Cette épouvantable guerre, les Libanais – peuple et gouvernement – ne l’ont jamais voulue. Détail malheureusement superflu, dira-t-on, puisque les protagonistes, tout comme leurs sponsors, ne se sont jamais souciés de prendre leur avis. Il le faudra bien pourtant, si cette guerre du fait accompli doit véritablement être la dernière. Car si les puissances ont le terrifiant pouvoir de faire éclater des guerres où bon leur semble, elles ne peuvent instaurer la paix sans l’adhésion active et responsable des peuples concernés. Du fond de nos malheurs, c’est cette chance de participer activement, pour le moins, à la détermination de notre destin qu’il va nous falloir à tout prix saisir.
Quand s’essoufflent les combattants et que murmurent ou grondent les populations, les chefs politiques sont bien obligés de remettre les pieds sur terre, de revoir à la baisse leurs objectifs : de rechercher sérieusement une issue honorable, tant il est important sous ces latitudes, en effet, de sauver la face. D’un côté comme de l’autre, c’est bien ce qui commence à se produire en ce moment. Pour Israël, il n’est plus question d’annihiler le Hezbollah ou même de le désarmer par la force, mais seulement de supprimer la menace de ces missiles qui affolent sa population et paralysent son activité économique. Pour la première fois d’aussi évidente manière, il s’avère ainsi que ce n’est pas d’un classique ventre mou mais d’un dos fragile que souffre cet État surarmé qui s’est toujours arrangé pour porter la guerre sur le sol d’autrui. Elle se poursuit quand même la guerre ? Certes, mais c’est seulement désormais, avouent les généraux, pour marquer des points : pour renforcer la position des négociateurs qui, hier encore pourtant, excluaient toute négociation.
Le Hezbollah, de son côté, a incontestablement fait ses preuves en matière de détermination et d’efficacité, notamment dans les violents combats terrestres qui se déroulent à la frontière. Sur l’impitoyable balance des intérêts nationaux cependant, tout l’héroïsme du monde ne fera jamais le poids face aux terribles pertes infligées au pays tout entier. Par leur sauvagerie même, les bombardements israéliens – une violation du droit humanitaire, selon l’adjoint du secrétaire de l’ONU Jan Egeland – ont paradoxalement mis la résistance islamique à l’abri de toute contestation publique. Mais quand retombera la poussière de la bataille et que l’heure sera aux bilans, Hassan Nasrallah sait bien qu’il lui faudra bien davantage qu’un brillant palmarès d’honneur pour affronter l’opinion publique : davantage même qu’un simple échange de prisonniers.
Là réside d’ailleurs un second paradoxe, celui de ce parti devenu un État dans l’État, mais qui, en capturant deux soldats israéliens le 12 juillet, aura lui-même enclenché un processus devant inéluctablement conduire à ce qu’il avait toujours réussi à empêcher : son désarmement, devenu une affaire de temps et de mécanisme d’application, même par étapes. Ce qui est actuellement négocié en effet, ouvertement ou dans les coulisses, ce qui sera arrêté demain à la conférence internationale de Rome, ce n’est plus un nouvel et énième arrangement, mais la pacification définitive de la région frontalière ; c’est la remise en vigueur de l’armistice de 1949, de l’accord de Taëf et de la résolution 1559 de l’ONU sous la double surveillance de l’armée libanaise et d’une force internationale dotée cette fois de solides moyens de dissuasion et de coercition : le tout idéalement assorti, il n’est pas interdit de l’espérer, d’une récupération des fermes de Chebaa.
Reste à espérer surtout que l’unique superpuissance américaine sait où elle va, et de quelle manière elle y va. Pour la première fois depuis le début de cette guerre, Condoleezza Rice, qui a brièvement séjourné à Beyrouth hier, a souligné l’urgence d’un cessez-le-feu à condition toutefois qu’il soit viable. Et pour qu’il soit viable, il est clair que la coopération de l’Iran et de la Syrie va être indispensable. Grands absents à Rome, bien présents au Liban, par la grâce des chars d’Israël.
Issa GORAIEB
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Quand s’essoufflent les combattants et que murmurent ou grondent les populations, les chefs politiques sont bien obligés de...