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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Les uns et les autres

Tout au long de la semaine, la lancinante question de la sécurité aura invariablement tenu la vedette, ce qui est rassurant et préoccupant tout à la fois. C’est rassurant parce que cela veut dire que la sollicitude internationale pour le Liban demeure considérable, mais surtout parce que le monde n’est plus seul à se faire du souci pour nous : l’État, premier concerné après tout, entreprend de montrer en effet qu’il est là à nouveau lui aussi, qu’il veille au grain. Toute cette agitation ne laisse pas d’être passablement préoccupante toutefois car elle n’a d’autre raison d’être, en définitive, que notre extrême et congénitale vulnérabilité : au cas où ils l’auraient vraiment oublié, les Libanais viennent soudain de redécouvrir ainsi à quel point leur minuscule pays attire, pêle-mêle, les espions et terroristes de tout acabit. Au siège new-yorkais des Nations unies, Serge Brammertz a demandé et obtenu un délai supplémentaire d’un an pour retrouver – et traîner vraisemblablement devant un tribunal international – les exécutants et les commanditaires de l’attentat à la bombe de février 2005 qui a emporté Rafic Hariri, Bassel Fleyhane et leurs compagnons. Adoptée à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité, la résolution 1686 est importante, surtout, en ce qu’elle élargit pratiquement l’enquête internationale aux 14 autres attentats perpétrés depuis octobre 2004 et qui ont tué ou failli tuer des personnalités politiques et des leaders d’opinion. Dans son rapport d’étape, le chef des limiers de l’ONU avait déploré sans ambages l’incapacité structurelle des services de sécurité libanais de mener à bien, en solo, ces investigations parallèles (quand investigation il y avait...) ; aussi peut-on raisonnablement espérer que sur tous ces fronts funestement, honteusement assoupis, et à la faveur du coup de main onusien, les choses vont se mettre enfin à bouger. Elles ont bougé sans crier gare, en fait, sur un tout autre – et néanmoins brûlant – terrain, avec le démantèlement d’un vaste et très actif réseau terroriste agissant pour le compte de l’ennemi israélien. On voit les dirigeants se donner des tapes dans le dos en se promettant de confondre l’État hébreu devant l’ONU. Ces autocongratulations, une fois n’est pas coutume, sont amplement méritées. La prise est grosse en effet, puisque la bande avait à son actif la liquidation, sur le sol libanais, de plusieurs hauts responsables d’organisations combattantes palestiniennes ou locales. Il apparaît même que le Mossad avait diaboliquement réussi à recruter, pour ses basses œuvres, jusque dans les rangs de ses souffre-douleur, les Palestiniens ; et non des moindres, tel ce Khattab en fuite qui fut naguère très proche d’un groupe jusqu’au-boutiste inféodé à la Syrie. On ne s’étonnera pas trop de l’efficacité dont ont fait montre les Renseignements militaires libanais qui, sur leur champ d’action naturel, le contre-espionnage, ont en effet une longue et solide tradition d’excellence. On admirera volontiers, de même, la célérité proprement phénoménale de ce coup de filet, réalisé quelques jours seulement après l’attentat à la voiture piégée de Saïda qui a coûté la vie aux deux frères jihadistes Majzoub. On se pose en revanche une foule de questions à propos non plus du seul Deuxième Bureau de l’armée, mais des divers (et pléthoriques) services de sécurité libanais. Où donc étaient partis se nicher ces mêmes savoir-faire et diligence durant toute la sanglante période qui a précédé et suivi l’assassinat de Hariri ? Pourquoi a-t-on fermé les yeux et traîné les pieds alors que se succédaient, à un rythme d’enfer, les criminelles attaques ; pourquoi, à Aïn el-Mreissé par exemple, a-t-on même été jusqu’à dégarnir (ce qui revient à maquiller) la scène du crime ? Reste le plus sidérant, le plus ridicule, c’est-à-dire cet empressement mis par d’aucuns à voir dans le démantèlement du réseau israélien la lumineuse explication de toutes les meurtrières énigmes – même les plus transparentes ! – de ces derniers temps. Nul ne songe jamais à mettre Israël en accusation, se lamentait notamment, il y a quelques jours, Émile Lahoud. Que si, Monsieur le président ! Les responsables et médias officieux de Damas ne font rien d’autre ; et avec eux, les alliés inconditionnels d’un régime qui, en dépit de la très réelle subversion israélienne, continue de faire figure de premier suspect dans la sinistre série noire qui a frappé le pays. Bien mauvais alibi en vérité, alibi accablant pour ceux-là mêmes qui le brandissent, que celui-là. En matière de terreur en effet, la noirceur des uns ne saurait suffire pour blanchir les autres. Issa Goraieb

Tout au long de la semaine, la lancinante question de la sécurité aura invariablement tenu la vedette, ce qui est rassurant et préoccupant tout à la fois. C’est rassurant parce que cela veut dire que la sollicitude internationale pour le Liban demeure considérable, mais surtout parce que le monde n’est plus seul à se faire du souci pour nous : l’État, premier concerné après tout, entreprend de montrer en effet qu’il est là à nouveau lui aussi, qu’il veille au grain. Toute cette agitation ne laisse pas d’être passablement préoccupante toutefois car elle n’a d’autre raison d’être, en définitive, que notre extrême et congénitale vulnérabilité : au cas où ils l’auraient vraiment oublié, les Libanais viennent soudain de redécouvrir ainsi à quel point leur minuscule pays attire, pêle-mêle, les...