Lorsqu’en 1978 Pierre Mazeaud sort un drapeau tricolore pour fêter la première française à l’Everest, son geste est jugé anachronique. La France se préparait alors à l’alternance socialiste et les nouvelles sensibilités combattaient le nationalisme, idéal désormais réservé à la droite. Pourtant, depuis 1953, il y a exactement 53 ans, après que le Néo-Zélandais Edmund Hillary eut été le premier homme à poser le pied sur le toit du monde, les nations n’ont cessé de lutter en sous-main pour obtenir les rares autorisations d’ascension qui permettraient à leurs équipes de se distinguer sur les plus hauts sommets de la planète. Cette course a été particulièrement âpre dans les années 70. Loin des marasmes, des échecs politiques, des humiliations économiques ou militaires, planter un drapeau à près de 9 000 m d’altitude, tout de même, ça vous redore le blason. L’Everest n’est pas la tour Eiffel et l’on n’y monte pas en ascenseur. Les équipements sont, il est vrai, de plus en plus performants, de plus en plus légers, et les chemins sont déjà tracés par les pionniers sur les épaules desquels chacun a l’impression de grimper désormais. Mais qui dira la terrible épreuve du froid, de l’altitude à laquelle il faut s’accoutumer, de la raréfaction de l’oxygène, des passages « techniques », de la précarité des cordages dont certains n’ont pas été remplacés depuis plus de 30 ans, sans compter les caprices de la météo. Qui dira aussi le risque d’épuisement qui vous plante là, sans aucun recours, pas même celui des compagnons d’aventure, qui connaissent la loi implacable de la montagne. C’est elle qui élit et elle qui condamne. Malheur à celui qui abandonne, la règle est marche ou meurs. Au sommet, tout le monde a curieusement ce même réflexe : prendre la photo du drapeau national accroché au piolet. Expliquer ce geste de Maxime Chaya, parti seul, discrètement, sans battage, avec le seul secours financier d’une banque libanaise, mais sans le soutien de la nation à laquelle il a quand même voulu offrir son exploit. Oh ce n’est pas une annexion territoriale, pas plus que ne l’est la bannière étoilée plantée sur la Lune. Juste un transport, une élévation du corps certainement, de l’âme si on veut, mais surtout de l’amour propre et du moral.
« Pour la patrie, par la montagne », clame la devise du club alpin français. Pour la patrie humiliée et déçue, pour sa liberté jamais acquise, pour ce Liban trop fragile encore pour s’offrir le luxe de dédaigner les valeurs nationales, un drapeau tout là-haut, un cèdre là où rien ne pousse. Merci Max, merci tes jambes, ton cœur, tes poumons, tes yeux qui nous ont portés là. Tout ne va peut-être pas si mal, mais tout va si bas !
Fifi ABOU DIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Lorsqu’en 1978 Pierre Mazeaud sort un drapeau tricolore pour fêter la première française à l’Everest, son geste est jugé anachronique. La France se préparait alors à l’alternance socialiste et les nouvelles sensibilités combattaient le nationalisme, idéal désormais réservé à la droite. Pourtant, depuis 1953, il y a exactement 53 ans, après que le Néo-Zélandais Edmund Hillary eut été le premier homme à poser le pied sur le toit du monde, les nations n’ont cessé de lutter en sous-main pour obtenir les rares autorisations d’ascension qui permettraient à leurs équipes de se distinguer sur les plus hauts sommets de la planète. Cette course a été particulièrement âpre dans les années 70. Loin des marasmes, des échecs politiques, des humiliations économiques ou militaires, planter un drapeau à près de 9...