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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Le temps du velours

Tout comme la musique, le dialogue adoucit les mœurs. De fait, on est loin des harangues incendiaires des derniers mois, propres à galvaniser les foules, mais qui n’abordaient, les unes et les autres, qu’une seule face de la très complexe question libanaise. Et s’il arrive encore aux chefs d’échanger des piques, les joutes se déroulent désormais en champ clos : c’est-à-dire sous la coupole du Parlement où va reprendre dans quelques jours le grand débat national. Autres temps, autres mœurs, c’est entendu. Autres styles, autres méthodes de travail aussi : il en est ainsi, cette fois, de l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, autre sujet de préoccupation majeur pour les citoyens. De Detlev Mehlis à Serge Brammertz qu’est-ce qui a véritablement changé ? Quels paramètres locaux, régionaux ou internationaux ont-ils pu varier ? Et qu’est-ce qui n’est que simples, que parfaitement naturelles différences de tempérament, de comportement marquant de leur empreinte un même et inexorable parcours ? Le premier rapport d’étape de Brammertz, qui vient d’être remis au Conseil de sécurité de l’ONU, est en ceci remarquable qu’il a donné satisfaction – jusqu’à un certain point, du moins – à un peu tout le monde. Soit dit sans malice aucune, tout un chacun peut trouver en effet dans ce texte quelque matière à réconfort. Pointée du doigt, dans ses écrits comme dans ses déclarations à la presse par Mehlis, la Syrie ne fait pas explicitement, formellement cette fois, figure de suspect ; du coup, elle ne tarit pas d’éloges sur le réalisme et le professionnalisme de l’enquêteur international, qualités qu’elle déniait avec véhémence à son prédécesseur. Mais la nuance ne change rien, en réalité, quant au fond. Car si des filières anciennes ont été creusées, si des pistes nouvelles ont été lancées et certaines autres abandonnées, reste le fait dûment consigné – sous Brammertz comme il le fut sous Mehlis – qu’une coopération effective et rapide des autorités syriennes sera essentielle pour l’aboutissement de l’enquête. Essentielle, tout est dit dans ce seul petit mot : ce n’est certes pas à Tombouctou que l’on va aller chercher les assassins. Mieux encore, le taciturne magistrat belge paraît avoir coupé court à toute manœuvre dilatoire, telles celles opposées à Mehlis, en mettant au clair avec les Syriens ce fameux cadre légal à l’intérieur duquel évolueront les enquêteurs pour avoir accès à l’information, aux sites (comprendre les officines de moukhabarate ?) et aux citoyens syriens qu’ils souhaitent entendre. Au nombre de ces citoyens continuent de figurer Bachar el-Assad et Farouk al-Chareh. Que le Raïs syrien n’y voie là que courtoises rencontres et non point séances d’interrogatoire, c’est tant mieux pour lui : et objectivement aussi, sans doute, pour l’aboutissement d’une enquête dont le rapport à l’ONU signale qu’elle a sensiblement progressé. Dès lors, on perdrait son temps à vouloir à tout prix établir des comparaisons. La vérité est que chacun de Mehlis et de Brammertz correspond à une époque, à une phase précise de la crise. Débarqué dans un Liban en ébullition, où les suppôts sécuritaires de la Syrie étaient encore en place, l’Allemand a été amené à défricher le terrain, quitte à user quelquefois du bulldozer ; car il s’agissait de montrer à tous – et cela pour la progression même de l’enquête – que la recherche de la vérité était résolument en marche, et qu’il convenait d’appeler un chat un chat. C’est dans un contexte différent que s’active aujourd’hui le Belge, qui a constitué sa propre équipe d’investigateurs. Car si la cible principale reste la même, si la prochaine extradition de l’égérie de la Banque al-Madina Rana Koleilat, arrêtée au Brésil, promet des révélations précises sur le financement des réseaux terroristes, le pragmatisme semble avoir fait son œuvre un peu partout : un régime baassiste apparemment résigné à livrer des coupables, des Libanais adoptant pour la toute première fois une vision commune des relations futures avec leur voisin syrien, une communauté internationale qu’inquiètent la déstabilisation et l’appel du vide… La vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Un jour, n’en doutons pas, Serge Brammertz aura tout de même beaucoup à dire. Issa GORAIEB

Tout comme la musique, le dialogue adoucit les mœurs. De fait, on est loin des harangues incendiaires des derniers mois, propres à galvaniser les foules, mais qui n’abordaient, les unes et les autres, qu’une seule face de la très complexe question libanaise. Et s’il arrive encore aux chefs d’échanger des piques, les joutes se déroulent désormais en champ clos : c’est-à-dire sous la coupole du Parlement où va reprendre dans quelques jours le grand débat national.
Autres temps, autres mœurs, c’est entendu. Autres styles, autres méthodes de travail aussi : il en est ainsi, cette fois, de l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, autre sujet de préoccupation majeur pour les citoyens. De Detlev Mehlis à Serge Brammertz qu’est-ce qui a véritablement changé ? Quels paramètres locaux,...