La question est sur toutes les lèvres, la même sempiternelle question : jusqu’à quand ? L’intox au quotidien, la
désinformation, les insinuations mensongères, l’exploitation malsaine de la fibre confessionnelle. Une boîte de Pandore largement ouverte, une plaie béante d’où se dégagent les pestilences d’une putréfaction longtemps contenue.
Jusqu’à quand ? Les flèches empoisonnées, la perfidie
érigée en art politique, les mêmes anciens nouveaux bonzes qui investissent les plateaux de télévision,
accaparent les colonnes des journaux et réussissent même à
véhiculer, à soigner leur image d’ange salvateur.
Jusqu’à quand ? Une multitude de partisans nourris au lait de l’intolérance, des moutons de Panurge conduits à
l’abattement, une même démesure dans l’idolâtrie et dans la détestation.
Un exemple : réunissez chez vous des connaissances, des voisins dont vous ignorez tout des opinions, des préférences « idéologiques ». Passé la première heure d’amabilités, la conversation vire naturellement (c’est un sport national) à la politique. Et là, bingo, vous avez tapé plein dans le mille ! Les rangs se disloquent, se reconstituent en divisions, le
langage châtié se « malfratise », le vernis se craquelle : dans le feu de l’action, les aounistes présents sont qualifiés de traîtres, de néoagents syriens, les geageaïstes de vendus aux plus offrants et les haririens de corrompus et de
corrupteurs. Les partisans du Sayyed, eux, restent hors de la mêlée et ricanent dans leur coin.
Quant au maître de céans, en l’occurrence le lecteur du
présent article, s’il a la malencontreuse idée de s’inquiéter du parcours suivi par le Général, il sera, tout simplement, accusé de succomber aux délices des pétrodollars ! La
soirée, en tout cas, est fichue et les invités se séparent en se jurant une haine éternelle…
Une caricature, une parodie ? Peut-être, mais certainement le reflet d’un mal qui ronge notre société et qui a pour noms multiples intransigeance, aveuglement, incompréhension, fanatisme.
Merci aux anciens nouveaux bonzes qui s’arrogent le droit de décider de nos destinées, merci au lavage de cerveau érigé en système politique, rodé au fil des ans et qui a
atteint au Liban un haut degré de perfection.
Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose : c’est à ce palpitant exercice que se livrent les préposés à notre orientation, à notre savoir.
Lancez une rumeur (une fetteyché en bon arabe imagé),
revenez-y, répandez-la de bouche à oreille et la rumeur
devient vérité, devient accusation : « La famille Hariri n’a pas versé les taxes successorales après la mort de l’ancien Premier ministre, elle a payé pour ne pas payer. » Le
bobard est jeté en pâture, il est récupéré par les adversaires du Courant du futur, et tous les démentis du monde, toutes les dénégations du ministre des Finances n’y feront rien : le mal est fait et l’opinion ne retiendra de l’affaire que
l’allégation crapuleuse : « On vous l’avait bien dit : corrupteurs et corrompus, voilà ce qu’ils sont. »
Autre exemple de propagande subversive : « Michel Aoun s’est rendu secrètement en Syrie et il y a conclu des accords avec le pouvoir baassiste. » : la « trouvaille » fait son
chemin, est corroborée par des « sources informées » et, là aussi, les démentis du Courant patriotique libre tomberont dans l’oreille de sourds, ceux évidemment dont l’opinion est déjà toute faite, toute tracée.
La dernière « bombe », à double volet, est beaucoup plus pernicieuse, parce que enrobée de relents confessionnels. L’insinuation est grave : les intrus, les envahisseurs d’Achrafieh du 5 février ont été laissés libres, absous de leurs crimes, et ce laxisme s’est accompagné de nominations dans les diverses administrations, surtout sécuritaires, au détriment de la communauté chrétienne.
Que le ministre de l’Intérieur ait apporté les preuves contraires démentant ces assertions, que des assurances aient été données quant au maintien des quotas en vigueur, la Constitution garantissant d’ailleurs l’équilibre intercommunautaire à tous les niveaux, tout cela n’y fera rien : le soupçon s’est incrusté dans les esprits, la méfiance s’est
installée dans les cœurs.
Comment conclure ce chapitre peu reluisant de nos mœurs politiques sans évoquer les remous entourant le magistral coup de filet des services de l’armée qui ont démantelé le réseau israélien. Une action exceptionnelle, une réussite
incontestable que les charognards de la politique ont
aussitôt tenté de dévier de sa trajectoire.
Une campagne de presse, des propos relayés par les
médias et le tour est joué : tous les attentats commis au Liban depuis fin 2004 sont le fait des Israéliens, et Rafic Hariri en a été la principale victime. Hénaurme ! comme
dirait l’autre, et la Syrie se retrouve lavée de tout soupçon, réhabilitée, en mesure de réclamer des dommages et
intérêts au Liban pour diffamation et atteinte à son image de marque…
Rumeurs, désinformation, intox : c’est ainsi que se préparent un avenir réjouissant, des lendemains qui chantent. Mais ne désespérons pas : la semaine qui commence sera placée sous le signe de la musique, celle qui adoucit, qui affine les mœurs. Que les anciens nouveaux bonzes qui empoisonnent notre quotidien fassent, mercredi, un tour dans le centre-ville en fête. Peut-être y trouveront-ils l’inspiration, la qualité qui leur manque : celle du savoir-vivre, du laisser-vivre.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La question est sur toutes les lèvres, la même sempiternelle question : jusqu’à quand ? L’intox au quotidien, la
désinformation, les insinuations mensongères, l’exploitation malsaine de la fibre confessionnelle. Une boîte de Pandore largement ouverte, une plaie béante d’où se dégagent les pestilences d’une putréfaction longtemps contenue.
Jusqu’à quand ? Les flèches empoisonnées, la perfidie
érigée en art politique, les mêmes anciens nouveaux bonzes qui investissent les plateaux de télévision,
accaparent les colonnes des journaux et réussissent même à
véhiculer, à soigner leur image d’ange salvateur.
Jusqu’à quand ? Une multitude de partisans nourris au lait de l’intolérance, des moutons de Panurge conduits à
l’abattement, une même démesure dans l’idolâtrie et dans la ...