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Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Beaucoup de bonne volonté, en attendant les faits...

À qui la faute ? À qui doit écoper le carton rouge, voire la suspension, pour avoir suspendu le dialogue ? Walid Joumblatt, qui n’a finalement fait que reprendre ses positions habituelles sur le ton provocateur qui est presque toujours le sien, sauf qu’il l’a fait cette fois de l’extérieur de la conférence, et plus précisément des États-Unis, ce qui n’a naturellement pu que provoquer le courroux de Hassan Nasrallah ? Hassan Nasrallah, qui, réagissant aux propos de Walid Joumblatt, a décidé de claquer la porte en attendant que le chef du PSP revienne, qu’il se rassoie à la table ronde et qu’il traite d’égal à égal avec ses pairs, sans plus utiliser une tribune étrangère pour réaffirmer haut et fort ses principes, dans la mesure où cela s’oppose à la nature même du dialogue interlibanais ? Bachar el-Assad, à travers ses propos quelque peu nostalgiques sur cette « fraternité », bien incestueuse dans l’optique syrienne, qui lie la Syrie et le Liban ? D’autant que Damas, parti certes en catastrophe du pays l’an dernier, maintient quand même certaines cartes meurtrières sur l’échiquier libanais, à commencer par les organisations palestiniennes qui lui sont inféodées... Washington, qui « aurait encouragé » Walid Joumblatt à torpiller la réunion pour faire sauter un package deal à venir bien peu favorable aux intérêts US ? Ou est-ce la faute des quatorze chefs, incapables de s’entendre sur quoi que ce soit, de l’affaire des hameaux de Chebaa à la question présidentielle, et qui tentent uniquement de sauver les apparences en profitant de la première opportunité possible pour rompre le dialogue ? Ou bien encore toutes ces hypothèses sont-elles, à des degrés divers, plus ou moins valables, si bien qu’il est parfaitement difficile de démêler le vrai du faux ? Chacun croira ce qu’il veut, en fonction de ce qu’il a envie de croire, de ce qu’il pense être la réalité, et s’inspirera pour justifier son argumentation de la version des faits qui lui semble la plus adaptée à cette réalité. Soit. Cependant, l’essentiel n’est pas là. On n’apprend pas à dialoguer du jour au lendemain, même si généralement le dialogue est censé être l’affaire des personnes mandatées. Sauf qu’il se trouve, dans le cas libanais, que les figures principales parmi les quatorze mandatés sont d’anciens seigneurs de la guerre. Qu’à cela ne tienne, il ne faut pas leur jeter la pierre s’ils ont décidé d’être des artisans de la paix. Il faut juste leur en donner le temps, à condition qu’ils aient, de leur côté, la volonté d’aboutir à des solutions, de ne pas faire du dialogue uniquement pour le dialogue, comme des néo-Parnassiens, ou de ne pas occulter la phase même du dialogue en se lançant dans des négociations... à coups de préjugés, de positions immuables, de malentendus et de velléités hégémoniques... Trente ans de discorde ne peuvent être effacés en un clin d’œil, d’autant que ce dialogue-là porte sur des thèmes d’une importance capitale pour la survie même du pays. La tâche à accomplir est donc immense. Elle dépasse largement les parties au dialogue. Et la pression est d’autant plus forte, dans la mesure où toutes les fractions sont conscientes du fait qu’elles n’ont absolument pas droit à l’échec. Climat unanimement positif Fait marquant, d’ailleurs, toutes les parties ont mis l’accent hier sur la nécessité de reprendre le dialogue dès lundi, estimant qu’il existe une possibilité réelle de parvenir à un accord ou à certains dénominateurs communs et de couronner cette conférence de succès. C’est en tout cas ce qu’ont affirmé respectivement les députés Ghazi Aridi (PSP), Ibrahim Kanaan (CPL), Georges Adwan (FL) et Mohammad Raad (Hezbollah) au micro de la chaîne radio Sawt el-Ghad. Le ton était donc particulièrement positif et réaliste, même si chacun se défend naturellement d’avoir provoqué la levée des séances... mais sans trop lever la voix pour éviter quand même de jeter de l’huile sur le feu. Même son de cloche chez le député du Hezbollah Hussein Hajj Hassan, qui a précisé à la LBCI que le parti sera de retour lundi à la table de dialogue pour aboutir à des résultats. Parallèlement, les différents leaders ont entamé hier une série de contacts multidirectionnels pour tenter de sortir le dialogue du cercle vicieux dans lequel il se trouve, mais aussi de rassurer un peu leurs bases respectives. Ainsi, le bloc parlementaire du président Nabih Berry, réuni hier, a indiqué qu’il espérait que de nouvelles décisions seront prises lundi prochain, soulignant que « chacune des parties au dialogue devait assumer sa responsabilité nationale pour aboutir à une unité de point de vue ». Pour sa part, le bloc parlementaire du Courant du futur, réuni hier à Koraytem sous la présidence de Saad Hariri, a rappelé que « le monde entier avait les yeux tournés sur la conférence de dialogue, première opportunité de rencontre interlibanaise depuis trente ans sous le plafond de Taëf, et loin de tout parrainage, participation ou tutelle d’une partie étrangère ». « Cela place les participants face à leurs responsabilités historiques vis-à-vis du peuple libanais et de l’opinion publique arabe et internationale, puisqu’ils doivent prouver que les Libanais sont capables de gérer leurs affaires eux-mêmes et de réaliser leurs aspirations nationales légitimes », a poursuivi le bloc. À l’issue de la réunion, Saad Hariri a exprimé sa confiance dans « la capacité des parties à parvenir à des dénominateurs communs et à prendre les décisions que les Libanais attendent pour consolider leur unité nationale, leur convivialité, leur souveraineté et leur indépendance ». Le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, a intensifié, de son côté, ses contacts pour sauver la conférence de dialogue, « seule capable de sauver le pays des dangers qui le menacent ». Il s’est entretenu au téléphone avec Nabih Berry et Saad Hariri, mais aussi avec le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et avec le chef du Courant patriotique libre, le général Michel Aoun. L’ancien président de la République, Amine Gemayel, n’a pas non plus ménagé ses efforts hier pour relancer l’initiative de dialogue. Le chef supérieur du parti Kataëb, l’un des plus déterminés à ce que ce dialogue aille jusqu’au bout, s’est notamment rendu chez le président de la Chambre, Nabih Berry, et chez le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir. Il devrait poursuivre ses contacts dans les prochains jours afin de paver la voie à la reprise de la conférence dans un climat assaini la semaine prochaine. *** « Tout va très bien, madame la Marquise... » ? Toute la bonne volonté est là, et c’est déjà quelque chose, penseront les optimistes. Largement insuffisant, et on verra ce qu’il en est dans les faits, dès lundi, jugeront les sceptiques. Inutile, ils sont incapables d’aboutir à quoi que ce soit, on les a déjà tous essayés, ils sont irresponsables, et, de toute façon, ils ne se soucient guère de notre devenir, affirmeront ceux qui sont blasés, les irréductibles idéalistes. Espérons juste que ces derniers n’auront pas raison, et que les chefs auront bientôt de quoi les détromper. Et de rassurer tout le monde. Michel HAJJI GEORGIOU
À qui la faute ? À qui doit écoper le carton rouge, voire la suspension, pour avoir suspendu le dialogue ? Walid Joumblatt, qui n’a finalement fait que reprendre ses positions habituelles sur le ton provocateur qui est presque toujours le sien, sauf qu’il l’a fait cette fois de l’extérieur de la conférence, et plus précisément des États-Unis, ce qui n’a naturellement pu que provoquer le courroux de Hassan Nasrallah ? Hassan Nasrallah, qui, réagissant aux propos de Walid Joumblatt, a décidé de claquer la porte en attendant que le chef du PSP revienne, qu’il se rassoie à la table ronde et qu’il traite d’égal à égal avec ses pairs, sans plus utiliser une tribune étrangère pour réaffirmer haut et fort ses principes, dans la mesure où cela s’oppose à la nature même du dialogue interlibanais ? Bachar...