Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Éclairage Haditha, My Lai : un contexte similaire, des conséquences différentes

Le scandale de Haditha en Irak, où des marines sont soupçonnés d’avoir tué 24 civils, rappelle le massacre de centaines de civils vietnamiens en 1968 à My Lai (Vietnam), mais les deux événements semblent différer sur leurs conséquences. «My Lai sur l’Euphrate ? » titrait ainsi le quotidien The Guardian quand des éléments sont venus suggérer que les civils irakiens morts le 19 novembre à Haditha n’avaient pas été tués par un engin explosif, de la même manière que l’opération de My Lai n’avait pas été la victoire d’abord annoncée par l’armée. Médias et forums de discussion sur Internet se sont emparés du débat sur les similitudes entre les deux affaires. Les chiffres sont pourtant sans commune mesure. À Haditha, si les faits sont confirmés par les enquêtes encore en cours, quelques marines ont tué 24 civils, parmi lesquels des femmes et des enfants. Le 16 mars 1968 à My Lai, plusieurs dizaines de soldats ont participé au massacre, faisant entre 300 et 500 morts. Mais dans les deux cas, des soldats plongés dans un conflit où ils ne peuvent distinguer les civils des combattants, traumatisés par la mort de camarades tués par un ennemi invisible, ont tué des innocents en toute connaissance de cause. « Quand des soldats sont confrontés à un ennemi sans visage qui utilise la population civile comme bouclier, il faut s’attendre à ce que ces soldats enregistrent une accumulation de colère et de frustration qui menace de se déchaîner », explique Geoffrey Corn, ancien procureur militaire et professeur de droit de la guerre à la faculté de droit du Sud- Texas. Dans les deux cas également, la chaîne de commandement n’est pas apparue assez solide pour maîtriser une unité sur le terrain. Et face à cet échec, l’armée a apparemment tenté d’étouffer l’affaire. Après My Lai, il a fallu l’opiniâtreté d’un soldat pour qu’une enquête soit ouverte après plus d’un an, et l’enquête du journaliste Seymour Hersh pour que le public en entende parler en novembre 1969. Après Haditha, l’armée a attendu plusieurs mois avant de lancer une enquête, et l’affaire n’a été révélée dans la presse qu’au bout de quatre mois. Mais les suites judiciaires s’annoncent différentes : après My Lai, un seul soldat, le lieutenant William Calley, avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour avoir tué 22 villageois. Le président Richard Nixon avait commué sa peine en trois ans d’assignation à domicile. Aujourd’hui, le successeur de Nixon, George W. Bush, a promis que s’il y a eu une tuerie à Haditha, ses auteurs devraient « rendre des comptes ». Depuis My Lai, le gouvernement et l’armée « savent que s’il y a eu des morts injustifiées, il doit y avoir une enquête en profondeur, et il doit y avoir des poursuites. Sinon, c’est l’intégrité de toute l’armée qui en pâtit », estime M. Corn. Au-delà des suites judiciaires, My Lai a été un tournant dans la guerre du Vietnam, enterrant définitivement le soutien de l’opinion publique américaine pour le conflit et pour ses soldats sur place, alors que Haditha ne semble pas pour l’instant modifier profondément la donne. Selon de récents sondages, les deux tiers des Américains considèrent déjà la guerre en Irak comme une erreur, mais le soutien pour les soldats ne faiblit pas. Même les commentaires les plus critiques sur Haditha s’accompagnent d’un hommage aux « boys » chargés de réaliser une mission impossible. Cependant, cette compassion reste fragile, liée notamment au fait qu’il n’y a pas, à ce jour, d’images « d’une femme innocente, à genoux, suppliant qu’on l’épargne, alors qu’un soldat américain lui tire dessus », explique M. Corn. Fanny CARRIER (AFP)
Le scandale de Haditha en Irak, où des marines sont soupçonnés d’avoir tué 24 civils, rappelle le massacre de centaines de civils vietnamiens en 1968 à My Lai (Vietnam), mais les deux événements semblent différer sur leurs conséquences.
«My Lai sur l’Euphrate ? » titrait ainsi le quotidien The Guardian quand des éléments sont venus suggérer que les civils irakiens morts le 19 novembre à Haditha n’avaient pas été tués par un engin explosif, de la même manière que l’opération de My Lai n’avait pas été la victoire d’abord annoncée par l’armée.
Médias et forums de discussion sur Internet se sont emparés du débat sur les similitudes entre les deux affaires.
Les chiffres sont pourtant sans commune mesure. À Haditha, si les faits sont confirmés par les enquêtes encore en cours, quelques marines...