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Actualités - Opinion

LE POINT Crise de croissance

Non, le Koweït ne souffre pas d’une indigestion due à un système appliqué trop vite et à dose massive, à tout le moins l’espère-t-on pour lui. Oui, la crise née la semaine dernière, dont le point culminant a été atteint dimanche avec la dissolution du Parlement et la convocation du corps électoral à une consultation anticipée le 29 juin, ne saurait laisser indifférents les voisins proches ou lointains. Elle s’inscrit dans l’évolution des choses, s’est-on empressé de diagnostiquer comme pour rassurer tout le monde. La simple sagesse impose cependant de ne pas voir dans ces événements – et surtout dans l’accélération soudaine qu’ils ont prise ces derniers jours – une simple poussée d’acné juvénile. Le débat a largement dépassé le cadre étroit des institutions officielles pour atteindre la rue. À plusieurs reprises, les forces de l’ordre ont dû intervenir et le Premier ministre était sur le point d’être interpellé – du jamais-vu dans l’histoire du pays – quand l’émir, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, a pris la décision de renvoyer les parlementaires à leurs chères études, l’autre terme de l’alternative ne pouvant comporter, conformément à l’article 102 de la Loi fondamentale, qu’un renvoi du gouvernement. Le réveil à la modernité politique remonte à 1963, lorsqu’une Chambre, la première dans une monarchie du Golfe, avait été désignée, comptant 50 membres. Certes, avait-on décidé, ces derniers devaient être choisis parmi la population masculine, mais les législateurs devaient se racheter quand, le 1er mai 2005, ils octroyaient leurs droits civiques aux femmes. Il avait fallu pour cela amender l’article 1er de la loi électorale, alors même que la Constitution datant de 1962 garantissait l’égalité entre les sexes. Dans un ciel plutôt serein, le premier coup de semonce avait éclaté à la faveur d’une succession qui avait tourné à l’épreuve de force entre deux clans familiaux rivaux, au lendemain du décès, le 15 janvier dernier, du prince régnant, cheikh Jaber al-Ahmad al-Sabah. L’opinion publique, stupéfaite, avait découvert ce jour-là combien fragile pouvait être le pouvoir et hautement difficile son exercice. Née de la consultation de 2003, l’actuelle Chambre compte non moins de 29 opposants, aujourd’hui partis en guerre contre un gouvernement accusé de vouloir noyer leur projet de réforme de la loi électorale en décidant d’en saisir la Cour constitutionnelle. Aussitôt, la démarche devait être qualifiée de « farce » et soupçonnée d’avoir pour unique effet d’en retarder l’application. La principale revendication des réformistes porte sur la réduction du nombre de circonscriptions (cinq au lieu de 25, le gouvernement a retenu, lui, le chiffre de 10), première étape sur la voie d’un assainissement de la vie publique, marquée par la corruption, l’achat de voix et la gabegie. Menés par Ahmad al-Saadoun, Ahmad al-Mouleifi et Fayçal al-Muslim, les opposants ont réclamé dès le premier jour le départ du cabinet, l’invitant à « boire l’eau du papier contenant son projet », selon la formule point très élégante employée par l’un d’entre eux. Après une série de passes d’armes de pure forme, décision a donc été prise d’organiser une consultation générale dans six semaines... sur base de la loi actuelle. Nombreux sont les observateurs qui craignent, à cette occasion, la contagion égyptienne – montée en puissance des « Ikhwane » – ou même palestinienne – victoire totale du Hamas – qui se traduirait par un renforcement de la représentation fondamentaliste. Déjà, si les partis sont interdits officiellement, les courants politiques ont champignonné ces derniers temps. Il existe même un Mouvement constitutionnel islamique qui se réclame des Frères musulmans, et dont l’un des membres, Ismaïl al-Chatti, détenait le portefeuille des Communications dans l’équipe sortante. Quant au parti Oumma, il regroupe des éléments salafistes qui sont représentés au Parlement par trois des leurs. À ce jour, un précaire équilibre avait été maintenu grâce à une disposition de la Constitution prévoyant que les ministres (ils sont au nombre de 16 dans l’équipe sortante) jouissent du droit de vote sans pour autant être députés. Qu’en sera-t-il demain, alors que les ultras préparent la tenue d’assises nationales au cours desquelles leurs représentants auront pour tâche d’élaborer un programme électoral commun. Une fronde unie, face à un pouvoir qui l’est tout autant, mais seulement en apparence : voilà qui promet de belles joutes en attendant le jugement de 334 000 votants, y compris les voix féminines. Avec en filigrane, ô combien présents, les 2,7 millions de barils de pétrole/jour représentant 90 % des revenus de l’État. Au fait, est-ce seulement l’avenir de la démocratie qui est en jeu dans cette partie du Proche-Orient ? Christian MERVILLE
Non, le Koweït ne souffre pas d’une indigestion due à un système appliqué trop vite et à dose massive, à tout le moins l’espère-t-on pour lui. Oui, la crise née la semaine dernière, dont le point culminant a été atteint dimanche avec la dissolution du Parlement et la convocation du corps électoral à une consultation anticipée le 29 juin, ne saurait laisser indifférents les voisins proches ou lointains. Elle s’inscrit dans l’évolution des choses, s’est-on empressé de diagnostiquer comme pour rassurer tout le monde. La simple sagesse impose cependant de ne pas voir dans ces événements – et surtout dans l’accélération soudaine qu’ils ont prise ces derniers jours – une simple poussée d’acné juvénile. Le débat a largement dépassé le cadre étroit des institutions officielles pour atteindre la...