La corruption a atteint un tel niveau au Yémen qu’elle est devenue le principal sujet de conversation et de mécontentement de la population, et, selon les experts, l’obstacle numéro un au développement économique de ce pays, l’un des plus pauvres du monde.
D’après tous les témoignages recueillis par l’AFP, la corruption s’étend à tous les niveaux de la société, du modeste bakchich versé au soldat de faction dans un ministère, dont la solde misérable ne lui permet pas de vivre, aux commissions qui accompagnent l’obtention de contrats, en passant par les « surtaxes » que tout importateur doit régler. « La corruption est en train de devenir une économie en soi au Yémen », résume un analyste indépendant, qui n’a pas voulu être nommé.
Sur les 159 pays passés au crible l’an dernier par l’ONG Transparency International, le Yémen arrivait en 103e position, avec un « indice de perception de la corruption » de 2,7. Cet indice, qui reflète la perception du degré de corruption par les hommes d’affaires et les experts, va de 10 (probité totale) à 0 (corruption absolue). D’après cette étude, le Yémen est, de tous les pays de la péninsule arabique, de loin le plus touché par la corruption, alors qu’il est le plus pauvre. La corruption a même empiré ces dernières années, ont affirmé à l’AFP hommes d’affaires yéménites et diplomates.
Un diplomate occidental, qui a lui aussi demandé à rester anonyme, décrit la corruption comme « l’obstacle principal au développement économique du Yémen », dans la mesure où elle affecte le niveau d’investissement. Car qui va investir dans un pays dans de telles conditions ? Or, le Yémen, modeste producteur de pétrole non membre de l’OPEP – il produit officiellement 375 000 barils par jour –, a un besoin vital de diversifier son économie, donc d’attirer des investisseurs. Un important homme d’affaires explique que tout bien importé est toujours sous-évalué sur les documents officiels. Si sa valeur marchande est de 20 000 USD, la valeur portée sur le bordereau sera, par exemple, de 15 000, somme sur laquelle seront payées les taxes à l’importation. Le bakchich est payé sur la différence, en l’occurrence sur les 5 000 USD non déclarés.
La situation est telle qu’elle a amené à la fin de l’an dernier la Banque mondiale à réduire d’un tiers son assistance au Yémen, et les États-Unis à suspendre Sanaa d’un programme d’aide aux pays les plus pauvres. Les accusations concernant la corruption sont « exagérées », a-t-on ainsi affirmé à l’AFP de source yéménite informée, dénonçant « une façon de faire pression sur le gouvernement ».
Christian CHAISE (AFP)
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D’après tous les témoignages recueillis par l’AFP, la corruption s’étend à tous les niveaux de la société, du modeste bakchich versé au soldat de faction dans un ministère, dont la solde misérable ne lui permet pas de vivre, aux commissions qui accompagnent l’obtention de contrats, en passant par les « surtaxes » que tout importateur doit régler. « La corruption est en train de devenir une économie en soi au Yémen », résume un analyste indépendant, qui n’a pas voulu être nommé.
Sur les 159 pays passés au crible l’an dernier par l’ONG...