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Actualités - Opinion

Vérités francophones

Ne tournons pas autour du pot : comme partout ailleurs dans le monde arabe, la dichotomie, les humeurs versatiles régissent, haut la main, la vie politique au Liban. Qu’il s’agisse de querelles de clocher ou de problèmes existentiels, l’équation est la même : les vérités assénées à cor et à cri, clamées sur tous les toits, sont sournoisement vidées de leur contenu, réduites à des commérages, à de simples accidents de parcours dans les coulisses de la politique politicienne. La francophonie, si chère à nos cœurs, vient d’en être, à son corps défendant, le vecteur rocambolesque, justicière et victime à la fois. Justicière, parce qu’elle a donné le coup de grâce à une fiction, victime, pour la simple raison qu’elle s’est retrouvée au milieu d’une tempête soufflant au gré des opinions changeantes des uns et des autres. Que le locataire de Baabda n’ait pas été invité au sommet de Bucarest, c’était tout à la fois logique, en fonction de critères internationaux, et maladroit, eu égard à la conjoncture locale. Mais ne nous leurrons pas : jusqu’à la fin de son mandat, « coercitivement » prorogé, Émile Lahoud restera au cœur de la polémique, celui par qui le scandale, le vacarme arrivent. Le problème n’est nullement dans les analyses, dans les extrapolations sur la légitimité ou non de la réélection. Au niveau international, cela a été tranché il y a bien longtemps. Le problème est dans l’obstination du président à ne pas en tirer les conséquences, à s’accrocher à un poste discrédité du fait même de cet entêtement. Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs : cela se traduit par une diarrhée verbale qui dévale quotidiennement les pentes de Baabda et se dilue dans les bas-fonds de la pratique politicienne. Et il se trouve des hommes politiques, parfois non des moindres, qui applaudissent à cette performance et qui s’en inspirent pour cracher dans la soupe. L’éventail est large, va de la droite à la gauche, d’une communauté à l’autre. Soudain frappés d’amnésie, ils accablent de leur hargne ceux-là mêmes qui leur ont accordé, un jour ou l’autre, un parapluie protecteur, ceux-là mêmes qui les ont soutenus aux pires moments de leur histoire personnelle ou de l’histoire du pays. Pour parler plus clairement, c’est de la France qu’il s’agit, de ses administrations successives qui, au fil des ans, au fil des siècles, n’ont pas cessé de soutenir le Liban dans tous ses combats, dans toutes ses aspirations. Une même sollicitude vis-à-vis de toutes les communautés et plus particulièrement la communauté maronite. À cet égard, grâces soient rendues au patriarche Sfeir qui a rapidement remis les pendules à l’heure, grâces soient rendues à la Ligue maronite qui a, tout aussi rapidement, mis les points sur les i. Un point final à une question qui ne souffre aucune concession, aucune compromission. Laisser entendre, propager la rumeur honteuse, comme certains l’ont fait, que la France de Jacques Chirac « lâche les maronites pour les sunnites » pour la simple raison que Lahoud n’est plus en odeur de sainteté à Paris, c’est plus qu’un mensonge, c’est de la diffamation. À ceux-là mêmes qui distillent le poison confessionnel au nom de la défense des chrétiens et qui dénoncent ce qu’ils qualifient de « mainmise sunnito-wahhabite » sur le pays, il n’est pas inutile de rappeler que Taëf a consacré la répartition confessionnelle des trois présidences et que la magistrature suprême est définitivement attribuée aux maronites, accord à la conclusion duquel a contribué l’Arabie saoudite avec la bénédiction des démocraties occidentales. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse : à force de multiplier les rodomontades, les inepties, les « distilleurs » de la bonne parole n’auront, un jour ou l’autre, plus personne pour les écouter, plus personne pour leur prêter une oreille attentive. C’est la raison pour laquelle ils restent accrochés à leurs « convictions », à leurs croisades à rebours, une bouée de sauvetage appelée démagogie. Ils veulent, alors, libérer le monde quand le monde entier pactise, ressusciter les vieux démons quand le peuple, fatigué, veut tout juste oublier et prédisent cataclysmes et désastres quand ce même peuple n’aspire plus qu’à des lendemains meilleurs. Sommes-nous donc victimes de notre démocratie, de notre pluralité qui est richesse et damnation en même temps ? Sommes-nous victimes d’une liberté d’expression que nous chérissons, mais qui ouvre la voie, régulièrement, aux pires turpitudes, aux pires insanités ? Répondre par un « oui » serait remettre en question les fondements mêmes du Liban, ces fondements qui nous distinguent des pays voisins, qui font notre unicité et garantissent notre avenir. De qui, de quoi sommes-nous donc les victimes ? Tout simplement d’un immense gâchis présidentiel, d’un aveuglement irresponsable, d’hommes politiques retors qui nous prennent en otages dans le seul but de régler les comptes du passé… et du présent. À tous ceux-là, un grand merci : non pas, évidemment, pour leurs prestations, mais pour avoir définitivement dessillé nos yeux : l’avenir, le Liban le forgera, forcément, sans eux. Nagib AOUN
Ne tournons pas autour du pot : comme partout ailleurs dans le monde arabe, la dichotomie, les humeurs versatiles régissent, haut la main, la vie politique au Liban. Qu’il s’agisse de querelles de clocher ou de problèmes existentiels, l’équation est la même : les vérités assénées à cor et à cri, clamées sur tous les toits, sont sournoisement vidées de leur contenu, réduites à des commérages, à de simples accidents de parcours dans les coulisses de la politique politicienne.
La francophonie, si chère à nos cœurs, vient d’en être, à son corps défendant, le vecteur rocambolesque, justicière et victime à la fois.
Justicière, parce qu’elle a donné le coup de grâce à une fiction, victime, pour la simple raison qu’elle s’est retrouvée au milieu d’une tempête soufflant au gré des opinions...