Par Bassam TOURBAH
Rafic Hariri, fils de la ville de Saïda, le musulman sunnite, l’anglophone, était attiré par la francophonie. Il avait choisi Paris comme résidence et se plaisait à user de la langue française comme preuve de sa réussite dans la vie. Il la parlait sans complexe, d’une façon tellement naturelle, et avec une telle facilité et une telle aisance que vous aviez l’impression qu’il la maîtrisait à la perfection et que sa pensée était directement programmée dans cette langue.
Ce n’est pas par hasard s’il a acheté une société française, OGER, et en a fait un empire, et s’il a choisi la Ville lumière pour y installer une branche de la fondation qui porte son nom couvrant l’Europe et l’Afrique du Nord.
Ce n’est pas un hasard s’il avait inscrit ses enfants dans une école française. Je me souviens de ce jour où il a accompagné sa fille au test qu’elle devait passer avant d’entrer dans sa nouvelle école. L’attendant comme tout père de famille, mi-inquiet, mi-rassuré, dans le couloir des classes, il me dit : « Comme j’aurais souhaité m’inscrire, moi-même, dans cette école et apprendre les secrets de la langue française. »
La relation qu’il entretenait avec l’actuel chef d’État français est certes privilégiée. C’est qu’elle a débuté très tôt, alors que Jacques Chirac était encore maire de Paris. Je me souviens de sa première rencontre avec lui. Je l’ai attendu dans un salon alors qu’il était en tête à tête avec le maire. C’était la période de Kfarfalous. Le courant est vite passé entre eux. Je devais revenir plus tard transmettre à Jacques Chirac une demande de Rafic Hariri pour essayer d’intervenir afin de dénouer la situation qui prévalait dans cette région. Tout de suite, Chirac me promit de se mettre immédiatement en contact avec les différentes parties et avec le Saint-Siège. Malheureusement, c’était trop tard et Kfarfalous tomba, et ce qui devait être le joyau de Rafic Hariri sombra à son tour dans l’abîme.
Si le IXe Sommet de la francophonie a eu lieu à Beyrouth, c’est grâce à lui. Il a arraché aux chefs d’Éta et de gouvernement présents à Hanoi, lors du VIIe sommet, la décision de tenir leurs assises à Beyrouth quatre ans plus tard, car le prochain sommet était déjà programmé ailleurs. Jamais dans l’histoire des sommets de chefs d’État, quels que soient ces sommets, une décision n’a été prise concernant le lieu de la rencontre qui suivrait le prochain sommet. Son rayonnement au Sommet de Beyrouth était incontestable, comme il le fut plus tard au Sommet des chefs d’État des pays arabes qui prit le nom de Sommet de Beyrouth.
Décidément, quel charme elle a, cette francophonie ! Une famille qui réunit des États qui ont en commun une culture, et c’est cette culture qui les amènera à passer d’une simple « agence de coopération culturelle et technique » à une « organisation internationale de la francophonie » avec un visage, celui d’un secrétaire général dont la fonction essentielle est de créer des liens politiques entre des États qui ont commencé par se rencontrer tout naturellement autour de Victor Hugo, de Molière, de Kadare, de Charles Hélou, pour arriver, espérons-le, à cette solidarité qui devait, à sa façon, être profitable à la paix mondiale. Rafic Hariri était dans son élément parmi eux. Il s’est fait beaucoup d’amis parmi ses membres, qui avaient beaucoup d’estime pour lui et pour son pays, le seul pays francophone de notre région.
En cette Journée de la francophonie, une pensée pieuse pour Rafic Hariri s’impose tout naturellement, qui vient s’ajouter aux nombreux temoignages qui rendent cet homme exceptionnel après sa disparition tout autant qu’il l’a été dans sa courte vie.
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