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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Stratégies du mensonge

Cela n’a rien de rassurant certes, mais les Libanais ne sont plus seuls à se débattre dans leurs contradictions, faute de s’être dotés d’une stratégie de défense rationnelle. Parler de défense à propos d’Israël peut évidemment paraître incongru : voilà bien en effet un État armé jusqu’aux dents, prompt à la détente, agressif par nature et même par inclination, et qui a toujours considéré que la meilleure des défenses était encore l’attaque. En paix avec l’Égypte, tranquille depuis plus de trois décennies sur le front léthargique du Golan, Israël est à l’abri de tout péril militaire classique. Le David surmédiatisé de naguère n’en est plus à solliciter à grands cris la sympathie de la planète, il est désormais Goliath. Le comble de l’ironie cependant, c’est qu’il a affaire à un nouveau David, un David qu’il a traditionnellement écrasé de son mépris. Et qui, avec des moyens de fortune, au prix de grandes souffrances mais au grand désarroi de Goliath, a réussi à vider de tout sens la guerre actuellement menée par Tsahal (littéralement, armée de défense !) au nom d’une impossible sécurité. En réalité, c’est dans une véritable impasse stratégique que s’est enfermé lui-même Israël en exigeant, tout à la fois, et la paix et les territoires conquis en 1967. Beaucoup a été dit et écrit, durant la plus grande partie du siècle dernier, sur le fameux refus des Arabes de reconnaître l’existence de l’État juif. On ne cesse de constater, depuis, le refus plus obstiné encore d’Israël de reconnaître le fait palestinien, ce qui impliquerait en effet un partage équitable du sol litigieux. Une terre sans peuple pour un peuple sans terre, plaidaient déjà avec une suspecte conviction les pères du sionisme. À quelques variantes près, et si l’on excepte le bref et décevant intermède des accords d’Oslo, cela n’a pas trop changé depuis, Israël prétextant l’absence de tout partenaire valable pour se dérober au dialogue : Arafat ? Disqualifié, diabolisé, assiégé, envoyé agoniser dans un hôpital de France. Abou Abbas ? Manquant d’autorité. Le Hamas qui, en adhérant au document d’entente palestinien, vient de reconnaître implicitement, pour la première fois, Israël ? Tous des assassins, ce qui règle la question. Rien n’est réglé pourtant, bien au contraire. En ordonnant la construction du mur de Cisjordanie puis l’évacuation, en septembre 2005, de la bande de Gaza, c’est cette même philosophie de l’action unilatérale, des frontières tracées en solo, qu’entreprenait d’appliquer sur le terrain Ariel Sharon. Or il s’est vite avéré que rien n’est plus perméable qu’une frontière arbitraire et injuste, et qu’aucun mur, aucun matraquage, aucune expédition meurtrière telle celle qui vise depuis plusieurs jours Gaza ne pourra jamais mettre les villes israéliennes à l’abri de cette artillerie du pauvre, cette rudimentaire mais létale fronde des temps modernes qu’est, aux mains du David palestinien, la fusée al-Qassam. Dès lors voit-on Israël osciller entre lucidité et déraison : lucidité qui l’amène à reconnaître, comme l’a fait hier le porte-parole de l’armée, que l’objectif fixé est militairement irréaliste ; et déraison qui le porte à patauger dans l’erreur, autant que dans le sang. C’est quand il ne sait plus où donner de la corne que le taureau est le plus dangereux. Et jamais les faibles ne sont plus exposés que lorsqu’ils croient jouer au plus malin avec le péril. C’est la préoccupante impression que laissent en effet toutes ces manœuvres déployées au sein et en marge du dialogue national, tout cela sur fond d’ambitions présidentielles, et visant à faire croire qu’il va être finalement possible de marier l’eau et le feu : qu’à force de gesticulations sémantiques et de virtuosité dans l’art de l’imprécision, une stratégie défensive faisant l’unanimité nationale est à portée de main. Ce pari dément sur le vague et le flou, c’était celui du funeste accord du Caire qui prétendait garantir la liberté d’action des fedayins dans le respect de la souveraineté libanaise. Et le mensonger accord du Caire qui a précipité la guerre du Liban, l’accord que les Libanais, tous ensemble, ont fini par dénoncer trente ans plus tard (c’est-à-dire trop tard), c’était déjà un accord de trop. Issa GORAIEB

Cela n’a rien de rassurant certes, mais les Libanais ne sont plus seuls à se débattre dans leurs contradictions, faute de s’être dotés d’une stratégie de défense rationnelle.
Parler de défense à propos d’Israël peut évidemment paraître incongru : voilà bien en effet un État armé jusqu’aux dents, prompt à la détente, agressif par nature et même par inclination, et qui a toujours considéré que la meilleure des défenses était encore l’attaque. En paix avec l’Égypte, tranquille depuis plus de trois décennies sur le front léthargique du Golan, Israël est à l’abri de tout péril militaire classique. Le David surmédiatisé de naguère n’en est plus à solliciter à grands cris la sympathie de la planète, il est désormais Goliath. Le comble de l’ironie cependant, c’est qu’il a affaire à...