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Actualités - Opinion

Manifester ? Et comment !

Pourquoi (et plus exactement pour quoi) la manifestation d’aujourd’hui ? Les organisateurs eux-mêmes seraient bien en peine de le dire, maintenant qu’a été supprimé en toute hâte l’objet du litige, c’est-à-dire ce projet mort-né de contractualisation de la fonction publique. Alors pas de mobile convaincant, plus lieu de défendre dans la rue les droits sacrés des serviteurs de l’État et autres travailleurs ? Qu’importe, oubliez le pour : c’est de toute évidence contre le gouvernement, le premier depuis la nouvelle indépendance, le gouvernement des réformes, de la décolonisation, de la réapparition sur la scène internationale, de la pleine coopération avec l’enquête onusienne sur l’attentat de février 2005, le gouvernement de la délimitation des frontières et des relations diplomatiques avec la Syrie, que l’assaut est lancé. Renverser les gouvernements est bien sûr, en démocratie, l’objectif naturel, légitime de toute opposition. Encore faut-il cependant que l’on s’en tienne aux principes de base de la démocratie. Or dénier à la majorité parlementaire son incontestable qualité de majorité comme le fait le Courant patriotique libre de Michel Aoun, s’acharner à la qualifier de provisoire ou de truquée – termes dont avait usé dans un de ses discours le président syrien Bachar el-Assad –, c’est bafouer la règle du jeu et lui préférer l’aventure. Bafouer, vicier la règle du jeu, c’est ce que n’a cessé de faire consciencieusement, systématiquement, artistiquement même pourrait-on dire, un Hezbollah siégeant, lui, au sein de l’Exécutif et s’employant dans le même temps à paralyser ce même Exécutif. Quant à opter pour l’aventure, c’est recourir à la rue. C’est le faire, de surcroît, à l’ombre de slogans qui puent le chiqué. C’est le faire en sachant très bien – on l’avait constaté l’an dernier déjà – que les foules appellent inévitablement d’autres foules, que nul dans ce pays ne peut revendiquer le monopole des masses, et qu’à ce genre de compétition il n’y a finalement rien à gagner. En quoi toutes ces stratégies de blocage, d’étouffement peuvent-elles faire avancer la cause des travailleurs ? Quelle assistance financière internationale le Liban est-il en droit d’escompter s’il ne procède pas, comme on l’y invite avec insistance, à des réformes structurelles ? Quel boom du tourisme peut-on espérer quand la Syrie ne fait guère secret de sa volonté de déstabilisation, quand la décision de trêve ou de guerre à la frontière sud reste du ressort d’un parti ouvertement allié à Téhéran et Damas ? Par quel prodige et quels vertiges (présidentiels, s’entend) l’homme fort chrétien qu’ont couronné les électeurs, le champion de la guerre de libération se retrouve-t-il objectivement aujourd’hui dans ce qu’il faut bien appeler le camp prosyrien ? Il y a en vérité des manifestations qui se perdent, et toutes ces questions mériteraient bien que l’on descende dans la rue pour exiger des réponses. À tout seigneur tout honneur, on manifesterait volontiers, pour commencer, du côté de Baabda : non plus forcément pour obtenir une démission désormais bien hypothétique, mais afin que l’on nous épargne pour le moins les lamentations quotidiennes du chef de l’État sur le sort des citoyens à l’abandon. On serait bien inspiré de manifester en bloc contre les malversations de toutes sortes qui ont vidé jusqu’aux caisses de la Sécurité sociale et de divers autres fonds de secours. On pourrait manifester contre les ruses sémantiques, manœuvres et autres arrière-pensées qui minent les réunions épisodiques du dialogue national, au grand désespoir d’une population excédée. On manifesterait même contre les inhibitions d’une majorité écrasée par son propre triomphe électoral, contre la désorganisation et les divisions des forces du 14 Mars dont les piliers sillonnent en ce moment les capitales arabes alors qu’elles déclinaient, hier encore, une offre de médiation saoudo-égyptienne avec la Syrie. On irait même, et pourquoi pas, jusqu’à protester contre les reculades du pourtant admirable Fouad Siniora, dans un secteur aussi vital que celui du redressement. Le choix est des plus variés, on le voit. Ce mercredi toutefois, on ne prendra pas le plat du jour. Issa GORAIEB
Pourquoi (et plus exactement pour quoi) la manifestation d’aujourd’hui ? Les organisateurs eux-mêmes seraient bien en peine de le dire, maintenant qu’a été supprimé en toute hâte l’objet du litige, c’est-à-dire ce projet mort-né de contractualisation de la fonction publique.
Alors pas de mobile convaincant, plus lieu de défendre dans la rue les droits sacrés des serviteurs de l’État et autres travailleurs ? Qu’importe, oubliez le pour : c’est de toute évidence contre le gouvernement, le premier depuis la nouvelle indépendance, le gouvernement des réformes, de la décolonisation, de la réapparition sur la scène internationale, de la pleine coopération avec l’enquête onusienne sur l’attentat de février 2005, le gouvernement de la délimitation des frontières et des relations diplomatiques avec la...