Ce que nous cherchons : une clairière où poser notre fatigue, une oasis où viendraient, avant le printemps, fleurir les anémones, où couleraient les rivières dont on devine la source, au loin, cachée dans les bruyères des coteaux. Là nous étalerons, à même l’herbe humide, nos tapis de chiffons tressés. Un soleil parcimonieux s’invitera de temps en temps, révélera comme à la pointe sèche les aspérités d’un rocher, la transparence d’un pétale, le poudroiement rosé des amandiers en fleurs. Un berger sera là, le même peut-être depuis la nuit des temps. Ses biquettes au regard étrange viendront explorer les paniers du pique-nique, s’intéresseront à la bouteille de blanc, tenteront le goulot du bout de la langue avant de s’éloigner dans un grand mouvement de la croupe, signe du dépit chez la chèvre.
Ce que nous cherchons : la couleur de la mer aux yeux changeants, la fleur de sa peau qu’une brise monte en houle, le sable qui se refuse encore, trop froid, trop dur, mais qui promet aux enfants ses villes éphémères et ses tourelles molles, barbotines de barboteurs. L’âme des coquillages morts irisera leurs fenêtres au couchant. Paix.
Il faudra que le chemin soit long, jusque-là. Il faudra de la fatigue, de la soif, de la faim, de ces petits maux qui appellent récompense. Il faudra que les jambes, les mains, les poumons, le ventre et chaque fibre vive se rappellent au souvenir de nos têtes encombrées. Alors, nous aurons cette révélation : pour porter nos corps, il nous faudra jeter le souvenir du journal télévisé de la veille. Jeter aussi le canard du matin, assurément grippé et colonisé de sombres cafards. Au gré des kilomètres, lâcher ici les pandémies, là le nucléaire, là encore, l’énigme des armes infiltrées, et l’absurde guerre des religions. Là-bas enfin, l’inéluctable implosion du monde.
Pendant que nous nous perdons en conjectures, la neige coule en silence et nourrit les torrents. Des fleurs éclosent, qui s’en soucie. Des insectes vibrionnent leur joie saisonnière. Des avions hostiles lacèrent le firmament, mais le soleil se lève et se couche. Il est un réel paisible dont le seul séjour est l’instant. Pas avant, pas après, juste là. Y être avant qu’il ne passe. Prendre ce chemin. Tout au bout, il y a ce lieu unique où l’on s’habite enfin. Où qu’il mène, ce sera la maison.
Fifi ABOU DIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ce que nous cherchons : une clairière où poser notre fatigue, une oasis où viendraient, avant le printemps, fleurir les anémones, où couleraient les rivières dont on devine la source, au loin, cachée dans les bruyères des coteaux. Là nous étalerons, à même l’herbe humide, nos tapis de chiffons tressés. Un soleil parcimonieux s’invitera de temps en temps, révélera comme à la pointe sèche les aspérités d’un rocher, la transparence d’un pétale, le poudroiement rosé des amandiers en fleurs. Un berger sera là, le même peut-être depuis la nuit des temps. Ses biquettes au regard étrange viendront explorer les paniers du pique-nique, s’intéresseront à la bouteille de blanc, tenteront le goulot du bout de la langue avant de s’éloigner dans un grand mouvement de la croupe, signe du dépit chez la...