La voix de la raison, quasi inaudible en ces temps de tous les extrémismes, c’est encore une fois un militaire qui tente de la faire entendre. Chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Dan Haloutz passerait difficilement pour une colombe aux blanches ailes. Et pourtant, ses propos, lors d’une déposition à huis clos devant la toute-puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, n’ont pas manqué de provoquer maints froncements de sourcils dans un pays où il ne fait pas bon, surtout aujourd’hui, refuser de « bouffer de l’Arabe ». Qu’a dit le haut gradé ? Notamment cette petite phrase empreinte d’un évident bon sens :« Les pressions économiques exercées sur le Hamas peuvent pousser les Palestiniens à l’extrémisme. » Et encore ceci : « Je ne recommanderais pas une offensive terrestre dans la bande de Gaza pour empêcher la poursuite des tirs de roquettes contre nous. » Dès fin janvier déjà, au lendemain de la victoire inattendue du Mouvement de la résistance islamique aux élections législatives qui venaient de se dérouler dans la bande de Gaza et une partie de la Cisjordanie, son prédécesseur à la tête de l’armée, devenu ministre de la Défense dans le cabinet Sharon, jugeait que les hommes du parti jadis fondé par cheikh Ahmad Yassine « se comportent de manière responsable ». D’où ce pronostic de Shaoul Mofaz : « Non seulement ils vont cesser toute attaque, mais de plus, ils tenteront de bloquer les actions du Jihad islamique » – une formation, on le sait, qui se targue d’être à la pointe du combat armé contre l’État hébreu.
La trêve de facto (et unilatérale) qu’ils observent depuis quelque temps, les Palestiniens la mettent à profit pour s’étriper allégrement, au nom de la sacro-sainte lutte pour la libération de la patrie usurpée et l’avènement d’un État indépendant. Tout en soutenant qu’il ne s’agit nullement de guerre civile, « un terme qui ne figure pas dans le vocabulaire de notre peuple », a décrété péremptoire le Premier ministre, Ismaïl Haniyeh, rejoint en cela par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, pour qui « c’est là une ligne rouge que personne n’oserait franchir ». Mais c’est bien vrai que si le front avec l’ennemi est étrangement calme ces temps-ci, sur le front palestino-palestinien, la violence ne baisse pas, il s’en faut, comme l’ont prouvé de nouveaux affrontements, hier, qui ont encore fait des victimes. Plus grave : les défections se multiplient dans les rangs du Fateh d’Abou Mazen : mercredi, ce sont près d’un millier de membres des Brigades des martyrs d’al-Aqsa qui se sont ralliés aux Brigades Ezzeddine al-Qassam, se déclarant « avec le gouvernement, la résistance et contre la corruption ». Tout cela, tente-t-on de faire valoir, est destiné à préparer un dialogue qui s’ouvre jeudi (aujourd’hui) et qui est destiné à réunifier les rangs, alors que s’aggrave la crise financière née de la volonté d’une partie de la communauté internationale, menée par l’Amérique, d’obtenir un arrêt des opérations de la résistance et une reconnaissance de Tel-Aviv.
Cependant, Washington vient de donner une nouvelle preuve de son habileté dans le maniement alternatif du bâton et de la carotte. Par 361 voix contre 37, la Chambre des représentants a voté mardi un texte de loi – le « Palestinian Anti-Terrorist Act » – prévoyant d’interrompre toute aide aux organisations non gouvernementales présentes à Gaza et en Cisjordanie, exception faite pour les projets de santé. L’un des auteurs du projet n’est autre qu’Ileana Ros-Lehtinen, représentante républicaine de Floride, connue des Libanais pour avoir parrainé la fameuse « Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act » de 2003. La Maison-Blanche a aussitôt fait savoir que les élus de la nation avaient été « trop loin » et que leur initiative « n’était pas nécessaire » du moment que l’Exécutif US dispose déjà de tout un arsenal de sanctions qu’il a commencé à utiliser. La mauvaise humeur de l’Administration mérite d’être relevée car elle s’est manifestée au moment même où George W. Bush recevait le Premier ministre israélien Ehud Olmert, lequel s’est engagé publiquement, à la faveur de cette rencontre, à « épuiser toutes les possibilités de promouvoir la paix, conformément à la “feuille de route” », avant d’entreprendre une quelconque action unilatérale.
D’un côté, des fractions rivales qui s’épuisent en vains combats, oubliant une crise financière qui contribue à marquer la fin d’un mirage poursuivi depuis cinquante-huit ans ; d’un autre côté, des dirigeants israéliens passés maîtres dans l’art du double langage et qui continuent d’être portés à bout de bras par le Big Brother yankee... Décidément, non, la paix n’est pas pour demain. Ni d’ailleurs pour après-demain.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La voix de la raison, quasi inaudible en ces temps de tous les extrémismes, c’est encore une fois un militaire qui tente de la faire entendre. Chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Dan Haloutz passerait difficilement pour une colombe aux blanches ailes. Et pourtant, ses propos, lors d’une déposition à huis clos devant la toute-puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, n’ont pas manqué de provoquer maints froncements de sourcils dans un pays où il ne fait pas bon, surtout aujourd’hui, refuser de « bouffer de l’Arabe ». Qu’a dit le haut gradé ? Notamment cette petite phrase empreinte d’un évident bon sens :« Les pressions économiques exercées sur le Hamas peuvent pousser les Palestiniens à l’extrémisme. » Et encore ceci : « Je ne recommanderais...