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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Solitudes

Enfin seuls, discutant face à face, comme des grands ? Seuls en effet, côte à côte ou face à face ; encore que... C’est un fait que, pour la première fois depuis trente ans, les chefs politiques libanais se retrouvent autour de la même table, sous le même toit, pour débattre des grandes questions qui divisent le pays. Et qu’ils se retrouvent surtout sans le moindre chaperon, mentor, cerbère ou geôlier. Le temps n’est plus, fort heureusement, où de telles assises ne pouvaient être réunies qu’en terre étrangère et sous étroite surveillance : à Genève, Lausanne ou Taëf. Les amateurs de symboles (mais pas les restaurateurs du centre-ville, durement pénalisés dans leurs affaires) se féliciteront que ces retrouvailles nationales se déroulent non point dans quelque tranquille site de province, mais, sous bonne garde, au cœur même de Beyrouth : non loin de l’endroit où, il y a un an, c’est en visant le cœur précisément que des forces criminelles poignardaient le Liban. On peut parier cependant que plus d’un spectre impalpable, mais non moins présent, hantera ces lieux de rencontre. Car pour nombre de protagonistes du dialogue à huis clos, la Syrie, si elle a retiré ses troupes, n’a pas déserté la place pour autant : elle y conserve des amis, des alliés ; jusqu’à nouvel ordre elle va continuer de se faire entendre. Et pour d’autres congressistes, ce sont les bannières étoilée et tricolore qui flottent en filigrane sur le camp souverainiste. Étrange pays en vérité que le nôtre, où l’on n’a pas encore fini de rechercher ailleurs – dans les plus divers des ailleurs – des garanties d’influence, sinon parfois de survie. Extraordinaire pays décidément, qui, malgré l’exiguïté de son territoire et son manque de ressources naturelles, arrive encore à susciter tant d’intérêt, de sollicitudes ou de convoitises étrangères : cela en dépit des déboires ou franches déroutes qu’y ont invariablement connus les cohortes d’envahisseurs, de conquérants, de tuteurs et même simples intervenants. Quoi qu’il en soit, et ne serait-ce que par la nature des sujets qui seront abordés, ce débat domestique a incontestablement des prolongements extraterritoriaux. Il en est ainsi de l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri et Bassel Fleyhane, du faisceau d’indices ou de présomptions pointé sur le régime de Damas. Par voie de conséquence, il en est de même pour les rapports libano-syriens, envenimés au plus haut point par cette énorme affaire, mais qui, dans l’intérêt des deux pays, doivent connaître un minimum de codification en attendant les conclusions de cette enquête. C’est un thème éminemment international encore que cette résolution 1559 de l’ONU prônant le désarmement des camps palestiniens, mais aussi d’une organisation de combat libanaise notoirement équipée et soutenue par l’Iran et la Syrie. On le voit bien, il y a foule en réalité chez nous, jusque dans la confidence des conclaves. C’est une solitude d’un autre type, bien réelle celle-là, qu’expérimente ces temps-ci le président Émile Lahoud. Le chef de l’État n’a pas manqué d’audace certes, hier, en allant présider en terrain neutre, sur fond sonore de manifestations, un Conseil des ministres qui, dans sa grande majorité, lui est plus qu’hostile. Mais c’est une autre forme d’assurance et de courage qu’attend de lui, que se languit d’attendre, le peuple : celui de renoncer volontairement à une présidence devenue, par la force des choses, le plus pressant des problèmes. C’est cette issue honorable que lui montrait implicitement, hier, l’Église maronite. Et c’est cette même voie que lui ont indiquée, à des degrés divers de sévérité, les ministres qui ont pris la parole lors de cette réunion proprement historique du gouvernement. Historique cette séance en effet parce qu’elle est venue replacer dans son cadre naturel, les institutions, un processus qui menaçait sérieusement d’investir la rue ; non moins percutants et peut-être plus efficaces que les harangues publiques peuvent être (mais pour combien de temps ?) les réquisitoires prononcés dans l’intimité du pouvoir. Et il est significatif que le plus frappant de ceux-ci – et finalement le plus implacable - ait émané de la proche famille du chef de l’État : de son propre gendre, le ministre de la Défense, Élias Murr, miraculeux rescapé d’un attentat à la bombe dont il a tenu à désigner clairement, une fois de plus et au niveau le plus élevé, les auteurs. La servitude ou la mort, exigeaient les officines de Anjar. C’est à un départ dans l’honneur que se trouve invité au contraire le président : avec plus d’insistance que jamais, il est vrai. Pour Émile Lahoud le président, il n’existe plus d’autre itinéraire, même s’il trouve encore moyen de nous promettre le chaos après lui. Au militaire qu’il fut, la ministre Nayla Moawad, toujours hier, n’a pas manqué de rappeler certaines pages particulièrement sombres de l’assaut syrien lancé en octobre 1990 contre le palais de Baabda dont il fut la mince couverture libanaise. Restait à découvrir le Lahoud polémiste de l’écrit, stupéfiante facette dont nos lecteurs ont eu la primeur lundi quand il entreprit de répondre à la lettre ouverte publiée dans ces mêmes colonnes. Dans ce registre, et au-delà de toutes les craintes qu’il pouvait nourrir, le président a achevé de convaincre. Issa GORAIEB

Enfin seuls, discutant face à face, comme des grands ? Seuls en effet, côte à côte ou face à face ; encore que...
C’est un fait que, pour la première fois depuis trente ans, les chefs politiques libanais se retrouvent autour de la même table, sous le même toit, pour débattre des grandes questions qui divisent le pays. Et qu’ils se retrouvent surtout sans le moindre chaperon, mentor, cerbère ou geôlier. Le temps n’est plus, fort heureusement, où de telles assises ne pouvaient être réunies qu’en terre étrangère et sous étroite surveillance : à Genève, Lausanne ou Taëf. Les amateurs de symboles (mais pas les restaurateurs du centre-ville, durement pénalisés dans leurs affaires) se féliciteront que ces retrouvailles nationales se déroulent non point dans quelque tranquille site de province, mais, sous...