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Actualités - Opinion

Le point Fin de règne

Les miracles, on peut avoir la foi du charbonnier républicain et y croire dur comme fer. Mais aujourd’hui à Washington, tout le monde, les stratèges du parti en tête, s’accorde à reconnaître qu’il faudrait bien plus que quelques bouleversements en profondeur pour ne pas laisser nombre de plumes lors de la consultation électorale de novembre. Un triomphe militaire doublé d’un succès politique en Irak, par exemple, ou bien une République islamique qui déciderait soudain de faire amende honorable et de renoncer à son programme nucléaire, ou encore un Oussama Ben Laden qui réapparaîtrait en bourgeois de Calais, pieds nus et corde au cou. L’idéal serait, bien entendu, que ces trois séismes se produisent en même temps et le plus rapidement possible. En attendant cette triple et hautement hypothétique éventualité, la cote de George W. Bush est au plus bas, flirtant dangereusement avec la barre des 30 pour cent, ce qui lui confère l’insigne honneur de figurer au tableau des top five comprenant Harry Truman, Jimmy Carter, Richard Nixon et… un certain George Herbert Bush, père de l’actuel président. Depuis février 2005, le fils perd, avec une constance dont pourtant il n’est que rarement coutumier, un point par mois sans parvenir, pour amorcer un mouvement de remontée du courant, à trouver la cause, le ton, le timing idoines. Depuis sa triomphale réélection, bourdes et scandales s’accumulent, alors que les offensives lancés comme autant de contre-feux se révèlent être des pétards mouillés. Il en est ainsi du remaniement en profondeur de l’équipe en place, avec le départ du porte-parole de la Maison-Blanche, celui du secrétaire général Andrew Card puis la démission surprise du boss de la Central Intelligence Agency, enfin avec l’éclipse du flamboyant stratège en chef Karl Rove, prié de se faire dorénavant plus discret. Trop tard, ont décrété, unanimes, les politologues. Mais le drame majeur, celui qui menace de ternir de manière irrémédiable peut-être les derniers mois de la présente Administration, c’est celui de l’engagement irakien. Plus de trois ans après le déclenchement de l’expédition censée marquer le déclenchement d’un processus de démocratisation du Proche-Orient, le pays en est encore à tenter de mettre sur pied un gouvernement, écartelé qu’il est entre les exigences de ses trois composantes et guetté par ses proches voisins qui attendent avec une impatience de mauvais aloi la fin de l’occupation. Ou le début du dépeçage. À côté de l’engluement dans les marécages mésopotamiens, les autres casseroles pourraient faire figure d’incidents de parcours sans portée notable. Erreur ! Sur le plan intérieur, elles sont tout aussi lourdes de menaces. Prenez l’enquête sur l’affaire Valerie Plame. Le procureur spécial Patrick Kennedy est sur le point, dit-on, de remonter jusqu’au vice-président Dick Cheney lui-même, soupçonné d’avoir encouragé son adjoint « Scooter » Lewis Libby à révéler à la presse – ce qui constitue un crime fédéral – la fonction d’agent (pas si) secret de la belle dame, par ailleurs épouse d’un ancien diplomate coupable de n’avoir pas confirmé dans un rapport l’intention prêtée à Saddam Hussein d’acquérir de l’uranium aurifère du Niger. Il y a aussi l’affaire des listings des appels téléphoniques dénoncée la semaine dernière par le quotidien USA Today, dans laquelle l’Américain moyen a vu – sous le fallacieux prétexte de la lutte contre le terrorisme – une scandaleuse atteinte à ces libertés individuelles qu’il chérit plus que tout au monde. Mais c’est la hausse des cours du pétrole qui inquiète l’électeur. Avec un baril à plus de 70 dollars, il est difficile de soutenir que ce sont les puissances économiquement concurrentes qui souffrent le plus et que les États-Unis, eux, n’ont rien à craindre puisque leurs réserves stratégiques sont au plus haut. On le voit, le tableau n’est pas uniformément rose pour le Grand Old Party en cet ultime semestre précédant les « Mid Term Elections » tant redoutées. Et il n’est pas certain que le 43e président aura convaincu ses « Fellow Americans » de la solidité de ses arguments sur l’immigration clandestine, à l’issue de son allocution d’hier soir. Nul n’ignore combien il est difficile, voire impossible, d’opérer un déploiement le long de la frontière mexicaine d’une garde nationale dont le gros des effectifs se trouve posté sur les rives de l’Euphrate. Tout comme il est malaisé de convaincre à la fois le Sénat et la Chambre des représentants de l’urgence d’ériger un mur de plus d’un millier de kilomètres face au Rio Grande destiné à freiner l’entrée de nouveaux « Wetbacks » qui viendraient s’ajouter aux quelque 12 millions d’immigrés clandestins déjà sur place. La grogne qui monte jusqu’au sein de la formation de la majorité, scandales qui se multiplient et dont les éclaboussures atteignent l’avant-dernier échelon de la pyramide, situation qui semble échapper à tout contrôle. Vous avez dit atmosphère de fin de règne ? Mais non, il ne s’agit pas de la France ! Christian MERVILLE
Les miracles, on peut avoir la foi du charbonnier républicain et y croire dur comme fer. Mais aujourd’hui à Washington, tout le monde, les stratèges du parti en tête, s’accorde à reconnaître qu’il faudrait bien plus que quelques bouleversements en profondeur pour ne pas laisser nombre de plumes lors de la consultation électorale de novembre. Un triomphe militaire doublé d’un succès politique en Irak, par exemple, ou bien une République islamique qui déciderait soudain de faire amende honorable et de renoncer à son programme nucléaire, ou encore un Oussama Ben Laden qui réapparaîtrait en bourgeois de Calais, pieds nus et corde au cou. L’idéal serait, bien entendu, que ces trois séismes se produisent en même temps et le plus rapidement possible.
En attendant cette triple et hautement hypothétique...