C’est de la belle ouvrage. D’autant qu’elle n’en commet pas de pareilles si souvent, la majorité au pouvoir… Les députés qui la constituent ont adressé avant-hier samedi une lettre en une vingtaine d’exemplaires aux rois, présidents, émirs et autres dirigeants arabes pour leur expliquer une réalité essentielle, à quelques heures du sommet de Khartoum qui laisse déjà échapper, soit dit en passant et comme très souvent, les odeurs d’un gigantesque flop…
Totalement inédite et extrêmement bienvenue, cette démarche consiste à rappeler à ces hommes, si tant est que l’un d’eux ait pu l’oublier, qu’Émile Lahoud ne représente plus que lui-même. Qu’il est par conséquent illégitime sur le triple plan constitutionnel (il a été imposé par le biais de menaces directes et de violences morales par Bachar el-Assad), populaire (les partisans aounistes et, en principe, pour l’instant, hezbollahis, seraient les premiers à exiger son départ s’ils étaient assurés de l’élection de Michel Aoun à la magistrature suprême), et, surtout, internationale (même les Nations unies, désormais, boycottent le palais de Baabda). Et cette illégitimité record, malheureusement pas illégale, n’a pas empêché Émile Lahoud, même mis en quarantaine par la communauté internationale, de recevoir une invitation en bonne et due forme de ses… pairs.
Auraient-ils pu faire autrement, ces braves rois et présidents, toujours tétanisés par un éventuel chaos en Syrie, fruit du renversement d’un régime qu’ils n’ont jamais pourtant vraiment porté dans leur cœur ? Auraient-ils pu passer outre la fonction de chef d’État du Liban, indépendamment de la personne du président ? Auraient-ils pu faire comme s’il n’y avait pas de n° 1, passer directement au n° 3, le deuxième de l’Exécutif, sans mettre en péril le fragile équilibre politico-confessionnel libanais, sans faire hurler les chrétiens du Liban ? Oui ? Non ? Peut-être ? Le (trop) zélé Georges Adwan a certes raison, dans l’absolu, de s’étrangler rien qu’à l’idée qu’un gouvernement, quel qu’il soit, puisse revoir et corriger la copie d’un président de la République, quel qu’il soit. Mais le gouvernement Siniora peut-il laisser Émile Lahoud, le dernier (l’ultime ?) reliquat de l’occupation syrienne, s’exprimer seul au nom du Liban libre ?
Il n’en reste pas moins que la démarche des députés de la majorité est significative, signifiante. Les seuls interlocuteurs libanais des étrangers doivent être ceux mandatés pour cela par les élus du peuple – ou ces derniers eux-mêmes. Mais cet axiome restera bancal, friable, tant qu’il n’y aura pas de consensus sur le successeur de l’actuel et indécollable locataire de Baabda. Et au train où vont les choses, il semblerait bien que Londres pourrait accepter de céder Gibraltar à l’Espagne avant que les Quatorze ne s’entendent sur un nom, sur cet homme auquel incombera la (très) lourde tâche de redonner un peu, beaucoup d’éclat à un poste incontournable, prééminent, atomisé par des années de servilité puis d’usurpation.
Finalement, il ne reste plus que quelques mois. Et le mal est fait – très bien fait d’ailleurs. Cela pourrait difficilement être pire. Reste à répondre à la question suivante : les chrétiens, tous les chrétiens, ont-ils intérêt – ou pas – à attendre la fin du demi-mandat qui reste pour réussir à faire élire un président aussi fort que le sont, aujourd’hui, le Premier ministre, et, dans une moindre mesure, le président de la Chambre ?
En attendant, Émile Lahoud peut bien continuer à prendre la présidence de la République en otage : la voix qui porte aujourd’hui, celle que la planète entend en premier, est bien celle de la majorité. Reste à espérer qu’elle saura s’en montrer digne. L’ukrainisation, malheureusement, fonctionne dans les deux sens.
Ziyad MAKHOUL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est de la belle ouvrage. D’autant qu’elle n’en commet pas de pareilles si souvent, la majorité au pouvoir… Les députés qui la constituent ont adressé avant-hier samedi une lettre en une vingtaine d’exemplaires aux rois, présidents, émirs et autres dirigeants arabes pour leur expliquer une réalité essentielle, à quelques heures du sommet de Khartoum qui laisse déjà échapper, soit dit en passant et comme très souvent, les odeurs d’un gigantesque flop…
Totalement inédite et extrêmement bienvenue, cette démarche consiste à rappeler à ces hommes, si tant est que l’un d’eux ait pu l’oublier, qu’Émile Lahoud ne représente plus que lui-même. Qu’il est par conséquent illégitime sur le triple plan constitutionnel (il a été imposé par le biais de menaces directes et de violences morales par...