Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Les wahhabites bouleversent progressivement la tradition modérée de Sarajevo

Assassinat macabre d’une mère par son fils car peu religieuse, insultes contre des amoureux, apparition d’une « milice de la charia » : des disciples du wahhabisme bouleversent Sarajevo qui tente de défendre sa tradition pluraliste et modérée. «L’islam traditionnel bosniaque est tolérant. Nous ne pouvons pas permettre à ces représentants de la “pensée unique” de nous donner des leçons », s’insurge Jasmin Merdan. Ce musulman pratiquant, âgé de 26 ans, lui même « victime de l’idéologie wahhabite », avant de s’en sortir, selon ses aveux, est l’une des rares voix en Bosnie qui osent critiquer ces adeptes extrémistes. « Ils expriment avec violence leurs convictions, ils bouleversent par l’anarchie les mosquées et ils prêchent l’intolérance », explique M. Merdan, qui vient de créer une association pour lutter contre « ceux qui rejettent les enseignements fondamentaux de l’islam » modéré. Soutenu par une poignée de journalistes indépendants, il a récemment publié un livre dénonçant l’influence néfaste sur la société bosniaque de l’interprétation wahhabite de l’islam. La publication, « accueillie les bras ouverts par des religieux qui n’osent pas ouvrir la bouche pour protester », lui a toutefois valu des « menaces de mort et des pressions » de la part de wahhabites, raconte-t-il. Harcèlements et craintes Plusieurs incidents qui ont récemment secoué la capitale bosniaque ont malheureusement confirmé les craintes de M. Merdan. En février, un jeune homme converti au wahhabisme a égorgé sa mère car elle refusait de prier le matin. Couvert du sang de sa mère, l’homme, âgé de 23 ans, s’était ensuite rendu auprès de sa mosquée « wahhabite » pour annoncer qu’il avait offert « un sacrifice à Dieu », avant d’être arrêté par la police. Aussi, ces derniers temps, plusieurs couples de jeunes ont raconté à la presse et à la police avoir été harcelés par des « barbus » dans des parcs municipaux tout simplement parce qu’ils se promenaient main dans la main ou enlacés. Selon M. Merdan, il s’agit d’une « milice de la charia » (loi islamique) qui sévit dans certains quartiers de la ville. La police a toutefois affirmé ne pas avoir connaissance de son existence. Les autorités « passives » Le wahhabisme, doctrine puritaine dans l’islam, a fait son apparition en Bosnie pendant la guerre de 1992-1995, avec l’arrivée de centaines de moujahidine d’origine arabe qui avaient combattu aux côtés des forces musulmanes bosniaques. « Depuis, le nombre de wahhabites augmente. Nombre de jeunes sont influencés par cette idéologie », s’alarme M. Merdan, en dénonçant la « passivité » des autorités religieuses et laïques. Environ 40 % des 3,8 millions d’habitants de Bosnie sont musulmans, les autres étant des chrétiens orthodoxes et catholiques. Pour sa part, Vildana Selimbegovic, rédactrice en chef de l’hebdomadaire local Dani, déplore l’« isolement » de rares théologiens musulmans qui s’opposent à la présence wahhabite. « Les politiciens ne veulent pas en parler ou en ont peur. La plupart des musulmans se taisent. Il semble qu’ils vont se taire jusqu’à ce que l’enfer frappe aux portes de leurs maisons », écrit-elle. À Sarajevo, la mosquée dite « du roi Fahd » – d’après le nom du défunt monarque saoudien qui a financé sa construction – est devenue depuis plusieurs années le « noyau dur » du wahhabisme bosniaque. « Je me demande parfois si je me trouve bien à Sarajevo. Les barbus et les femmes portant le tchador seront dans ce quartier bientôt aussi nombreux que nous autres », s’inquiète Adnan, un jeune musulman, croisé près de la « mosquée saoudienne ». « Ils tentent d’imposer la même recette qu’au Soudan, en Somalie ou que dans certains autres pays arabes. Si on les laisse faire, dans vingt ans, des gens comme moi ne pourront plus parler », met en garde M. Merdan.

Assassinat macabre d’une mère par son fils car peu religieuse, insultes contre des amoureux, apparition d’une « milice de la charia » : des disciples du wahhabisme bouleversent Sarajevo qui tente de défendre sa tradition pluraliste et modérée.

«L’islam traditionnel bosniaque est tolérant. Nous ne pouvons pas permettre à ces représentants de la “pensée unique” de nous donner des leçons », s’insurge Jasmin Merdan. Ce musulman pratiquant, âgé de 26 ans, lui même « victime de l’idéologie wahhabite », avant de s’en sortir, selon ses aveux, est l’une des rares voix en Bosnie qui osent critiquer ces adeptes extrémistes. « Ils expriment avec violence leurs convictions, ils bouleversent par l’anarchie les mosquées et ils prêchent l’intolérance », explique M. Merdan, qui vient de créer une...