Du bruit. Rien que du bruit. Toujours du bruit.
Le Libanais, champion du bruit. Un bruit continuel, toujours plus fort, plus envahissant, plus assourdissant. De nuit comme de jour.
Un bruit qui vous nargue et vous assaille, au volant de votre voiture, à votre bureau, et qui vous taraude jusque dans votre chambre à coucher, au plus profond de votre sommeil.
Assis derrière son volant, le conducteur ne peut s’empêcher, c’est tellement plus fort que lui, de déverser tout son énervement, toute son impatience, toute son agressivité sur ce petit bout de klaxon placé bien en face de lui. C’est de toutes ses forces qu’il appuie dessus, frénétiquement, sans y penser même, au point d’en oublier d’enlever la main. Comme par réflexe.
Le klaxon retentit alors, tout seul d’abord, avant d’être rejoint dans sa fureur par des centaines, que dis-je, des milliers d’autres klaxons hurlant de colère.
Bel exemple d’assourdissant tintamarre, qui ne manque pas de surprendre, dans un premier temps, pour rapidement saturer les pauvres oreilles endolories.
À l’issue d’une soirée bien arrosée, où il ne s’est pas privé d’extérioriser toute la tension accumulée durant la semaine, c’est dans la rue que le fêtard prolonge les festivités.
Chantant, bavardant, riant, hurlant sous les fenêtres des citoyens privés de sommeil, il offre, en prime, à nos insomniaques excédés un magistral coup d’accélérateur, pour annoncer son départ, salué par des voituriers gagnés par la fièvre du samedi soir.
Il se dépêche aussitôt d’aller squatter une autre boîte, dans une autre ruelle paisible, où il fera de nouveau rugir son pot d’échappement, crisser ses pneus, hurler sa musique, alors que les femmes enguirlandées qui l’accompagnent glousseront à qui mieux mieux, s’interpellant d’une voiture à l’autre… au mépris des pauvres habitants au bord de la crise de nerfs.
D’un klaxon à l’autre, d’un fêtard à l’autre, d’un pot d’échappement à l’autre, les bruits n’en finissent pas de monter, de se superposer, d’agresser le citoyen à coups de décibels, toujours plus forts, toujours plus assourdissants.
Ici, muezzins et clochers se livrent une bataille acharnée. Là, les motards du quartier arpentent les quartiers avec un pétaradant acharnement. Un croisement plus loin, ce sont les flics du quartier qui vous vrillent le tympan à coups de sifflets. Dans le terrain vague d’à côté, la jeunesse citadine se dispute à hauts cris un ballon de foot, alors que d’une voiture à l’arrêt surgit une musique folle. À côté, ce sont les camions, les grues et les bétonnières d’un chantier de construction qui se déplacent en un incessant ballet.
Même dans les conversations, les décibels s’incrustent, envahissants, agressifs.
Le calme est certes un luxe absolu et inaccessible. Mais le Libanais saurait-il vivre dans le calme, lui qui passe sa vie à faire du bruit ?
Anne-Marie EL-HAGE
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Le Libanais, champion du bruit. Un bruit continuel, toujours plus fort, plus envahissant, plus assourdissant. De nuit comme de jour.
Un bruit qui vous nargue et vous assaille, au volant de votre voiture, à votre bureau, et qui vous taraude jusque dans votre chambre à coucher, au plus profond de votre sommeil.
Assis derrière son volant, le conducteur ne peut s’empêcher, c’est tellement plus fort que lui, de déverser tout son énervement, toute son impatience, toute son agressivité sur ce petit bout de klaxon placé bien en face de lui. C’est de toutes ses forces qu’il appuie dessus, frénétiquement, sans y penser même, au point d’en oublier d’enlever la main. Comme par réflexe.
Le klaxon retentit alors, tout seul d’abord, avant d’être rejoint dans sa fureur par...