L’Algérienne Assia Djebar, première personnalité maghrébine élue à l’Académie française, dont l’œuvre romanesque défend les droits des femmes dans le monde musulman, sera reçue aujourd’hui jeudi sous la coupole de cette prestigieuse institution.
À 69 ans, Assia Djebar a souvent été la première. Première femme algérienne admise à l’École normale supérieure de Paris en 1955, première à obtenir une reconnaissance internationale, première enfin élue à l’Académie.
Une élection au second tour, le 16 juin 2005, qui rendait selon elle hommage à son «entêtement d’écrivain» et son travail pour la francophonie.
Personnalité emblématique de l’émancipation des femmes en Algérie, elle figure parmi les classiques de la littérature maghrébine d’expression française, lauréate de nombreuses distinctions internationales, dont la dernière en date le prix spécial international Grinzane Cavour de littérature qui lui avait été remis en janvier 2006 à Turin. Cérémonie au cours de laquelle L’Orient-Le-Jour l’avait rencontrée (voir l’édition du 27 janvier 2006).
De son vrai nom Fatima Zohra Imalayen, Assia Djebar est née à Cherchell, à une centaine de kilomètres d’Alger, le 4 août 1936. Fille d’un instituteur, sa carrière d’écrivain débute dès 1956 avec La soif. Suivent Les impatients (1958) et Les enfants du nouveau monde (1962), dans lequel l’héroïne milite pour le changement politique et les droits des femmes.
Algérienne, elle écrit en français comme beaucoup de ses compatriotes, formés par l’école française. Lire et écrire en français dans les années 1950, c’est aussi la possibilité de sortir du cercle exclusivement féminin dans une société «où les femmes n’écrivent pas».
En 1985, L’amour, la fantasia ouvre une fresque que continuent Ombre sultane (1987) et Loin de Médine (1991).
«Tout le Maghreb a refusé l’écriture. Les femmes n’écrivent pas. Elles brodent, se tatouent, tissent des tapis et se marquent. Écrire, c’est s’exposer. Si la femme, malgré tout, écrit, elle a le statut des danseuses, c’est-à-dire des femmes légères», déclare-t-elle à la sortie d’Ombre sultane.
Assia Djebar a également travaillé pour le théâtre et le cinéma. Son film La nouba des femmes du Mont Chenoua a reçu le prix de la critique internationale en 1979 au Festival de Venise. De 1983 à 1989, elle a siégé au Fonds d’action sociale (FAS) comme représentante de l’immigration algérienne.
Dans les années 1990, Assia Djebar évoque dans Le Blanc de l’Algérie (1996) ou Oran, langue morte (1997) la violence dans son pays et le sort des femmes prises dans l’étau intégriste.
Depuis 1997, elle enseigne la littérature française aux États-Unis, d’abord à Bâton-Rouge (Louisiane), puis à New York. En 1999, elle a été élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Son élection à l’Académie française avait également été perçue dans le cadre des relations entre la France et l’Algérie. Le président Jacques Chirac avait alors salué «un nouveau témoignage de la profonde amitié» entre les deux pays.
Pour la ministre algérienne de la Culture, Khalida Toumi, Assia Djebar était honorée «pour une œuvre de l’esprit».
L’Académie française, la plus ancienne du genre en France, a été créée en 1635 par le cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII. Elle est composée de 40 «Immortels» dont la fonction première est de veiller au respect de la langue française et d’en composer le dictionnaire.
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