sénégal Je vous écris du Sénégal pour exprimer toute ma compassion à mes frères et sœurs libanais. Pour exprimer également mon désarroi et mon impuissance face à ces tragiques événements. Du Liban, il est vrai, nous Libanais d’Afrique, nous ne connaissons pas grand-chose, à part ces étés que nous y passons à rire, chanter et danser. Aujourd’hui, face à ces moments terribles, nous prions pour vous. À tout instant, vous êtes dans nos cœurs. Puisse Dieu dans Sa grande miséricorde protéger les enfants du Liban. Mirvat WAZNI Dakar-Ponty – Sénégal Ne laissons pas mourir le Liban Le 14 Mars, nos anciens élèves étaient les enfants de la place de la Liberté. Printemps des poètes à Beyrouth. Un immense vent de liberté et d’espoir soufflait sur notre petit pays et nous, Libanais de France et/ou Français du Liban, beyrouthins de cœur, nous nous réjouissions (forfanterie professionnelle!) d’avoir semé de belles graines de révolte, évité les pièges de la « colonisation culturelle », apporté notre pierre à la reconstruction de ce pays que nous aimons tant, transmis notre amour des deux langues, des mots et « iané » de vraies valeurs citoyennes, avec passion et plaisir. Ce soir, à Paris, je pense à mes élèves, à leurs mamans, à mes collègues et à mes voisins qui vivent à nouveau dans la peur. Immense chagrin, impuissance et solidarité. Je veux juste leur dire combien je les aime. Nanou HINDI Non, je ne l’avais pas prévue, celle-là Lorsque j’entends autour de moi des gens prétendre d’un air suffisant avoir prévu la crise dans laquelle se trouve le pays, j’ai envie de crier : « Pourquoi ne pas m’avoir prévenue ? » Car moi, je ne l’avais pas prévue, celle-là. C’est vrai que la politique ne me passionne pas particulièrement, je suis plus Desperate Housewives que Kalam el-Nass et j’avais plutôt prévu un été à danser sur les belles plages de Jiyeh. En effet, il y a deux semaines, je me triturais le crâne en essayant de caser mes soirées entre Gemmayzé et Monnot sans vexer aucun de mes amis travaillant à l’étranger et passant leurs vacances ici. Et là, je me retrouve avec mes vieux réflexes acquis pendant les quinze ans de guerre et que je pensais avoir perdus. Mais ce qui me fait le plus mal, ce sont toutes ces personnes qui quittent le Liban précipitamment en jurant qu’on ne les y reprendrait plus et en affirmant que, décidément, ce pays n’a pas d’avenir. Eh bien, je comprends leur désillusion, pire je la ressens, mais ils se trompent : ce pays a un avenir et ils sont son avenir. Alors, ne le laissez pas tomber car un pays, c’est comme un mariage, on n’en claque pas la porte dès le moindre problème. Le Liban mérite mieux que ça, il mérite qu’on lui donne sa chance. Alors, mon pays, mon amour, à ta santé…pour le meilleur et pour le pire. Zeina HAYEK Dignité, dit-il... Hassan Nasrallah parlait mardi soir (25 juillet – NDLR) de combattre pour redonner au peuple libanais sa dignité. J’aimerais savoir de quelle dignité parle-t-il . Où était Hassan Nasrallah pour préserver notre dignité pendant l’occupation syrienne ? Où était notre dignité lorsque nos députés étaient télécommandés par Damas ? Où était notre dignité lorsque des affiches géantes de dirigeants syriens surplombaient la plupart de nos régions ? Où était notre dignité lorsque nous passions à des barrages de l’armée syrienne la tête basse ? Où était notre dignité lorsque nous arrivions à l’aéroport de Beyrouth et devions répondre à des questions absurdes des services de renseignements syriens pour rejoindre nos foyers ? Si c’est de cette dignité dont il parle, alors non merci… Charbel GHANNAM Quitter, ne pas quitter Quitter le Liban, ce Liban maintenant en ruine. Ce petit pays qui a depuis toujours porté un fardeau beaucoup trop lourd pour ses 10 452 km2 et ses trois millions d’habitants. Ce pays qui aurait pu être l’équivalent du paradis sur terre, avec son ciel clément, ses reliefs aussi variés que grandioses, ses fières montagnes à l’ombre desquelles s’étendent plages, criques et plaines fertiles. Dieu a pris Son temps en créant ce bout de terre. Comme le peintre qui, amoureux de sa toile, la protège des facteurs qui pourraient altérer ou ternir sa beauté, Dieu, Lui, a mis le Liban à l’abri du besoin et des colères de la nature. Hélas ! Fallait-il encore qu’Il le protège de la hargne de ses envieux. Et Dieu, qu’ils sont nombreux ! À peine remis sur pied, le revoilà détruit. Et s’il se remet debout bientôt, il boitera longtemps. Par la faute de qui ? De quoi ? Nous le savons tous, mais n’osons le dire qu’en chuchotant. Assis devant la télévision, assistant passifs et frustrés à la ruine de ce pays, nous savons qui montrer du doigt. Nous comptons (sans grand espoir) sur ceux qui se disent nos élus pour l’exprimer à notre place. Auront-ils le courage de demander des comptes ? Pourront-ils châtier les téméraires qui ont mené le Liban à l’agonie au nom de je ne sais quelles fausses valeurs ? Ils ont toujours été lâches. Je ne me fais pas d’illusions : ils le sont encore. À tout complot, un cerveau et un bras. Le cerveau qui pense. Le bras qui exécute. Nous ne pourrons peut-être jamais affronter la tête pensante et la juger. Mais le bras est parmi nous. De toute façon, il n’y a plus de temps ni de place pour les regrets. Il faut se décider. Partir ou rester ? Espérer ou renoncer ? Moi, j’ai perdu espoir en ce pays et ses dirigeants. Mais je n’arrive pas à abandonner ma famille, mes amis, ma vie. Car nul ne peut le nier : vivre ici, malgré tout, vivre avec le Libanais, malgré ses multiples défauts (je n’en citerai que l’indiscipline et l’hypocrisie), reste quand même exceptionnellement attachant. Madona AOUN Les groupes armés palestiniens au Liban C’est étrange, mais personne ne semble soulever la question (en tout cas pas à ma connaissance) : qu’en est-il des groupes armés palestiniens au Liban ? Que font-ils alors qu’ils prétendaient vouloir garder leurs armes pour se défendre contre leur ennemi juré ? Justement, l’ennemi est bien là, mais eux ?... Si cette guerre n’est pas la leur, en quoi sera-t-elle la nôtre ? Nayla MOUKARBEL Une infinie tristesse Je regarde avec une infinie tristesse les photos de mes voyages au Liban. 2001 : une terrasse, place de l’Étoile, le ballet des voitures rutilantes devant le Parlement, un clocher, un minaret, la Corniche, Bab Edriss, des joggeurs emmitouflés malgré la chaleur, des vitrines élégantes, un marchand de « kaak » à bicyclette, de la musique, un jus de goyave frais, si frais... J’arrive à la Grotte aux pigeons : jamais vu un pigeon par là, mais le nom est joli... Des gamins plongent du haut des rochers en hurlant de joie. L’hôtel Saint-Georges qui fut si élégant, le Musée, Achrafieh. Mes pieds sont fatigués d’avoir arpenté des trottoirs souvent défoncés. Je pense à la roublardise d’un taxi « omnibus » qui profite de la course pour distribuer le courrier. « Habibi », dit-il, pensant ainsi m’amadouer ! Le parfum entêtant des gardénias et puis les cèdres de Niha, les sourires, la joie de vivre libanaise, la courtoisie érigée en art de vivre, l’élégance, la générosité, l’amitié : que de choses qui ne se photographient qu’avec le cœur. À Paris, j’ai eu le bonheur de voir Beyrouth After-Shave, si tendre, et Qu’elle aille au diable Meryl Streep : un vrai succès. Le laboureur des eaux, Le rocher de Tanios, La maison aux orties et bien d’autres. Libanais magnifiques et généreux, merci de tout ce que vous nous donnez. Le Liban ne mourra jamais. « Abadan » ! L’âme de vos martyrs ne le permettra pas. Je n’exagère pas, j’explique. Nadine DEVOILLE Paris
Identité meurtrière

Nous vivons cette guerre absurde où chaque participant s’accroche à une « noble cause » et à une identité ridicule comme à une raison de vie ou plutôt de mort. Et quelle est la nôtre, d’« identité » ? Libanaise, mais non arabe, ni par conviction ni par ethnie d’ailleurs, arabe par convenance ou plutôt par capitulation, mais non musulmane, francophone foncièrement, mais même pas européenne, catholique, mais pas de Rome. Notre identité se rétrécit ou plutôt se confond dans le flou d’une soi-disant civilisation où le monde n’a plus de frontières. « Nous sommes des citoyens du monde », proclamons-nous. Quel bluff !
Notre identité resurgit sans s’annoncer ; elle nous définit, elle nous emprisonne. J’essaie d’y croire toujours, quoique des fois difficilement. De toute façon,...