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Actualités - Opinion

Têtes d’icône

Dans cette république de poche, qui finira par tomber d’elle-même comme une poire blette, les Libanais ont réussi la gageure de produire un avatar biologique encore plus tordu que celui du bipède politique : la race du zélateur. Une sorte de caricature agitée du partisan ordinaire, adepte forcené de la brosse à reluire, du goupillon et du paillasson. Ce hooligan du verbe devient franchement teigneux dès lors qu’un adversaire a l’outrecuidance d’égratigner son icône sacrée : « Touche pas à mon demi-dieu ! » Prions pour que le destin de celui-ci soit aussi brillant que ses chaussures sont cirées… Depuis quelque temps, l’apôtre enragé est devenu une race endémique. Où qu’il soit, quoi qu’il fasse, assis dans un salon ou labourant son champ, un curieux effet de mimétisme s’installe entre lui et son idole : quand le Chef parle, c’est lui qui entre en transe ; quand le Chef lâche une flatulence, c’est lui qui pue. Un coup de fil du Patron, et le zélateur se couche recta. Qu’il soit chiite barbu, chrétien imberbe, druze ou sunnite gominé, qu’il soit cadre supérieur dans une entreprise ou larbin torche-écurie au fin fond d’une ferme, il est prêt à lâcher femme, enfants, veaux, vaches, cochons, couvées pour s’en aller en pèlerinage dans une manif ou un meeting, guettant une bribe, une onomatopée, une diphtongue du Phénix, un peu comme si c’était le pape à son balcon. On devrait d’ailleurs rendre payant se genre de singerie, ça renflouerait les caisses des partis et autres courants, qui redoubleraient alors d’effort en matière de culte niais de la personnalité pour rameuter encore plus d’adorateurs. Bref, un denier du culte pour têtes de culte. Hélas, la politique est l’art de l’adaptation. Le plus dur pour l’idolâtre, c’est quand le Maître retourne son caleçon. Lorsque, après des semaines d’invectives, on le voit, lui et ses adversaires, se donner la bise et se peloter devant les photographes. Pourquoi faire léger quand on peut faire gros ? Rouge, vert, jaune, orange, mauve… Qu’importe, du moment où une large gamme de couleurs reste encore disponible, parmi lesquelles des excités sont toujours prêts à s’entretuer pour choisir le ton approprié. C’est ce qui s’appelle un pays haut en couleurs. « Koullouna », maestro ! Gaby NASR
Dans cette république de poche, qui finira par tomber d’elle-même comme une poire blette, les Libanais ont réussi la gageure de produire un avatar biologique encore plus tordu que celui du bipède politique : la race du zélateur. Une sorte de caricature agitée du partisan ordinaire, adepte
forcené de la brosse à reluire, du goupillon et du paillasson. Ce hooligan du verbe devient franchement teigneux dès lors qu’un adversaire a l’outrecuidance d’égratigner son icône sacrée : « Touche pas à mon demi-dieu ! » Prions pour que le destin de celui-ci soit aussi brillant que ses chaussures sont cirées…
Depuis quelque temps, l’apôtre enragé est devenu une race endémique. Où qu’il soit, quoi qu’il fasse, assis dans un salon ou labourant son champ, un curieux effet de mimétisme s’installe entre lui et son...