Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Éclairage Déficit de communication

Si le Liban peut s’accommoder d’un statu quo politique, le statu quo économique, en revanche, lui sera fatal. Deux ans maximum, a prévenu le chef du FMI pour la région, avant que l’économie libanaise ne s’effondre si les réformes tant attendues ne se concrétisent pas. Mais comment vont-elles se concrétiser si, à peine annoncé, le programme économique du gouvernement a été rejeté, en bloc, par une partie de la population et des dirigeants du pays.? Encore en vogue il y a quelques semaines, aujourd’hui le programme n’a même plus le mérite de passionner les foules, et encore moins la classe politique, qui a décidé de le reléguer au second plan pour s’intéresser à des sujets hautement plus stratégiques. Trop impopulaire, disent certains, à un moment où la majorité a plus que jamais besoin de soutien. Pourquoi ce programme a-t-il suscité cette levée de boucliers ? Au fond, de ce plan on n’aura retenu que la hausse des taxes. L’aspect financier du programme est indéniablement celui qui a été le plus relayé. Pas forcément par l’équipe économique du gouvernement, qui tente de souligner ses autres volets. Mais les opposants au programme dans sa globalité, tels que le CPL et le Hezbollah, ou à certaines mesures financières comme les organismes économiques, se sont fait mieux entendre auprès des citoyens. Ils ont su trouver les mots qui font peur. Les premiers n’ont pas eu de mal à faire descendre des milliers de gens dans la rue contre, pêle-mêle, la contractualisation de la fonction publique (qui ne figure pas dans le programme), la hausse des taxes, la dérive libérale, la soumission aux puissances étrangères (référence à la Conférence de Beyrouth). Bref, contre le concept même de réformes économiques. Les deuxièmes se sont soulevés contre une hausse des taxes. Mais qui a vu dans ce programme autre chose que le problème de la dette ? Ce problème est de taille, certes, mais une autre façon de réduire le ratio de la dette par rapport au PIB n’est-elle pas aussi d’augmenter le PIB ? Qui a parlé de la nécessité de réorienter l’économie libanaise vers autre chose que le tourisme, l’immobilier et le secteur financier ? Qui a parlé de remettre le Liban sur le chemin de la croissance pour réduire l’immense problème du chômage et de l’immigration des jeunes ? Pourtant, ces problématiques figurent aussi dans le programme. La démarche du gouvernement a au moins le mérite de reconnaître l’incapacité du secteur public à jouer un rôle économique efficace. L’heure n’est plus au débat idéologique, pour ou contre la privatisation, libéral ou social, mais il s’agit d’accepter la réalité de la mauvaise gestion étatique, d’apprendre des erreurs du passé. Il s’agit aussi de reconnaître le potentiel de croissance du pays, de miser sur nos ressources humaines que les pays du Golfe s’arrachent, de parier sur les secteurs à valeur ajoutée, de mettre en place des filets sociaux pour que les plus défavorisés ne payent pas le prix des réformes, et enfin d’arrêter de subventionner à des fins démagogiques. Il est temps de libérer l’économie du joug politique. Pourquoi la hausse du prix du pain a-t-elle suscité une telle mobilisation alors celle du prix de l’essence est passée en catimini ? Cessons donc de politiser ces réformes, de les utiliser les unes contre les autres. Faisons enfin primer l’intérêt général sur les intérêts personnels. N’attendons pas encore un autre gouvernement, dans lequel nous aurons plus confiance ou qui nous proposera un programme « miracle » de réformes tout en douceur. Nous n’avons plus le temps. Sahar AL-ATTAR
Si le Liban peut s’accommoder d’un statu quo politique, le statu quo économique, en revanche, lui sera fatal. Deux ans maximum, a prévenu le chef du FMI pour la région, avant que l’économie libanaise ne s’effondre si les réformes tant attendues ne se concrétisent pas.
Mais comment vont-elles se concrétiser si, à peine annoncé, le programme économique du gouvernement a été rejeté, en bloc, par une partie de la population et des dirigeants du pays.? Encore en vogue il y a quelques semaines, aujourd’hui le programme n’a même plus le mérite de passionner les foules, et encore moins la classe politique, qui a décidé de le reléguer au second plan pour s’intéresser à des sujets hautement plus stratégiques. Trop impopulaire, disent certains, à un moment où la majorité a plus que jamais besoin de soutien....