Rechercher
Rechercher

Actualités

À Gaza, les Palestiniens vendent, mais n’achètent plus

«Depuis ce matin, on m’a déjà vendu 35 téléviseurs. Les gens n’ont plus d’argent et vendent tout ce qu’ils peuvent », affirme Ihab Abou al-Nour, qui tient une échoppe au marché Firas de Gaza. « La situation économique est très mauvaise, les fonctionnaires ne reçoivent plus leur salaire. Les gens viennent pour vendre, mais n’achètent rien », lance le jeune homme de 20 ans, alors que les postes de télévision d’occasion diffusent à tue-tête des films égyptiens sur leurs écrans poussiéreux. Attwah Abou Azem, 54 ans, est venu de Deir al-Balah, tôt ce matin, pour vendre son récepteur satellite. « La semaine dernière, j’ai déjà vendu mon téléviseur », dit ce père de 14 enfants, au chômage depuis près de 5 ans, qui tente de négocier l’appareil à un bon prix. « Si je veux acheter de quoi nourrir ma famille, je n’ai pas le choix », ajoute l’homme. Et de lancer en plaisantant sous les rires de badauds : « Bientôt, je vais devoir vendre mes enfants ! » Ihab, lui, ne rit pas, il est en colère contre le Hamas qu’il juge responsable des difficultés des Palestiniens, après la suspension des aides internationales et les bouclages intermittents de la bande de Gaza par Israël. « C’est le Hamas qui a tout détruit. Ils nous ont dit : “Vous allez avoir du changement et des réformes”. Le seul changement qu’on a vu c’est qu’il n’y a plus de revenus, plus de gaz, plus de pétrole », poursuit Ihab, sans cacher qu’il soutient le Fateh, le parti du président Mahmoud Abbas. Son frère, Iyad, barbe bien taillée, hoche la tête en signe de désapprobation. « Nous arriverons à vivre malgré tout. S’il le faut nous ne mangerons plus, mais nous ne céderons pas », dit-il en prenant la défense du Hamas, dont il est un fervent partisan. Dans les allées du marché, des marchands s’époumonent en hélant les chalands, des enfants tentent de se frayer un chemin avec leurs cargaisons de chewing-gum ou de chaussettes sous le bras, et les palabres entre vendeurs et acheteurs s’éternisent autour des prix. Dans un magasin de hi-fi, Hussein Saïd, 27 ans, attend désespérément qu’un client franchisse le pas de sa porte. « Auparavant le vendredi, je ne pouvais pas m’asseoir une seule minute. Aujourd’hui, regardez, c’est vide », dit-il. « Les gens viennent faire du tourisme au marché. Ils regardent, touchent, demandent les prix. Et puis au revoir », reprend en face Abdel Karim Chabli, devant son étalage de DVD et autres postes de radio vétustes. Le vendeur blâme les Européens et les Américains. « Tout ça, c’est de la faute des pays donateurs qui ont coupé les aides, assure-t-il. Et s’ils le voulaient, ils pourraient faire pression sur Israël pour ouvrir les points de passage de la bande de Gaza. » Selon les Nations unies, Erez, point de passage pour les ouvriers palestiniens travaillant en Israël, est fermé depuis deux mois alors que le terminal des marchandises de Karni n’a été ouvert que 57 jours entre le 1er janvier et le 2 mai. Mehdi LEBOUACHERA (AFP)
«Depuis ce matin, on m’a déjà vendu 35 téléviseurs. Les gens n’ont plus d’argent et vendent tout ce qu’ils peuvent », affirme Ihab Abou al-Nour, qui tient une échoppe au marché Firas de Gaza. « La situation économique est très mauvaise, les fonctionnaires ne reçoivent plus leur salaire. Les gens viennent pour vendre, mais n’achètent rien », lance le jeune homme de 20 ans, alors que les postes de télévision d’occasion diffusent à tue-tête des films égyptiens sur leurs écrans poussiéreux.
Attwah Abou Azem, 54 ans, est venu de Deir al-Balah, tôt ce matin, pour vendre son récepteur satellite. « La semaine dernière, j’ai déjà vendu mon téléviseur », dit ce père de 14 enfants, au chômage depuis près de 5 ans, qui tente de négocier l’appareil à un bon prix. « Si je veux acheter de quoi...