Quelles que soient vos opinions, vous conviendrez bien avec moi que la politique vole bien bas au pays du Cèdre, au pays du lait et du miel.
Vous conviendrez bien avec moi que chaque jour qui passe, un clou supplémentaire est enfoncé dans son corps pluriel, dans son unicité, cette exception libanaise que le monde entier a toujours voulu donner en exemple et que les plus illuminés de nos hommes politiques n’ont pas arrêté de meurtrir.
Quels que soient les chefs que vous adulez ou que vous détestez, que vous ignorez superbement ou qui vous font sortir de vos gonds, vous conviendrez bien avec moi qu’ils deviennent répétitifs, même dans la diffamation, qu’ils ressassent les mêmes arguments et, qu’en définitive, ils s’enferrent dans un verbiage qui ne convainc plus personne, dans un « catastrophisme » à la carte, qui ne piège ni les uns ni les autres.
« Le Liban court à sa ruine », glapissent-ils tous les jours sur les chaînes de télévision, dans les colonnes des journaux. « Il est occupé, envahi par des mafias tentaculaires qui le vident de son sang », martèlent-ils.
Et de fait, le Liban est bien le théâtre d’une invasion, mais celle de cohortes joyeuses qui n’ont que faire de ces empêcheurs de tourner en rond, de ces rabat-joie du week-end. Des Amériques, du Vieux Continent, de contrées lointaines, des pays les plus proches, des États du Golfe, des émirats et royaumes du désert, un même mot d’ordre : cap sur le Liban. Une invasion bigarrée, porteuse d’espoir, de confiance renouvelée, synonyme de boom touristique, de relance économique.
Les hôtels affichent complet, les avions charters multiplient leurs navettes, les listes d’attente s’allongent aux bureaux de réservation et, conséquence naturelle de ce flux, des emplois se créent dans de nombreux secteurs, redonnent du punch aux jeunes hantés par le spectre du chômage. Des jeunes qui avaient déjà bouclé leurs valises, celles de l’exil, du désaveu lancé à la figure d’une classe politique affectée de nombrilisme aigu, du syndrome de l’autodestruction.
Qu’il y ait beaucoup à dire sur la gestion des affaires publiques, cela est plus qu’évident, que l’administration soit gangrenée par la corruption et le laisser-aller, cela n’est plus à démontrer. Mais cette double altération ne date pas d’hier, c’est un héritage bien lourd, accumulé au fil des ans, au fil des décennies, une responsabilité collective, une faillite dont aucun des pouvoirs successifs ne devrait être absous, aucun des régimes d’avant et d’après la guerre ne devrait être exonéré.
Quand il y a crise, quand les voyants sont au rouge, une cellule se met en place, un débat sérieux s’installe pour aider l’État à entreprendre les réformes nécessaires. Au Liban, les priorités sont inversées : procès d’intention, accusations anticipées et quand le dialogue est enclenché, on s’y rend en clamant que c’est tout à fait inutile !
À la bataille politique actuelle est accolée, schématiquement, le cliché « mains propres » contre « mains sales ». La vérité est que, dans cette mêlée désastreuse, ne figurent que des parties irresponsables, hargneuses, et des parties impuissantes. Une bataille sans issue qui entretient désarroi et pessimisme.
Alors de grâce, à l’orée de cet été qui s’annonce prometteur, que cessent les joutes verbales bêtes et méchantes, que se taisent les discoureurs attitrés, les délateurs, les violeurs de sanctuaires, que soient rangées au placard frustrations et rancunes tenaces.
Que les médias ne sollicitent plus que les artistes, hommes de lettres et concepteurs de jours heureux. Un peu de baume au cœur dans un environnement hostile, un peu de lumière dans un tunnel fait de bric et de broc.
Petit à petit, l’espoir pourrait renaître, le secteur du travail se redynamiser, et les jeunes en partance d’en conclure : « Après tout, il fait bon vivre au Liban, mais loin des vociférations des uns et des autres. » Les politiciens bagarreurs, les gros bras perdraient alors le terreau qui leur a permis d’ériger leurs royaumes de pacotille : un boomerang appelé démagogie.
Nagib AOUN
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Vous conviendrez bien avec moi que chaque jour qui passe, un clou supplémentaire est enfoncé dans son corps pluriel, dans son unicité, cette exception libanaise que le monde entier a toujours voulu donner en exemple et que les plus illuminés de nos hommes politiques n’ont pas arrêté de meurtrir.
Quels que soient les chefs que vous adulez ou que vous détestez, que vous ignorez superbement ou qui vous font sortir de vos gonds, vous conviendrez bien avec moi qu’ils deviennent répétitifs, même dans la diffamation, qu’ils ressassent les mêmes arguments et, qu’en définitive, ils s’enferrent dans un verbiage qui ne convainc plus personne, dans un « catastrophisme » à la carte,...