Il serait bon que la communauté scientifique mondiale entreprenne de se pencher sérieusement sur une espèce animale en pleine phase d’épizootie : l’Homo politicus libani. Diable ! Au fil des ans, le mammifère bipède a muté à une telle vitesse, que les généticiens vont finir par rater les maillons les plus prometteurs de la zoologie moléculaire.
La semaine dernière déjà, l’ADN de l’un des spécimens a brusquement dévissé, ce qui l’a rendu viscéralement allergique à l’humour. Bon, il est vrai qu’au départ l’individu n’était pas particulièrement un gai luron. Partageant ses loisirs entre les armes et le vacarme, il fallait généralement plus de deux heures de dur labeur en laboratoire pour lui débroussailler le système pileux afin de mettre au jour un improbable sourire. S’il faut en croire un sondage confidentiel, 2 % des Libanais aimeraient
partager un dîner avec lui.
Le deuxième échantillon, lui, aurait pu être plus sympa si à chaque fois qu’il traverse une rue, il ne se croyait obligé de faire une conférence de presse. Un événement au cours duquel, alternativement, il entre dans une transe jubilatoire quand on l’applaudit et vire au rubicond quand on le contredit. Récidiviste impénitent du concours « Ma binette partout », il s’est fait placarder le portrait dans des dizaines de quartiers, tant il est habité par la conviction que son heure viendra et que la gloire l’attend. Au vu de la situation des finances publiques, de la croissance anémique et de l’administration gangrenée par la mauvaise graisse des fonctionnaires, il est vrai que s’il touche le jackpot, il va bien se marrer.
Le tableau serait évidemment incomplet sans une petite dose de soporifique, où barbotent des cobayes affublés du chiffre 14, suivi d’un mois du calendrier grégorien. Pour ceux-là, la date en question ne bouge plus et le temps s’est figé dans un doux ronron. L’un d’entre eux a même installé depuis des mois son barda dans l’antichambre, en
attendant d’être reçu par le tyranneau d’une ménagerie voisine. Il est vrai qu’il dégage une sérénité si apaisante que parfois on a envie de lui allumer une cigarette, la glisser entre ses lèvres, et poser la tête sur son torse nu.
Jadis, l’Homo politicus libani symbolisait l’intelligence
incarnée. Aujourd’hui, 9 Libanais sur 10 pensent que
cette intelligence incarnée est devenue aussi
insupportable qu’un ongle incarné… Quant au dixième, c’est un menteur.
Gaby NASR
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il serait bon que la communauté scientifique mondiale entreprenne de se pencher sérieusement sur une espèce animale en pleine phase d’épizootie : l’Homo politicus libani. Diable ! Au fil des ans, le mammifère bipède a muté à une telle vitesse, que les généticiens vont finir par rater les maillons les plus prometteurs de la zoologie moléculaire.
La semaine dernière déjà, l’ADN de l’un des spécimens a brusquement dévissé, ce qui l’a rendu viscéralement allergique à l’humour. Bon, il est vrai qu’au départ l’individu n’était pas particulièrement un gai luron. Partageant ses loisirs entre les armes et le vacarme, il fallait généralement plus de deux heures de dur labeur en laboratoire pour lui débroussailler le système pileux afin de mettre au jour un improbable sourire. S’il faut en croire un...