Par Jihad YAZIGI
La Banque commerciale de Syrie (CBS) cherche à établir un joint-venture avec des investisseurs privés en vue de proposer les services d’une banque islamique, selon son directeur général adjoint, Ahmad Diab.
S’adressant à The Syria Report, M. Diab a affirmé que la CBS a échoué à mettre en place en son sein un guichet destiné aux services islamiques, en raison du veto opposé à ce projet par la Banque centrale. De fait, la solution choisie par la CBS pour viser la clientèle musulmane conservatrice a été de créer une banque islamique indépendante.
Bien qu’ayant admis la difficulté qu’il y a à estimer la taille du marché des services islamiques en Syrie, M. Diab a souligné que sur les 400 milliards de livres syriennes de dépôts à la CBS à la fin de l’année dernière, 16 milliards (soit 300 millions de dollars) n’étaient pas rémunérés. De plus, des montants importants de liquidités sont restés en dehors du système bancaire dans son ensemble. Il a ajouté que la banque était en cours de discussion avec de nombreuses institutions financières islamiques en vue de conclure un partenariat, mais a refusé de les citer.
CBS, de loin la première banque syrienne, doit faire face à deux enjeux majeurs. Les sanctions américaines dont elle est la cible ont conduit à un durcissement de ses relations avec un nombre grandissant de banques et d’institutions financières internationales qui craignent les conséquences que cela peut avoir sur leur activité commerciale aux États-Unis. Il s’agit notamment des deux banques suisses UBS et le Crédit suisse, qui ont annoncé il y a plusieurs mois déjà qu’elles allaient mettre fin à toutes leurs transactions, non seulement avec la CBS, mais aussi avec l’ensemble de la Syrie. M. Diab a ajouté que malgré ces difficultés, de nombreuses banques continuent de travailler avec la CBS. Cependant, il a admis que les dépôts et les actifs à l’étranger devaient être surveillés de très près au jour le jour, et qu’ils étaient régulièrement transférés vers des banques plus sûres.
L’autre enjeu majeur auquel est confronté la CBS est l’arrivée sur le marché local de nombreuses banques privées. En 2005, les dépôts de la banque ont augmenté pour atteindre 394 milliards de livres syriennes (8 milliards de dollars), soit une augmentation de 2,75 % sur l’ensemble de l’année écoulée. En même temps, les dépôts sur les comptes d’épargne ont diminué de 10 % pour atteindre 126 milliards de livres syriennes au profit des dépôts sur les comptes courants, qui ont augmenté de 10 %, atteignant ainsi 267 milliards de livres syriennes. Ce transfert traduit en partie les peurs concernant le taux de change de la livre syrienne et a conduit à une croissance de 10 % des dépôts en devises, qui ont atteint l’équivalent de 60 milliards de livres syriennes (1,2 milliard de dollars américains). Bien que demeurant la « banque du secteur public », CBS est incitée par la concurrence des banques privées récemment entrées sur le marché à s’attaquer davantage au secteur privé. Les crédits à ce secteur ont crû de 300 % en 2005, dont la grande majorité accordés aux entreprises. La banque ne dispose pas encore de la logistique nécessaire pour offrir des services au détail de qualité a admis M. Diab, évoquant notamment le manque de personnel qualifié.
La CBS dispose maintenant de 53 agences sur toute la Syrie. Les plans d’expansion incluent une croissance rapide du réseau, une réduction des effectifs par agence et une amélioration de la qualité des services. « Nous sommes maintenant en train de gérer la banque comme une institution privée, avec une approche qui privilégie la clientèle », a conclu M. Diab.
En coopération avec : The Syria Report
editor@syria-report.com
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