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Actualités - Opinion

Le temps de l’intolérance

Abyssus abyssum invocat, l’abîme appelle l’abîme, l’incompréhension conduit à l’intransigeance et l’intolérance à la mise à mort du dialogue. Seize ans après la fin de la guerre, un an après le retrait des forces syriennes, le Liban, dans toutes ses composantes, se débat toujours dans ses contradictions, plonge dans un autisme taillé sur mesure, à la mesure de chacune des communautés qui le constituent. Le Liban navigue à vue, au gré des vents, les jeunes n’envisagent l’avenir que dans une perspective d’exil, et il se trouve encore des hommes, les mêmes politiciens qui ont marqué de leur empreinte les malheurs des années écoulées, qui ruent dans les brancards, s’escriment à vouloir régler leur compte à d’anciens adversaires, à ressusciter des conflits, des querelles qu’on croyait enfouis à tout jamais. Qu’il ne vous vienne surtout pas à l’esprit de critiquer l’une ou l’autre des parties incriminées. Ce serait aussitôt l’hallali, la chasse aux sorcières, celle qui fait irruption dans les maisons, dans les bureaux, qui divise les membres d’une même famille, d’une même entreprise. La presse elle-même, celle qui s’accroche à son essence, à l’éthique qu’on s’échine à malmener, n’est pas à l’abri des campagnes d’intoxication, d’un terrorisme intellectuel qui se cache sous les oripeaux de la vérité absolue. Une vérité dont chaque partie, chaque courant se dit le détenteur, tout le reste n’étant que mensonges et affabulations. Les plus hargneux, les plus agressifs, ceux qui entretiennent un véritable lobbying, qui organisent un matraquage ciblé sont, tenez-vous bien, ceux-là mêmes qui se disent foncièrement démocrates, profondément attachés aux valeurs de justice et d’équité. Osez juste exprimer une opinion différente, un avis qui dérange, dites-le avec colère ou avec reproche, et les accusations, les qualificatifs fusent aussitôt : « Vendus », « traîtres », « agents stipendiés ». Liberté d’expression, de parole, que de crimes sont commis en ton nom, et tout cela au nom évidemment de la pensée unique, une vérité qui n’appartient qu’à celui qui la profère… comme une menace. Le droit est l’art du bien et du juste : alors de grâce, que s’arrêtent les procès d’intention, les discours qui volent bien bas, que cessent les actions des groupes de pression qui s’acharnent à vouloir réduire au silence les voix qui s’expriment autrement. « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent » : tel pourrait devenir, s’ils n’y prennent garde, le slogan de ces pourfendeurs du droit à la différence. Il y a également les autres, ceux qui font patte de velours ; ils sont tout aussi pernicieux et, dans leur cas,comme chez le scorpion, c’est dans la queue que se trouve le venin : discours affables, propos mielleux, et derrière les mots, des mines qu’on plante, des bombes à retardement qu’on confectionne. Errare humanum est, il est dans la nature de l’homme de se tromper, mais eux aussi, tout naturellement, se disent seuls détenteurs de la vérité absolue. Osez leur dire qu’ils font fausse route, les mêmes accusations explosent aussitôt : « Vendus », « traîtres », « agents stipendiés ». De provocations oratoires en avertissements anticipés, d’intrusions intempestives dans des chasses gardées en réactions outrées des protecteurs du temple, ainsi va la République, ainsi se disloque ce qui reste de l’héritage du 14 Mars, dévoyé par ceux qui s’en sont exclus, dilapidé par ceux qui en ont été les dépositaires. Et c’est loin, bien loin de ce sombre et nauséabond labyrinthe, où tous les coups sont permis, que se meuvent les journalistes, les vrais, ceux qui se consacrent corps et âme à la défense des libertés, qui luttent férocement, plume à la main, pour préserver une indépendance sans cesse menacée. Certains y ont laissé leur vie, les autres assurent, assument la relève sans fléchir. Cela peut en indisposer plus d’un, surtout ceux qui se bousculent, à coups de crocs-en-jambe, pour se faire une place privilégiée au soleil, ceux qui ne comprennent pas qu’on puisse les interpeller ou, tout simplement, se poser des questions sur leurs choix, leur gestion des affaires. Mais si les candidats à l’Olympe sont légion, il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe… Nagib AOUN
Abyssus abyssum invocat, l’abîme appelle l’abîme, l’incompréhension conduit à l’intransigeance et l’intolérance à la mise à mort du dialogue.
Seize ans après la fin de la guerre, un an après le retrait des forces syriennes, le Liban, dans toutes ses composantes, se débat toujours dans ses contradictions, plonge dans un autisme taillé sur mesure, à la mesure de chacune des communautés qui le constituent.
Le Liban navigue à vue, au gré des vents, les jeunes n’envisagent l’avenir que dans une perspective d’exil, et il se trouve encore des hommes, les mêmes politiciens qui ont marqué de leur empreinte les malheurs des années écoulées, qui ruent dans les brancards, s’escriment à vouloir régler leur compte à d’anciens adversaires, à ressusciter des conflits, des querelles qu’on croyait enfouis à...